Agrocarburants: l'inventaire des questions qui fâchent, et leurs réponses

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Bons pour le climat ou dangereux pour les écosystèmes? Efficace substitut au pétrole ou leurre? Créateurs d'emplois ou levier d'importation? Etes-vous plutôt cookie ou bonobo? Alors que vient de s'ouvrir la conférence mondiale sur les agrocarburants, au Brésil, Mediapart vous propose un tour d'horizon des questions qui fâchent avec trois experts environnementaux, auteurs d'un rapport percutant.
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Baisse du cours du pétrole, remontée des cours des matières premières alimentaires: en apparence, le contexte n'est plus guère favorable aux agrocarburants. Pourtant, des politiques de soutien à long terme continuent d'être initiées. L'Union européenne s'apprête à mettre en place un «paquet énergie-climat» qui prévoit que 20% de l'énergie consommée proviendra de sources renouvelables en 2020, y compris les carburants fabriqués à partir de matières premières végétales.

 

En première lecture du projet de loi Grenelle-1, les parlementaires ont porté cet objectif à 23% pour la France. Nicolas Sarkozy a récemment confirmé l'objectif français d'incorporation d'agrocarburant à hauteur de 7% en 2010. Les députés ont maintenu le principe de l'avantage fiscal pour la filière dans le projet de loi de finances 2009. Et au Brésil, Lula a inauguré lundi 17 novembre une conférence mondiale d'une semaine sur les agrocarburants.

 

En rupture avec ce consensus politique assez largement partagé entre économies occidentales et pays émergents, militants et ONG écologistes s'inquiètent des risques environnementaux de l'essor des agrocarburants. En France, la fondation Nicolas-Hulot (FNH) et le Réseau action climat (Rac) viennent de publier un rapport percutant sur le sujet : Agrocaburants : cartographie des enjeux.

 

Refusant de s'opposer par principe aux agrocarburants, parce qu'«il est très difficile aujourd'hui de se priver d'une source d'énergie pour des raisons idéologiques», ses auteurs pointent néanmoins toute une série d'illusions et d'idées reçues sur cette énergie réputée verte. Nous avons réalisé un entretien croisé avec trois de ses auteurs : Benoît Faraco, coordinateur changement climatique et énergie de la fondation Hulot, Diane Vandaele, chargée de mission du RAC, et Amandine Lebreton, chargée de mission agriculture à la fondation Hulot.

 

Les agrocarburants sont-ils bio ?

 

Benoît Faraco (fondation Nicolas-Hulot) : Pendant le Grenelle de l'environnement, nous avons essayé d'utiliser le terme «agrocarburant» plutôt que «biocarburant». Cela correspond plus aux modes de production de ces filières, qui sont celles de l'agriculture. Il y a des enjeux de communication derrière le mot «biocarburants», lequel laisse penser que ce sont des produits issus de l'agriculture biologique.

 

Diane Vandaele (Réseau action climat) : Les biocarburants sont des carburants liquides obtenus à partir de matière première végétale. Ils utilisent principalement des productions agricoles également à usage alimentaire (colza, soja, tournesol, palme, maïs, blé, canne à sucre, etc.). On les utilise généralement comme carburants pour les transports ou, plus rarement, pour produire de l'électricité. Il faut les distinguer d'autres sources d'énergie issues de la biomasse, comme le biogaz, le biométhane ou l'énergie de chauffage issue de la combustion de végétaux.

 

Le principal débouché des agrocarburants est le secteur des transports routiers (véhicules particuliers, transport de marchandise et de passagers). Mais en 2007, ils représentaient moins de 2% de la consommation des transports.

 

Amandine Lebreton (fondation Hulot) : L'éthanol est l'agrocarburant le plus utilisé dans le monde. C'est un alcool que l'on mélange à l'essence (super sans plomb). Il est obtenu par la fermentation de sucres qui proviennent des céréales (amidon), ou directement extrait des plantes sucrières comme la betterave ou la canne à sucre. Il est mélangé à l'essence à hauteur de 10 à 25%, voire utilisé pur dans certains moteurs (Flex fuel).

 

En 2007, la production mondiale d'éthanol carburant représentait 52 millions de tonnes, soit 28,5 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP), unité de mesure utilisée pour comparer les énergies entre elles – elle correspond à l'énergie moyenne produite par la combustion d'une tonne de pétrole.

 

Le Brésil (canne à sucre) et les États-Unis (maïs) assurent à eux seuls près des trois quarts de cette production. En Europe, on utilise essentiellement l'éthanol sous sa forme dérivée : l'ETBE (éthyl tertio butyl éther). L'autre filière est celle des huiles végétales, ou biodiesel, qui produisent deux types de carburants : l'EMHV ou biodiesel et l'huile végétale pure. En 2007, la production mondiale de biodiesel représentait environ 10 millions de tonnes soit 7,5 millions de TEP. Les plus gros producteurs de biodiesel sont l'Europe (colza pour l'Allemagne et la France) et les États-Unis (canola ou soja).

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