Ces «déçus» de Sarkozy qui ont rejoint le FN

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Ils donnaient leur voix à l'UMP mais glisseront un bulletin Front national dans l'urne, en avril. Mediapart a croisé de nombreux «déçus» du sarkozysme, samedi, lors de la présentation du projet 2012 de Marine Le Pen. Qu'est-ce qui séduit ces anciens militants et sympathisants de l'UMP? Portraits.

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«Le peuple toujours, le peuple partout!», a lancé Marine Le Pen, samedi, lors de la présentation de son projet pour 2012 (lire notre détail des mesures). Un long discours dans la salle de l'Equinox, dans le XVe arrondissement de la capitale, à l'issue d'un banquet réunissant «mille» militants et sympatisants venus de toute la France.

M. Le Pen le 19 novembre. © Thomas Haley M. Le Pen le 19 novembre. © Thomas Haley

A l'exception du passage sur la «priorité aux Français» (variante de l'éternelle «préférence nationale») et de ses refrains sur l'immigration, les applaudissements étaient très mous. Malgré une mise en scène digne d'un show à l'américaine (pin's clignotant "J'aime Marine" avec un coeur et drapeaux tricolores pour tous, jeux de lumière, fumigènes, confettis), ses longues tirades sur l'économie, la «mondialisation débridée», et sa vision de l'Europe, n'ont pas pris. Mais assez pour que ses adversaires s'inquiètent. «Marine Le Pen se moque du peuple», a dénoncé Alexis Corbière, le lieutenant de Jean-Luc Mélenchon, dans un communiqué: «Elle a réussi l'exploit de ne rien proposer sur les salaires, le Smic, les droits des travailleurs, sur les services publics, l'emploi ou la retraite. (...) Elle veut faire paraître le FN "blanc bleu", mais jamais rouge

A peine son discours fini, l'UMP a dégainé trois communiqués fustigeant un projet «irresponsable et dangereux», «des incantations, des dénonciations, et pas de solutions», le recyclage des «vieilles recettes de son père». «Que ce soit en matière sociale ou de sécurité, (ses solutions) se situent dans l'incantation, la stigmatisation et le rejet de l'autre», martèle le parti présidentiel.

Marine Le Pen joue les candidates «attrape-tout», mais elle veut commencer par reprendre les électeurs que Nicolas Sarkozy a dérobés au Front national en 2007. Les deux partis jouent à la surenchère (comme nous l'avons démontré ici, ou encore là). Samedi, dans l'assistance, «un collaborateur d'un des plus ministères actuels applaudiss(ait)» la présidente du FN, d'après la journaliste du Journal du dimanche. A la tribune, n'a-t-elle pas évoqué à plusieurs reprises cette «rupture» qui «est possible»? Ne l'a-t-on pas entendu dire que la crise n'était «pas une fatalité» et vanter «l'art du possible»? N'a-t-elle pas prôné une «Europe qui protège»? Du Sarkozy dans le texte, mais avec l'ajout d'une bonne dose de populisme.

Il fallait l'écouter parler: «révolution patriotique», «les pilleurs du bas et les pilleurs du haut», «ceux qui volent les consommateurs, les agriculteurs», «ceux qui s'en prennent au petit peuple, aux plus faibles»; «une fiscalité qui nous étouffe» avec «27 taxes créées depuis 2007»; «la délinquance qui coûte 115 millions d'euros chaque année»; «les intérêts des Français avant tout (...) contre les intérêts des marchés financiers», «l'économie doit être au service des peuples et pas les peuples au service de l'économie. «Rappelons-leur qui est maître chez soi. Le peuple!», «la France ne peut plus accueillir des populations qu'elle ne peut plus assimiler», «priorité aux Français dans l'emploi, les aides sociales, le logement», il faut «retrouver les valeurs de solidarité, de civisme, de morale», «préserver notre identité nationale».

Au «banquet des mille», le 19 novembre. © Thomas Haley Au «banquet des mille», le 19 novembre. © Thomas Haley
Ce discours séduit-il les électeurs de l'UMP? Samedi, nous avons croisé de nombreux «déçus» du sarkozysme. Impossible de dire quelle part ils représentent. Mais tous répètent que «les gens (de droite) marqueront le coup au premier tour». Portraits de ces nouveaux adhérents.

Fabrice a 35 ans, il est prestataire juridique pour des entreprises. «Pupille de la nation», son père était algérien et sa mère bretonne. Entre 2002 et 2007, il a soutenu l'UMP. Avant de rejoindre le Front national il y a un an. «En 2007, j'ai cru au rétablissement du pays grâce au souffle économique de la droite. Aujourd'hui j'ai compris que ça ne passera que par un souffle patriotique et le rétablissement des frontières», dit-il. «Comme avant. Ce qui n'empêche pas le libre-échange», croit-il.

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Certains des militants interviewés n'ont pas souhaité donner leur nom de famille et n'apparaissent donc qu'avec un prénom. D'autres, au contraire, ont accepté d'afficher leur identité et leur visage, estimant être «fiers de leurs idées».