A Bordeaux, l’écolo Hurmic impose un changement d’ère à la métropole

Par Jérémy Jeantet

L’élection d’Alain Anziani, maire PS de Mérignac, avec la désignation de Pierre Hurmic comme premier vice-président, marque la fin de plusieurs décennies de cogestion à Bordeaux Métropole. Une nouvelle ère fragile et qui ne s’impose pas sans heurts.

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Bordeaux (Gironde).– Traditionnellement, l’installation des élus métropolitains à Bordeaux se faisait dans la bonne humeur. Pas de joie expansive d’un côté ni de visages fermés de l’autre. C’est bien simple, il n’y avait ni gagnants, ni perdants. Ni majorité, ni opposition.

Le basculement à gauche de la métropole a eu pour effet de ramener les considérations politiques au premier plan. Ce vendredi, Alain Anziani, maire PS de Mérignac, a été élu président de Bordeaux Métropole. Pierre Hurmic, le nouveau maire EELV de Bordeaux, sera son premier adjoint.

Ce dernier critique depuis de nombreuses années le système de gouvernance qui prévaut au sein de l’assemblée métropolitaine. Une « machine à dire oui », un système « de petits trocs entre maires », selon lui, et auquel il avait promis de mettre fin. Au soir de son élection, il a lâché un triomphant : « La cogestion à la métropole est morte. »

En 1977, quand la gauche est devenue pour la première fois majoritaire dans l’ancienne Communauté urbaine de Bordeaux, Jacques Chaban-Delmas avait obtenu l’instauration de ce système de cogestion, en faisant planer la menace d’un retrait de la ville-centre. Ce système a prévalu depuis. Pour ses défenseurs, c’est l’essence même d’un établissement public de coopération intercommunal. Pour ses détracteurs, c’est surtout le moyen de défendre l’intérêt des maires avant celui des habitants.

L'écologiste Pierre Hurmic l'a emporté à Bordeaux. © NICOLAS TUCAT / AFP L'écologiste Pierre Hurmic l'a emporté à Bordeaux. © NICOLAS TUCAT / AFP

Ce vendredi, c’est le président sortant, Patrick Bobet, maire LR du Bouscat, qui a ouvert la séance d’installation du nouveau conseil métropolitain, avec des mots durs pour cette volonté de rupture : « Nous sommes congédiés brutalement, sans ménagement, après 50 ans de cogestion, a-t-il regretté. Au-delà de cette très mauvaise manière à notre égard, je suis convaincu que c’est une erreur démocratique, car elle exclut de fait 11 communes et 11 maires, et une erreur humaine, car c’est bafouer le vote des habitants de ces 11 communes, soit le tiers de la métropole, dont les élus n’auront aucun pouvoir. »

Ce sont ensuite les 35 membres du groupe de droite et du centre Communauté d’avenir qui ont quitté la salle. « J’ai toujours pensé qu’il valait mieux partir avec élégance que d’être congédiés avec arrogance », a lancé Patrick Bobet.

Il ne restait plus, pour l’élection du président et des vice-présidents, que les élus du groupe majoritaire, rassemblant EELV, le PS et le PCF, ainsi que les élus du groupe LREM et Philippe Poutou, représentant sa liste Bordeaux en luttes.

« On est dans les symboles, de la même manière que la posture plutôt raide et assez intransigeante de Pierre Hurmic est aussi à mettre en perspective avec son intention de bien marquer son périmètre après sa victoire à Bordeaux », analyse Jean Petaux, politologue à Sciences-Po Bordeaux.

Pour lui, il ne s’agit pas forcément d’une rupture définitive, cependant. « Les postures radicales initiales ont tendance à se modifier, et parfois de manière assez spectaculaire, explique-t-il, rappelant plusieurs précédents. En 1977 et en 2001, les élus socialistes ont refusé, pendant quelques mois, les vice-présidences qui leur avaient été proposées, avant de finalement accepter de siéger au sein de l’exécutif aux côtés de Jacques Chaban-Delmas puis d’Alain Juppé. »

D’autant que la fin de la cogestion est un pari risqué pour Pierre Hurmic. Le maire de Bordeaux en est conscient, une grande partie de son mandat se joue à la métropole, notamment sur les questions de mobilité. Avec moins d’un tiers des sièges, EELV n’y est pas en position de force. L’alliance était nécessaire pour que le maire de Bordeaux puisse appliquer son programme, mais elle reste fragile.

De nombreux maires socialistes participaient et défendaient la cogestion il y a encore quelques semaines. Alain Anziani occupait lui-même une vice-présidence lors de la précédente mandature. Et, à l’occasion d’une conférence de presse donnée début juillet, il s’interrogeait : « Comment peut-on être écologiste et condamner une gouvernance commune ? »

Il a dû se résigner, face à l’inflexibilité de Pierre Hurmic, mais lors de son premier discours de président élu, il ne s’est pas montré totalement convaincu : « Je ne vais pas me renier, je souhaitais un large rassemblement, conforme à l’ADN de l’intercommunalité. Il n’a pas été possible et s’est heurté avec l’exigence de travailler avec la ville-centre. Mon rôle est désormais de dépasser ces clivages. Le fait majoritaire ne doit pas dépasser le fait communal. Censurer une commune, c’est censurer toute sa population et ce serait nier notre raison d’être. »

Cette alliance n’est donc pas marquée dans le marbre, assure Jean Petaux. « Il peut apparaître une ligne de partage au sein de la majorité, notamment si l’urgence écologique prend le pas sur la question de l’emploi, ce qui pourrait créer des remous au PS, explique-t-il. Et il n’est pas impossible qu’Alain Anziani change d’alliance. On entend déjà, chez certains socialistes, que les Verts sont extrêmement gourmands et ambitieux… »

Sans oublier 2022. L’avenir de l’alliance PS-EELV au niveau national, au moment de l’élection présidentielle, pourrait se répercuter au niveau local en cas de désaccord. Au point, le cas échéant, de scinder cette vague verte et rose. Et de favoriser le retour de la cogestion.

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