Le diplôme fantôme de la ministre des universités

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La secrétaire d'État à l'enseignement supérieur et à la recherche, Geneviève Fioraso, s'est inventé une maîtrise d'économie qu'elle n'a en réalité jamais obtenue. Elle n'a même jamais suivi aucun cursus dans cette matière, contrairement à tout ce que racontent ses biographies officielles qu'elle n'a jamais pris soin de corriger. 

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Certains l’avaient surnommé « le gouvernement des agrégés ». À l’arrivée du premier gouvernement Ayrault, la presse avait beaucoup glosé sur la composition d’une équipe faisant, aux côtés des habituels énarques, la part belle aux agrégés et aux docteurs. Alors inconnue du grand public, Geneviève Fioraso, la nouvelle ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, dans cette équipe de surdiplômés, n’avait pas, et de loin, le CV le plus rempli. La plupart des portraits qui lui ont été consacrés depuis son entrée en fonctions à la tête de ce difficile ministère ont d’ailleurs insisté sur ce qui pouvait constituer un handicap, dans un monde universitaire très sensible aux diplômes.

« Son CV n'affiche "que" deux maîtrises (anglais et économie) alors que la plupart de ses copains du PS sortent des grandes écoles de la République », rappelait par exemple Le Monde. Dans un registre plus psychologique, Libération décrivait ainsi son parcours : « Étudiante normale : une hypokhâgne, puis double maîtrise en anglais et économie qui a pu sembler bien maigre à ses deux parents passés par l’École normale supérieure. » Un portrait qui visiblement plaît à celle qui est encore ministre (depuis le remaniement, elle est devenue secrétaire d’État au sein du grand ministère de l’éducation nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche), puisqu’elle le met sur son site personnel.

Geneviève Fioraso © LD Geneviève Fioraso © LD

Si contrairement à la plupart de ses collègues du gouvernement, sa biographie publiée sur le site de Matignon ne mentionne pas ses diplômes, précisant juste qu’elle a été « professeur d’anglais et d’économie », les sites Wikipédia, Acteurs publics, les biographies.com… font tous état des deux maîtrises de la secrétaire d’État.

Or, comme l’a découvert Mediapart, Geneviève Fioraso n’a jamais eu de maîtrise d’économie et n’a même jamais suivi aucun cursus dans cette matière. Après nous avoir affirmé la veille que « Geneviève Fioraso a évidemment ses deux maîtrises », et promis de nous envoyer les détails précis desdits diplômes, son cabinet a reconnu ce vendredi qu'elle « n’a pas de maîtrise d’économie. C’est une erreur du Who’s Who que nous allons faire corriger. La confusion est peut-être venue du fait qu’elle a eu une maîtrise d’anglais à l’université de Metz avec une option économie ». Entretemps, nous avions effectivement obtenu des précisions des universités concernées qui ne trouvaient trace d'aucun cursus d'économie. 

Fondée sur les déclarations de l’intéressée, la fiche de Geneviève Fioraso dans le Who’s Who stipule qu’elle a bien deux maîtrises « d’anglais et d’économie ». Actualisée chaque année, et soumise aux personnes concernées, ces fiches font l’objet de corrections si nécessaire.

Fiche du Who's who © LD Fiche du Who's who © LD

Le Who’s Who précise même que les « diplômes (sont) vérifiés auprès des grandes écoles », mais renseignement pris, la publication ne vérifie pas les cursus universitaires, surtout au niveau maîtrise, nous explique-t-on. Première surprise, à aucun moment Geneviève Fioraso n’a donc fait corriger cette erreur, laissant prospérer à longueur de portraits l’idée qu’elle possédait un double cursus. Contactée, la rédaction du Who’s Who nous indique même que la secrétaire d’État a récemment demandé, le 7 août dernier, par un courriel de son secrétariat, de petites modifications concernant une date de fin de poste ou un intitulé de commission parlementaire, mais n’a strictement rien dit des diplômes qui lui étaient faussement attribués. 

« Geneviève Fioraso a autre chose à faire que de lire sa notice du Who’s Who », répond son cabinet. « Par ailleurs, elle a 60 ans et ne met vraiment pas en avant ses diplômes mais son long parcours professionnel », nous précise-t-on.

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