Un à un, la Seine-Saint-Denis vaccine ses habitants les plus fragiles

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La campagne de vaccination en Seine-Saint-Denis, département très éprouvé par l’épidémie, connaît des lenteurs et des ratés. Des éligibles ne sont toujours pas vaccinés trois mois après son lancement. La fracture numérique et le manque de maîtrise des outils de prise de rendez-vous ont compliqué la donne. Les acteurs locaux ont essayé de trouver des solutions pour pallier ces difficultés. Exemples à Stains et Aubervilliers.

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Il existe un centre de vaccination fantôme en Seine-Saint-Denis. Mais impossible d’y prendre rendez-vous par la voie traditionnelle, à savoir le site internet Doctolib. Il est réservé aux plus précaires. Dans un territoire cumulant les difficultés, il a fallu adapter les modalités de prise de rendez-vous et les faciliter.

Un homme se fait vacciner à Stains, en Seine-Saint-Denis, le 2 mars 2021. © Anne-Christine POUJOULAT / AFP Un homme se fait vacciner à Stains, en Seine-Saint-Denis, le 2 mars 2021. © Anne-Christine POUJOULAT / AFP
Aurélie Combas-Richard, directrice générale de la CPAM 93, l’a fait. Elle détaille le dispositif spécifique mis en œuvre. Elle connaît le public précaire et pousse une idée simple, « une innovation, comme souvent en Seine-Saint-Denis » auprès de l’Agence régionale de santé (ARS) et du préfet : il faut joindre les personnes éligibles directement, sous peine de ne jamais parvenir à les toucher autrement. Vacciner les publics prioritaires est vital, là où la population multiplie les comorbidités, ces facteurs aggravants qui mènent droit à l’hôpital ou au cimetière. La fracture numérique a compliqué la donne. Il ne fallait pas y ajouter une fracture vaccinale.

« C’est un travail de fourmi », explique-t-elle.

Les fichiers de l’assurance-maladie sont mobilisés. D’abord, chez les plus de 75 ans, ont été ciblés les bénéficiaires de la C2S, la complémentaire santé solidaire (l’ex-CMU) et les personnes sans médecin traitant déclaré, et ceux qui n’ont pas eu de soins remboursés depuis plus de six mois. « À cet âge-là, normalement, ils ont un suivi médical. Donc, là, on a eu 22 000 personnes à appeler. Que la Sécurité sociale appelle un dimanche pour proposer un rendez-vous de vaccination a étonné pas mal de personnes, qui ont cru à une blague. Pour assurer ces rendez-vous, on a fermé le centre de santé et on s’est transformés en centre de vaccination à destination exclusive des Séquano-Dionysiens et précaires. »

Puis, mi-février, les plus de 75 ans, pas forcément précaires cette fois-ci, ont été contactés. Puis la même méthode a été déclinée pour appeler les plus de 70 ans précaires. Et ainsi de suite. La CPAM a travaillé avec 18 centres d’action sociale (CCAS) de communes dépourvues de centre de vaccination pour repérer de potentiels bénéficiaires.

Le coupon de vaccination adressé aux précaires. © CPAM 93 Le coupon de vaccination adressé aux précaires. © CPAM 93
Les éligibles ont aussi reçu un courrier, une sorte de coupon de vaccination sur lequel il est bien spécifié que le vaccin est gratuit. Une carte des centres de vaccination disponibles dans le département a été jointe, afin de faciliter le plus possible la tâche aux plus âgés. 80 000 lettres ont ainsi été envoyées.

Et ces efforts ont payé, assure Aurélie Combas-Richard. « Quand on a ouvert le centre, c’était émouvant. Des personnes qui ne sont pas sorties depuis un an sont venues se faire vacciner. Certains avaient mis leurs plus beaux boubous. »

Chaque semaine, 1 750 personnes ont été vaccinées. 7 280 personnes de plus de 75 ans l’ont été depuis le 15 février . Entre le 11 février et le 4 avril, 17 000 appels ont été passés. Depuis le début de la campagne, les acteurs de la santé et élus de Seine-Saint-Denis ont évoqué une captation de vaccins par des habitants d’autres départements, au détriment des Séquano-Dionysiens.

