Écoutes de Nicolas Sarkozy : la droite ne sait plus quoi dire

Par

Les révélations de Mediapart mettent à mal la stratégie de défense mise en place par les proches de l’ancien président de la République depuis dix jours. Après être largement montés au créneau, les ténors de la droite se murent désormais dans le silence.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

À l’offensive depuis dix jours pour défendre celui qu'ils considèrent encore comme leur « leader naturel », les ténors de la droite sont restés particulièrement silencieux après la révélation par Mediapart des sept écoutes judiciaires effectuées sur la ligne téléphonique ouverte sous une fausse identité par Nicolas Sarkozy.

Seule une poignée de sarkozystes est montée au créneau pour tenter d’allumer un énième contre-feu, à l’instar de Guillaume Peltier, vice-président de l’UMP et cofondateur de la Droite forte, qui a dénoncé sur BFM-TV « la violation du secret de l'instruction qui gangrène l'image de la justice », exigeant que « ceux qui violent ce secret de l'instruction soient sanctionnés par la loi ».

L’autre cofondateur de la Droite forte, Geoffroy Didier, tient sensiblement le même discours. « S’il y a bien une tentative d’intimidation de la justice, ce n’est pas celle de Sarkozy, mais celle du pouvoir actuel », dit-il à Mediapart. La veille, le secrétaire général adjoint de l’UMP avait déploré sur i-Télé « un climat très malsain où ce sont les journalistes qui se transforment en procureurs », rappelant par ailleurs que Nicolas Sarkozy a été mis sur écoute « dans une affaire où il est plaignant, où il est victime ».

Cet argument est répété en boucle par les sarkozystes, qui oublient – volontairement ? – de préciser que dans l’affaire franco-libyenne, deux instructions sont actuellement en cours : l’une pour « faux et usage de faux », conséquence logique de la plainte déposée avec constitution de partie civile à l’été 2013 par Nicolas Sarkozy ; l’autre pour « corruption », ouverte en avril 2013 par François Molins, ancien directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie et Michel Mercier au ministère de la justice, et nommé procureur de Paris sous Sarkozy. Cette deuxième enquête porte sur le fond des faits de cette affaire qui inquiète grandement l’ancien président de la République et ses proches.

Nicolas Sarkozy à Nice, le 10 mars. © Reuters Nicolas Sarkozy à Nice, le 10 mars. © Reuters

Parmi les rares voix à s’être fait entendre ce mercredi 19 mars, on retrouve Rachida Dati – l'ancienne ministre de la justice qui avait pour secrétaire général un certain Gilbert Azibert –, qui a accusé sur i-Télé « certains journalistes de violer allègrement la loi », en ne respectant ni la « présomption d'innocence » ni le « secret de l'instruction ». Dati n'est pourtant pas sans savoir que les journalistes ne sont pas soumis au secret de l'instruction. L’ex-ministre de l’éducation, Luc Chatel, s'est quant à lui contenté de regretter que « les grands principes d'indépendance de la justice » soient « systématiquement bafoués ».

D’accoutumée très actifs sur les réseaux sociaux, les ténors de la droite n’ont pas twitté un seul mot sur le sujet, continuant à parler de leur campagne municipale comme si de rien n’était. « Ne croyons pas un instant que les élus de droite puissent être sonnés, tempère Geoffroy Didier. À cinq jours des municipales, ils sont simplement dans un calendrier électoral plus serré qu’il y a dix jours. » De fait, seuls Nadine Morano et les députés UMP Benoist Apparu et Guillaume Larrivé se sont exprimés sur Twitter.

Après avoir mis en cause la probité des juges qui enquêtent sur les financements libyens de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 et tenté de créer une affaire dans l'affaire, les responsables de l’UMP semblent désormais suivre les préconisations de leur patron, Jean-François Copé, qui a appelé ce mercredi matin à « un minimum de retenue ». « Je n'entends pas du tout réagir », car « ce n'est pas l'idée que je me fais de la manière dont un grand pays doit exercer le cours de la justice », a-t-il seulement déclaré dans les « Indés Radios-Metronews-LCI ». Lui-même soupçonné d’avoir favorisé ses proches dans l’affaire Bygmalion, Jean-François Copé fait donc profil bas, évoquant simplement des « bouts de révélations » sortis « dans un climat passionné, celui d'une campagne électorale ».

Incapable de répondre sur le fond des écoutes révélées par Mediapart, une petite partie de la droite tente encore de brandir le spectre d’un complot fomenté entre la presse, la justice et le pouvoir en place. « Personne n'est dupe de cette tentative de récupérer des procédures judiciaires en cours » pour « essayer de discréditer Nicolas Sarkozy et ce faisant, d'espérer limiter les dégâts électoraux pour la gauche », a ainsi affirmé le patron de l’opposition.

« Le gouvernement a lâché les chiens, les ballons. On est en train de faire état de pièces sorties du dossier d'instruction », a estimé de son côté le député UMP Georges Fenech sur Europe 1. Comme il n'y a pas de mise en examen qui peut faire fuiter tout ça ? Si ce n'est pas les juges, c'est le ministère de la justice. » Malgré ces vaines tentatives de contre-feu, l’heure n’est plus à l’appel à la démission de la garde des Sceaux, Christiane Taubira, comme l’avait réclamé Jean-François Copé la semaine dernière. Car les nouvelles révélations de Mediapart mettent à mal toute la stratégie de défense déployée par les proches de Nicolas Sarkozy depuis dix jours.

« Il n’y a eu aucun trafic d’influence », avait affirmé au Monde l’avocat de l’ancien président de la République, Me Herzog, promettant de montrer le « moment venu qu’il s’agit d’une affaire politique ». La thèse du complot politique, étayée par un article du Journal du dimanche assurant que François Hollande surveillerait « de près » Nicolas Sarkozy et reprise dans la foulée par Brice Hortefeux (sur RTL) et Henri Guaino (dans l'émission “Tous Politiques” de France24-France Inter-Le Parisien), est démontée par la révélation des écoutes téléphoniques. Car ces dernières révèlent bien l’existence d’un cabinet noir, mais il s'agit de celui que l’ancien président de la République a mis en place pour neutraliser les juges qui enquêtent sur lui.

Nicolas Sarkozy et son avocat, Thierry Herzog. © Reuters Nicolas Sarkozy et son avocat, Thierry Herzog. © Reuters

Du côté des sarkozystes, la synthèse des retranscriptions de ces écoutes « ne prouve rien ». « Si on avait l’intégralité des conversations, on verrait que Nicolas Sarkozy est de bonne foi, plaide un soutien de l’ancien président de la République sous couvert de “off”. Les avocats ont toujours parlé aux magistrats, ça ne veut pas dire qu'ils s'influencent. » Et d'ajouter : « Il y a un moment où les sympathisants UMP vont se dire que “trop c'est trop”. Sarkozy arrivera à mobiliser son propre camp par un effet de victimisation. »

Finalement, c’est Marine Le Pen qui est le plus montée au créneau au sujet des écoutes en attisant, elle aussi, la théorie du complot. « Ça sort comme par hasard juste à quelques jours d'une élection municipale, je trouve que ce sont des moyens déloyaux », a déclaré la présidente du Front national sur France Bleu. Donc voilà, je pose la question effectivement : qui a intérêt à faire sortir cela ? »

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale