Soirée «stand-up» avec le député LR Jean-François Lamour

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Pour parler du projet de François Fillon dans une campagne accaparée par les affaires, Jean-François Lamour organise des « pieds d’immeuble ». Dans les rues du XVe arrondissement de Paris, micro à la main, il répond aux questions des badauds et s’efforce de garder le sourire malgré les « voleur ! » que lui lâchent certains passants.

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Ils sont une petite cinquantaine, ce mardi 18 avril en début de soirée, à écouter Jean-François Lamour leur conseiller de « prendre tous les projets des candidats », de « les poser sur la table de chez vous » et de « regarder lequel est le plus cohérent ». Soudain, un homme passe à vélo. « Voleur ! Rendez les impôts ! Pédale ! » crie-t-il en direction du groupe, avant de filer à toute vitesse. « Eh bien, pédalez, monsieur ! » lui rétorque un sympathisant LR, venu assister au “stand-up” politique du député de Paris – qu’il préfère appeler « pied d’immeuble » – organisé au carrefour de la place Charles-Vallin (Paris XVe). Quelques rires s’échappent de l’assistance, transie par le froid.

Jean-François Lamour pendant son « pied d’immeuble » parisien, le 18 avril. © ES Jean-François Lamour pendant son « pied d’immeuble » parisien, le 18 avril. © ES

« C’est ça les pieds d’immeuble, s’amuse l’ancien ministre, dont le micro crépite avant de rendre l’âme. D’ailleurs, vous avez vu, il ne reste pas pour écouter. Ce genre de personnes n’aime pas beaucoup le débat d’idées ! » Ce proche de François Fillon, lui, aime beaucoup les échanges. C’est pourquoi, depuis février, il se prête deux fois par semaine à cet exercice, également pratiqué par Arnaud Montebourg. L’élu de droite s’y est essayé pour la première fois en 2012. Accompagné de sa suppléante Sylvie Ceyrac et entouré de deux kakémonos à son nom, installés non sans difficulté par ses équipes, il accueille les badauds et les sympathisants LR du quartier avec bonhomie.

Non loin de là, Guilhem, 17 ans, et Tugdual, 18 ans, se chargent de distribuer des tracts à l’effigie de François Fillon. Les deux lycéens militants sont confiants. « On a fait plein de marchés ces derniers jours, l’accueil est bien meilleur qu’il y a encore deux semaines, confie Tugdual. J’y crois plus aujourd’hui que je croyais à la victoire de Nicolas Sarkozy en 2012. » Son ami, qui ne sera majeur qu’au moment de voter pour les législatives, opine du chef. « La remontée dans les sondages a fait du bien ! se réjouit-il. Il y a un consensus autour du programme. »

Guilhem et Tugdual. © ES Guilhem et Tugdual. © ES

Micro à la main, petite enceinte de fortune aux pieds, Jean-François Lamour entre dans le vif du sujet. Et annonce d’emblée la couleur : « On va parler de tout. Y a pas de tabous. C’est une drôle de campagne présidentielle. Elle est inédite car nous avons quatre candidats dans un mouchoir de poche. Ça me rappelle 2002, ça s’était joué à quelques dizaines de milliers de voix. » Le député entend profiter de son heure de « pied d’immeuble » pour défendre les idées de son candidat qui, lui, n’a « pas trop pu en parler parce qu’on l’a enquiquiné sur des sujets moins importants ».

Ces sujets, les affaires donc, l’ancien champion olympique (au sabre) n’entend pas les éluder. Il les anticipe même. « C’est pas parce que François Fillon a des problèmes que je vais le lâcher. Moi, je comprends les Français qui s’interrogent et qui sont exaspérés. La question, c’est comment on sort de tout ça ? » Sa réponse : en votant dimanche prochain pour le seul qui possède, à ses yeux, « un projet, une méthode et une future majorité pour l’appliquer ». Après avoir regretté que personne n’ait évoqué, tout au long de la campagne, « le mauvais bilan de François Hollande », l’élu cède la parole à l’assistance. Tout y passe : politique internationale, réforme du système de santé, suppression du régime social des indépendants (RSI)…

Un jeune homme, « étudiant en économie », s’empare du micro. « Sur la question de la compétitivité, vous avez comparé la France à l’Allemagne, comparaison classique, souligne-t-il. Mais moi, je ne me reconnais pas dans le programme de François Fillon parce que j’ai l’impression qu’on tend vers un modèle qui ne va pas marcher. » « Vous préférez sans doute ce que propose monsieur Piketty ? lui répond Jean-François Lamour. Piketty, j’entends bien, mais c’est parfait, trop parfait. Il faut tenter l’option proposée par François Fillon afin qu’on produise de nouveau dans notre pays. »

Et de poursuivre : « Vous voyez bien qu’on a tout essayé : les emplois aidés, ça ne fonctionne pas. Est-ce que vous pensez que le CICE [crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi – ndlr] est un dispositif qui marche bien ? Mon épouse est dentiste, elle bénéficie du CICE, vous trouvez que c’est normal ? Je sais bien que ça fait peur quand on dit que les 35 heures vont être supprimées, mais redonnons un peu de liberté aux entrepreneurs ! Le choix de François Fillon est un choix assumé, puissant, qui mérite d’être testé. Laissez-nous cinq ans ! » Dans le petit groupe, certains acquiescent d’un hochement de tête, d’autres semblent plus dubitatifs.

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