Impossible de démêler le vrai du faux, faute de chiffres précis. Ceux-ci ne sont disponibles ni à l’ARS, ni à la préfecture, ni via l’assurance-maladie, ni dans les communes qui disposent de données parcellaires ou non consolidées. À la CPAM 93, on avance que fin mars 49,7 % des précaires de plus de 75 ans ont été vaccinés. Un chiffre identique à celui de la France entière. Ces services ont établi que si le centre de vaccination dédié à cette population n’avait pas été mis en place, seuls 42,3 % auraient été vaccinés.

Interpellé à l’Assemblée nationale fin mars, le ministre de la santé Olivier Véran a assuré que le taux de couverture de Seine-Saint-Denis était presque identique à celui des autres départements. Mais comme le souligne Libération, la source précise de ces informations est introuvable.

De fait, il reste encore des personnes éligibles en attente. Malgré ses 80 ans, Zoulikha est de celles-là. L’octogénaire, bien portante, vit à Stains. Elle doit encore patienter dix jours avant sa première injection, le 25 avril. La vieille dame continue de faire ses courses au marché, chariot à la main. Pour parler, elle baisse son masque en tissu qui dévoile ses dents panachées d’argent et de blanc.

En dehors de son fils, elle voit peu de monde et a envie de discuter sous le beau soleil. Elle n’est pas capable de prendre rendez-vous seule pour recevoir l’injection convoitée car elle ne sait pas utiliser Internet ou même le téléphone. Elle ne parle pas français, les démarches administratives demeurent sibyllines pour elle. Son médecin, dit-elle, ne l’a jamais contactée.

Pour être vaccinée, Zoulikha devra se rendre à Drancy, car Stains ne possède pas encore de centre de vaccination, ce qui a le don de faire rager son maire (PCF) Azzedine Taïbi depuis des semaines. La preuve : une banderole bleu blanc rouge clamant « Des vaccins pour Stains / Stains mène la bataille pour l’égalité républicaine » est tendue sur la façade de la mairie. Mais il faudra bientôt la décrocher, puisque la municipalité a remporté sa bataille et vient d’obtenir l’accord du préfet et de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France pour ouvrir un centre de vaccination dans la ville, le dernier du département, à la charge de la municipalité, à partir du 26 avril. À la mairie de Stains, on se dit « soulagé » de ce dénouement heureux mais toujours sur le qui-vive, notamment sur la question des doses.

L’ARS a mis en place 156 centres sur 1 000 communes. Ils ont été choisis au prorata de la population éligible et de certaines contingences primordiales comme l’accessibilité par les transports ou la possibilité de mobiliser suffisamment de personnels pour ouvrir le week-end. Au départ, le choix a été fait de ne pas ouvrir trop de centres puisque les doses de vaccins manquaient de toute façon.

Sur la base d’observations empiriques, les médecins du département considèrent qu’il y a eu un retard certain. Outre les coupe-files municipaux, les médecins sont devenus les « zélotes de la vaccination ». Certains ont décroché leur téléphone eux-mêmes après avoir convaincu les réticents des bienfaits de l’acte ou sont allés vacciner à domicile, sur leur temps libre, des personnes incapables de se déplacer.

Anne Couet, présidente de l’association des professionnels de santé de Stains et pharmacienne, trône dans son officine du centre-ville depuis quarante ans. Elle connaît par cœur la typologie des habitants de la ville, précarisés et peu informés. Elle n’hésite pas à vanter les bienfaits de la vaccination, seul moyen de sortir de cette crise interminable.

Voilà pourquoi elle défend la proximité et l’idée de vacciner localement. « Ce sera plus facile avec un lieu où ils ont déjà leurs repères. Certaines personnes seules un peu perdues ne comprennent pas grand-chose. Des personnes âgées n’ont pas de compte Ameli. On les voit ici, à la pharmacie. Un peu moins qu’au début. Moi je vaccine à la pharmacie, mais certaines sont réticentes. Une dame perdue sans famille, même si je lui prends rendez-vous moi-même, elle va oublier si elle n’est pas accompagnée. C’est un peu général la difficulté à trouver des créneaux mais là nous sommes confrontés à une population qui n’arrive pas du tout à se débrouiller avec Internet. Ou qui ne parle pas bien notre langue. »

