Récession en France: les trois erreurs du président

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La «Note de conjoncture» que l'Insee publie ce vendredi 19 décembre dessine un scénario économique plus sombre que ne l'admet le gouvernement. Elle atteste que la France entre dans une brutale récession, avec un recul de l'activité qui pourrait atteindre -1,1% à la fin du mois de juin. En creux, le document permet de cerner trois erreurs de la politique économique française: une très mauvaise appréciation, délibérée ou non, de la dépression; l'absence de toute mesure véritable pour soutenir la demande intérieure; et une politique sociale qui accélère la crise au lieu de l'amortir. Le chômage devrait fortement augmenter au premier semestre 2009.
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Une crise «grotesquement psychologique», avait dit Alain Minc, l'ami et conseiller de Nicolas Sarkozy. Pas franchement une récession, ou alors seulement une récession «technique», avait renchéri le premier ministre, François Fillon... A la lecture de la dernière «Note de conjoncture» que publie l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) – que l'on peut télécharger dans notre onglet "Prolonger"–, ce vendredi 19 décembre, un florilège de déclarations publiques revient en mémoire.

 

Car, tranchant avec ces propos lénifiants, c'est un scénario très sombre que décrit l'Insee pour l'économie française d'ici à la fin du premier semestre de l'année 2009. Le scénario d'une entrée en forte récession avec la cascade de mauvaises nouvelles que cela suggère : stagnation du pouvoir d'achat, panne de la consommation, effondrement de l'investissement des entreprises, recul de l'emploi, envolée du chômage...

 

Du même coup, la note de l'Insee soulève en creux une cascade d'interrogations : le gouvernement, qui est toujours calé sur des hypothèses économiques beaucoup plus favorables, a-t-il vu venir la crise ? A-t-il bien apprécié son ampleur et sa gravité ? Et surtout, le plan de relance du gouvernement a-t-il été bien calibré ? Est-il bien de nature à amortir le choc de la récession qui arrive ? A tout le moins, le document des experts économiques instille le doute et permet de cerner les principales erreurs économiques de Nicolas Sarkozy.

 

1. Une récession beaucoup plus violente que prévu

 

De fait, la note de l'Insee autorise un premier constat : la récession qui vient sera beaucoup plus forte et accentuée que ne l'admettent l'Elysée et le gouvernement. Longtemps, en effet, le chef de l'Etat et les ministres ont nié le ralentissement économique qui était à l'œuvre. La ministre des finances, Christine Lagarde, s'est distinguée au printemps dernier avec son célèbre cri de joie : «Je jubile

 

Sans même remonter aussi loin, le gouvernement, après avoir beaucoup tardé à réviser à la baisse les hypothèses économiques du projet de loi de finances pour 2009, s'y est finalement résolu en novembre, en retenant une prévision de croissance de +0,2% à +0,5%.

 

 

Or, l'Insee – comme d'ailleurs les autres grands instituts de conjoncture – ne donne aucun crédit à cette évaluation. Même si le mot de récession est banni du langage gouvernemental, c'est bel et bien ce qui est aujourd'hui à l'œuvre, selon l'institut, puisque le taux de croissance de l'économie française suivrait cette évolution : -0,3% au deuxième trimestre 2008, +0,1% au troisième, -0,8% au quatrième, -0,4% au premier trimestre de 2009 et -0,1% au deuxième trimestre.

 

Comme, par convention, une récession est un recul de l'activité pendant deux trimestres consécutifs, il faut donc bel et bien prononcer le mot qui écorche la bouche de tous les ministres : récession!

 

Le fait est maintenant indiscutable. En cette fin d'année, le recul de l'activité est même spectaculaire : le recul de 0,8% évoqué par l'Insee est en ligne avec le -0,7% envisagé la semaine passée par la Banque de France.

 

Sur l'ensemble de l'année 2008, la croissance devrait donc être limitée à seulement +0,8%. Et surtout l'année 2009 s'annonce calamiteuse, avec un «acquis de croissance» qui devrait être négatif de -1,1% à fin juin 2009. Ce que l'Insee appelle «l'acquis de croissance» est par convention la croissance qui serait constatée fin 2009, si, au cours des deux trimestres suivants (le troisième et le quatrième), la croissance était nulle.

 

Par prudence, les prévisions de l'Insee ne portent jamais que sur les six mois à venir. La «note de conjoncture» ne se prononce donc pas sur les évolutions de la crise au-delà de la fin du mois de juin de prochain. Cela étant, la récession d'au moins -1,1% qui sera constatée à la fin du printemps donne la mesure des évolutions en cours.

 

Alors que le gouvernement a très longtemps prétendu que la France était à l'abri, au moins partiellement, du choc de la crise, les chiffres disponibles attestent que tout est en train de se dégrader à vive allure. Et que la récession s'annonce brutale et violente, sans que les experts ne se prononcent sur sa durée. Ils soulignent juste que, dans les débuts que nous connaissons, elle présente des similitudes avec la récession de 1993.

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