La diversité est toujours aussi peu présente dans les municipalités

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Selon une étude réalisée dans les exécutifs municipaux des 50 plus grandes villes françaises, seuls 9 % des maires adjoints sont issus de la diversité : 7 % d’élus d'origine maghrébine, 2 % d’élus noirs et 0,1 % d’élus d'origine asiatique. En derniers de la classe, Bordeaux, Lyon, Toulon et Dunkerque.

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À l’occasion des élections municipales des 23 et 30 mars, le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) et le think tank République & diversité publient une étude sur la parité et la diversité dans les exécutifs municipaux des 50 plus grandes villes de France (lire les détails de leur enquête dans notre Boîte noire).

Si « la parité a beaucoup augmenté dans les municipalités », la question de la diversité reste au cœur du problème de renouvellement que rencontrent les exécutifs municipaux. L’étude révèle ainsi que seulement 9 % des adjoints sont issus de la diversité : 7,11 % d’élus d'origine maghrébine, 2,03 % d’élus noirs et 0,11 % d’élus d'origine asiatique.

Le Cran et République & diversité soulignent de « grosses disparités entre partis », les municipalités dirigées par le parti communiste comptant à elles seules 16 % d’adjoints issus de la diversité (Saint-Denis et Nanterre figurent en tête du classement). Un chiffre qui s’explique, selon eux, « par une forte tradition populaire et antiraciste au sein du parti », mais aussi par « la sociologie des villes où le PC a le plus d'élus (villes de banlieues, fortes communautés immigrées, etc.) ». Du côté des mairies PS et Europe Écologie-Les Verts (EELV), le résultat de l'enquête tombe à 10 %.

 © Cran/République & diversité © Cran/République & diversité
Les municipalités de droite font figure de mauvaises élèves, puisque dans les équipes UMP des 50 plus grandes villes françaises, seuls 4 % des adjoints sont issus de la diversité. Ils sont 5 % dans les mairies UDI-MoDem. Le Cran et République & diversité indiquent toutefois que « les élus de gauche ne sont pas toujours aussi exemplaires dans ce domaine qu'ils veulent bien le dire ».

En témoigne la carte des douze exécutifs municipaux – dits « apartheid » – qui ne comptent aucun élu maghrébin, noir ou asiatique. Y apparaissent six mairies PS et six mairies UMP. En bas du classement, on trouve notamment les équipes « white only » des maires UMP Alain Juppé (Bordeaux) et Hubert Falco (Toulon), ainsi que celles des édiles socialistes Gérard Collomb (Lyon) et Michel Delebarre (Dunkerque).

 © Cran/République & diversité © Cran/République & diversité

« Les représentants du peuple ont vocation à être… représentatifs, rappellent le Cran et République & diversité dans le Guide des bonnes pratiques contre le racisme à l’usage des maires de France qui accompagne leur étude. À l’instar de la parité, qui s’impose progressivement dans les habitudes, la diversité doit être respectée au sein des instances de la vie politique. »

Selon le dernier baromètre sur la perception des discriminations dans le travail, dressé par le Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail (OIT), trois actifs sur dix déclarent avoir été victimes d’au moins une discrimination dans le cadre de leur activité professionnelle, tandis que 34 % en ont été témoins.

Pour inverser cette tendance, le Cran et République & diversité mettent à disposition des futurs maires une « boîte à outils » dans laquelle ils avancent plusieurs propositions que certaines municipalités ont d'ailleurs déjà mises en place en interne (nomination d’un adjoint en charge de la lutte contre les discriminations, création d’une charte pour l’égalité…), mais aussi au sein de leurs politiques publiques (développement des transports, respect des 20 % de logements sociaux de la loi SRU, formation de la police municipale sur les questions liées à la diversité…).

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Cette étude a été réalisée dans les exécutifs municipaux des 50 plus grandes villes françaises « pendant plus d’un an », précisent le Cran et République & diversité, en détaillant leur mode d'enquête : « Comme pour les enquêtes précédentes, celles du CSA ou du CNRS, l’analyse été réalisée sur la base de trois éléments : la photographie, le patronyme et le lieu de naissance. »