Elle reçoit aussi des doses d’AstraZeneca avec parcimonie, flacon par flacon, ce qui lui permet de vacciner dix personnes. « Si on pouvait avoir du Pfizer en pharmacie, on se sentirait mieux. »

Jusqu’alors, le maire de Stains ne comprenait pas pourquoi sa ville n’avait pas été choisie par le préfet et l’ARS pour abriter un centre de vaccination. Azzedine Taïbi observe que « l’inégalité sanitaire s’ajoute aux inégalités de base. Pour les plus vulnérables des quartiers, le rapport de proximité est essentiel. Normalement, la question de la vaccination en Seine-Saint-Denis ne devrait pas être un sujet de clivage, si on peut avoir un sujet de clivage avec une stratégie menée par l’État chaotique. »

Le maire connaît bien la population de sa ville. Pour lui, le vaccinodrome du Stade de France à Saint-Denis ne draine pas le même public et n’arrivera jamais à attirer les plus exclus, et surtout sa ville reste enclavée. « Pour y aller, il faut prendre deux bus pour un trajet de 45 minutes. »

De fait, début avril, seules 50 personnes par semaine sont passées par les services de la mairie pour être vaccinées. En tout, à Stains, 197 personnes ont pu l’être depuis début mars.

Les centres de vaccination en Seine-Saint-Denis. © CPAM 93 Les centres de vaccination en Seine-Saint-Denis. © CPAM 93
« On a fait ça au compte-gouttes. On a mobilisé des navettes avec du personnel municipal pour accompagner les personnes éligibles. Mais si on avait eu un centre de vaccination, ce n’est pas 50 personnes que j’aurais pu vacciner mais bien plus. Avec un centre, on peut en plus, avec les doses restantes de la fin d’après-midi, dispatcher vers le public qui en a besoin. Je sais que les services de l’État font ce qu’ils peuvent, mais ils ont été à côté de la plaque. »

Frédéric Nadolny, directeur médical du Centre municipal de Stains, a beaucoup travaillé avec les autres professionnels de santé pour mettre sur pied ce centre dans la ville, où la situation n’est pas reluisante. Mais tous les leviers disponibles ont été mobilisés pour contourner les éléments perturbateurs. « On dépendait des trains qui passent, ce n’est pas satisfaisant. On a fait un gros travail de repérage par les CCAS, les services qui gèrent les seniors, que ce soit via les portages de repas à domicile, la liste canicule ou même ceux qui participent au banquet des seniors. »

Un retard certain dans la vaccination des plus âgés

Un numéro de téléphone dédié à la vaccination, avec une cellule de veille, permettait d’inscrire quelques personnes âgées. Il faut aussi être réactif lorsque des doses sont disponibles dans une ville voisine et trouver les candidats disponibles dès le lendemain matin. Mais ce n’est pas suffisant, cela reste du bricolage.

Le maire de Stains se dit « soulagé » mais toujours sur le qui-vive, notamment concernant l’éternel problème de disponibilité des doses.

Zoulikha ne se pose aucune question quant à une dangerosité des vaccins. Elle est persuadée que sans cela, elle ne pourra pas voyager en Algérie, et ce même si, pour l’heure, les frontières restent désespérément closes. Son fils de 46 ans s’occupe d’elle et vit en sa compagnie. Lui n’a pas tellement confiance en la vaccination, donc n’a pas été très proactif pour trouver un créneau pour sa mère. Le courrier de la Caisse d’assurance-maladie a accéléré le processus.

Début avril, Louisa* et sa mère Maria*, 92 ans, prennent l’air sur un muret de la Maladrerie, la cité labyrinthique d’Aubervilliers. Maria n’a toujours pas été vaccinée alors qu’elle y est éligible depuis la fin janvier. Elle a reçu un coup de téléphone de la mairie à ce propos mais, à son âge, elle n’entend pas très bien et comprend surtout la langue kabyle. Là aussi, une lettre de la mairie débloque la situation et elle a obtenu un rendez-vous le 7 avril. Louisa l’avoue : « On n’était pas pressés de la faire vacciner. On s’est dit qu’en prenant les précautions nécessaires – elle ne voit personne –, ça irait. » Elle nourrit une certaine méfiance à l’égard des vaccins en général, et celui-ci, élaboré en un temps record, ne la rassure pas.

Mais Maria y tient. Comme Zoulikha, elle rêve de fouler de nouveau sa terre natale algérienne. Et elle reste persuadée qu’il faudra, pour le faire, présenter un passeport vaccinal.

À la mairie de Stains, une campagne d'inscriptions pour la vaccination dans le futur centre de la ville. © Azzedine Taïbi / Twitter À la mairie de Stains, une campagne d'inscriptions pour la vaccination dans le futur centre de la ville. © Azzedine Taïbi / Twitter
Le mercredi, à Stains, c’est jour de marché. Les travées sont assez remplies. Mohand, 79 ans, y chemine, appuyé sur une canne qui ne l’empêche pas de porter ses sacs de provisions de sa main libre, la droite. Prioritaire depuis le mois de janvier, le vieil ouvrier métallurgiste de chez Citroën, à la mise parfaite, baisse son masque bleu pour raconter son parcours vaccinal complexe. Il devait recevoir sa première dose le 15 avril seulement. Là encore, un courrier de l’assurance-maladie lui a rappelé son statut.

Il y a deux mois, il avait reçu une première lettre. Mais cette tentative de dénicher une place dans un centre de vaccination s’est soldée par un échec. Sa fille, chez qui il vit la moitié du temps, a appelé une première fois le centre à Bobigny. Sans succès. Finalement, son médecin a géré la prise de rendez-vous. Là encore, le récit est confus et les étapes sont mal maîtrisées par Mohand, parce que toutes les démarches administratives lui apparaissent, comme à tous ceux qui ne savent pas lire ou maîtrisent mal la langue, comme un Everest infranchissable sans une aide extérieure.

Un peu plus loin, Rabhi, 74 ans, a reçu sa première dose en mars à Saint-Denis, où il a dû se rendre en bus. Et ce après maintes péripéties qu’il résume en une phrase lapidaire : « Mon fils s’est cassé la tête pour me trouver une place. » Comme pour asseoir davantage sa légitimité à recevoir le vaccin, le vieil homme à béret raconte qu’il est diabétique. Il insiste : « Je devrais être prioritaire avec tout ça, normalement. Vraiment, ce n’est pas normal de devoir attendre autant. » Lui aussi confesse son ignorance vis-à-vis d’Internet. « Nous, on ne sait pas faire. »

Son ami Arab, 80 ans, enfonce le clou : « Nous, on n’est jamais allés à l’école, on gardait les chèvres en Algérie. » Lui aussi égrène ses maladies ; il est cardiaque et diabétique. Il a reçu, avec son épouse, sa première dose, à l’hôpital Avicenne de Bobigny, le 22 mars. La seconde, qui les protégera presque parfaitement, leur sera injectée le 19 avril. Dans leur cas également, le courrier de la CPAM de Seine-Saint-Denis a tout débloqué avec l’aide de la mairie.

Au gré des déambulations dans les deux communes, l’une dotée d’un centre de vaccination et l’autre en attente d’en abriter un, des constats sont partagés. Les plus âgés sont vaccinés mais au prix d’efforts titanesques et avec retard. Les professionnels de santé, les mairies et la CPAM 93 ont dû déployer des trésors d’énergie pour aller chercher les éligibles et faire en sorte que l’information viennent à eux. La plupart des habitants d’Aubervilliers ont été informés grâce à des courriers ou coups de fil de la mairie ou par leurs médecins traitants, qui les ont orientés vers un lieu bien identifié de la ville, L’Embarcadère, salle de spectacle inutilisée depuis des mois, qui s’est muée en centre de vaccination.

La maire (UDI) d’Aubervilliers, Karine Franclet, est fière des efforts fournis par la ville et ses agents. Le centre de la ville pouvait vacciner 500 personnes par jour mais il reste tributaire des livraisons et du personnel. De toute façon, les sapeurs-pompiers ont été déployés au Stade de France.

Au départ, seuls 10 % des rendez-vous étaient pris par des habitants. Là aussi, une plateforme téléphonique a été mise en place et du phoning réalisé. Désormais, 44 % des personnes passées par ce truchement vivent dans la ville. « Je ne dis pas qu’il ne faut pas vacciner que les gens d’Aubervilliers dans le centre mais ce taux est plus satisfaisant»

Depuis trois semaines, deux ou trois agents ont été dépêchés sur le marché, là où les personnes âgées continuent de venir s’approvisionner, pour informer les éligibles et les aider à prendre rendez-vous le cas échéant.

Malgré leur différence de couleur politique, Karine Franclet dit avoir compris la colère de son homologue de Stains. « Dans nos territoires, je ne suis pas sûre qu’un vaccinodrome soit adapté, même si on comprend que c’est plus pratique. On voit combien le “aller vers” est rude mais on doit le faire, c’est à nous de nous retrousser les manches. »

La tension sur les centres de vaccination s’est un peu desserrée, mais au prix d’efforts multiples et de solidarités familiales indispensables.

À Stains, où elle est née, Pierrette, 82 ans, et sa voisine Maud, 91 ans, affichent avec fierté leur statut de vaccinées quand on les interroge. Elles ont réussi à dégoter non sans encombre un rendez-vous en février. L’une a reçu le Moderna et l’autre le Pfizer-BioNtech, précisent-elles. La première, née à Stains comme elle le revendique, ne comprend pas pourquoi il a fallu autant se démener pour recevoir cette précieuse piqûre  « On retrouve notre liberté »  et surtout pourquoi les modalités de prise de rendez-vous sont celles-ci. Celle qui a été piqueuse dans une cartonnerie le dit tout de go : « Nous, à notre âge, on n’y comprend rien du tout à Internet. » Sa fille s’est chargée de tout organiser pour elle.

Pour se rendre dans la commune voisine de Pierrefitte, les deux amies ont bénéficié d’une escorte mise en place par la mairie. Encore heureux qu’elles soient encore mobiles mais Pierrette pense à ceux qui n’ont ni famille ni la santé pour se déplacer. Pierrette, la plus volubile et la plus en forme du duo, a profité de son escapade au centre de vaccination pour chercher une place pour son voisin de 98 ans, isolé. « Je ne comprends pas que tout soit difficile. On arrive bien à trouver des endroits pour faire voter les gens en masse mais on n’arrive pas à se faire vacciner avec facilité ? »

Le docteur Nadolny, de Stains, est formel : « On a pris du retard dans la vaccination de la population âgée de Stains. Surtout, il faut que ce soit à proximité pour que ça marche. Des gens m’ont demandé pourquoi ils ne pouvaient pas être vaccinés ici. D’autres nous ont aussi dit : “On veut bien se faire vacciner, à condition que ce soit vous qui le fassiez.” »

Peu de défiance affleure vis-à-vis des vaccins chez les plus âgés. Souvent, racontent-ils, leurs enfants sont plus réticents qu’eux et certains ont même tenté de les dissuader de le faire. Quelques sceptiques, comme Saïd, un chauffeur routier de 69 ans, expliquent ne pas avoir confiance en ces vaccins développés en un temps record, là où, croit-il savoir, il faut dix ans pour en fabriquer un fiable et sûr. Alors il ne se fera pas vacciner. Son remède contre le Covid ? « Mon seul vaccin, c’est de faire attention et de continuer à porter le masque… »

Le feuilleton à rebondissements autour de l’AstraZeneca a laissé des traces. La volte-face des autorités de santé publique sur ce vaccin et son innocuité a brisé une confiance déjà friable. Sur le terrain, les médecins le voient. Tous racontent qu’en janvier personne ne souhaitait se faire injecter le sérum Pfizer car ils n’avaient pas confiance en cette nouvelle technologie, qui utilise l’ARN messager. Aujourd’hui, tout le monde réclame celui qui est perçu comme la Rolls-Royce du vaccin. Entre Aubervilliers et Stains, en effet, les récipiendaires du Pfizer s’en gargarisent volontiers. Ceux qui sont en attente racontent avoir veillé à ne pas recevoir l’AstraZeneca, quand bien même les risques de thrombose sont minimes et ne toucheraient pas les plus de 55 ans. D’où l’intérêt de la proximité.

De son côté, le docteur François Rousset, médecin généraliste à Stains, souffle un peu après un mois de mars « terrible » où les doses de vaccin manquaient et tous les centres de vaccination des alentours étaient saturés. « On est plus limités par le nombre de doses que par le nombre de personnes qui veulent un vaccin. Autant en Ehpad il n’y a pas eu de problèmes, tout a été bien organisé, mais là… »

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