Delarue : « Des quartiers islamistes dans les prisons ne mettront pas fin au prosélytisme »

Par et
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Que préconisez-vous ?

Plus nous chercherons à cerner les opinions, plus les gens les dissimuleront. Par conséquent, selon moi, la dissémination est la meilleure solution. Environ 200 personnes en France sont concernées, pour un nombre presque identique de prisons. Pour que les surveillants aient prise sur elles, mieux vaut qu’elles soient une ou deux tout au plus par établissement. Dès qu’on dépasse quatre ou cinq, la gestion se complique. En réalité, il n’y a pas de bonne solution. La vraie solution, c’est d’essayer de convertir ces personnes radicales à d’autres pratiques religieuses, par exemple avec des imams.

Les imams, cela fait des années qu’on en parle. Pourquoi la question n’est-elle toujours pas réglée ? Est-ce que la radicalisation peut, en partie, découler des discriminations que les musulmans disent vivre en prison en tant que croyants ?

Les détenus musulmans se plaignent effectivement très souvent d’être discriminés en tant que musulmans. Les manifestations de racisme existent de la part des surveillants. Cela prend la forme d’insultes, de brimades de toutes sortes. La hiérarchie doit être particulièrement vigilante sur la manière dont se comporte le personnel. Certaines demandes des détenus, qui ne compliquent pas la gestion pénitentiaire, doivent être accordées : je pense notamment à la nourriture. Certains musulmans ne mangent pas à leur faim parce qu’ils mettent de côté la viande. 

Pourtant, les repas sont confectionnés par des entreprises privées, qui proposent aux détenus tous les régimes possibles et imaginables. Une quinzaine de régimes au total coexistent, sans iode, sans poisson, etc., en fonction des prescriptions médicales. Il n’est pas difficile de préparer des repas “religieux”. Cela ne concernerait pas que les musulmans. Je me suis renseigné : cela ne reviendrait pas plus cher, ce serait même potentiellement moins cher. Et ce ne serait en rien une entorse à la laïcité, tant que cela ne gêne pas le bon fonctionnement du service public. Il ne faudrait pas que des solidarités entre musulmans radicaux et les autres se créent autour de ces conditions de vie vécues comme des brimades.

Quant aux imams, la question dépend à la fois de l’État et des institutions religieuses. Les crédits ne sont pas suffisants : il faut les augmenter pour améliorer leur rémunération. Mais il faut aussi reconnaître qu’il n’est pas facile de trouver des personnes formées pour ce type de fonction. Améliorer les conditions de vie en général dans les prisons est une nécessité. Ne pas le faire pousse les détenus à se radicaliser.

Une de vos propositions phares, lorsque vous étiez contrôleur, serait de faciliter l’accès des détenus à Internet et au téléphone. Étant donné le contexte, cela vous paraît-il encore pertinent ?

Je n’en démords pas. La politique carcérale ne doit pas dépendre du comportement de quelques violeurs, assassins ou terroristes. L’immense majorité des détenus ne sont pas des Guy Georges. Ils sont condamnés à de courtes peines pour de la petite délinquance. Le lien avec la famille est primordial : plus ils ont de contacts avec leur entourage, moins ils risquent de récidiver. Concernant les islamistes, on peut aussi considérer que cette mesure permettra de les surveiller plus facilement…

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