La droite fait le service minimum

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Le placement en garde à vue de l'ancien président Nicolas Sarkozy n'a suscité que de faibles réactions dans les rangs de la droite. Nadine Morano, bien seule sur le front, a raccroché au nez d'un journaliste puis diffusé un message accusant le juge Tournaire de « harcèlement ». Mais le parti s'est contenté d'un communiqué de trois phrases, que plusieurs cadres n'ont même pas relayé.

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Service minimum chez Les Républicains. Au soir du premier jour de garde à vue de l'ancien président de la République dans le cadre de l'affaire libyenne, la droite est aux abris.

En milieu de journée, le parti a certes diffusé un communiqué en réaction à l'accélération, mais celui-ci est resté relativement succinct. « Les Républicains apportent leur plein et entier soutien à notre ancien président, Nicolas Sarkozy. Nous souhaitons rappeler que le principe de la présomption d’innocence prévaut pour tous les citoyens. Les adhérents et sympathisants Les Républicains ont une nouvelle fois le sentiment que tous les élus ou anciens élus ne subissent pas le même traitement, selon qu’ils appartiennent à telle ou telle famille politique », s'est contenté de rappeler la droite dans le message adressé à la presse.

Surtout, rares sont les cadres de la droite à être clairement montés au créneau pour défendre leur ancien patron. À l'Assemblée nationale ou sur les médias, quelques fidèles ont relayé les éléments de langage (Christian Jacob, Nadine Morano, Valérie Boyer ou Damien Abad), mais de nombreux élus sont aussi restés silencieux toute la journée. Tour d'horizon des (non-)réactions.

Les Républicains ont diffusé un communiqué de presse pour le moins lapidaire. © © www.republicains.fr Les Républicains ont diffusé un communiqué de presse pour le moins lapidaire. © © www.republicains.fr

 

À l’Assemblée nationale, c'est le patron du groupe LR, Christian Jacob, président du comité de soutien de Nicolas Sarkozy lors de la primaire de la droite en 2016, qui a organisé la riposte lors d’un point presse : « Nous assurons Nicolas Sarkozy de toute l’amitié, le soutien et l’affection du groupe LR, unanime, dans ce moment qui est assez surréaliste », a-t-il tenu à rappeler. Avant d'axer sa communication sur l'« acharnement » que subirait l'ancien président : « Onze ans après [moins de sept ans après les premières révélations de Mediapart, en réalité – ndlr], c’est de l’acharnement et on a vu ce que ça avait donné avec l’affaire Bettencourt. Je ne suis pas juge ni procureur mais il y a visiblement un acharnement incompréhensible. »

Aux accusations d'« acharnement », l'ancienne ministre Nadine Morano a elle préféré le mot « harcèlement ». Ce mardi matin, la plus sarkozyste des sarkozystes a raccroché au nez d'un journaliste qui souhaitait recueillir sa réaction en direct.

Puis en fin d'après-midi, la « conseillère politique » des Républicains a relayé ce message sur les réseaux sociaux : « il se prend pour qui le journaliste [qui l'avait interrogée – ndlr] ? : un juge ... il y a déjà Tournaire [le nom d'un des magistrats chargés de l'enquête – ndlr] pour le harcèlement... il faut en plus les chèvres de Macron. »

Elle a aussi diffusé cet autre message étonnant : « C'est déjà de l'histoire ancienne.........Et si vous parliez plutôt du financement de la campagne d'Emmanuel Macron, classée secret défense ??? » Avant de marteler qu'elle trouvait ce « tribunal médiatique assez indécent ».

Mais malgré ses efforts pour rameuter la foule, Nadine Morano a dû se sentir bien seule pour attaquer les juges ou les journalistes.

Message relayé par Nadine Morano © Twitter Message relayé par Nadine Morano © Twitter

En effet, la liste est longue des cadres qui ont déserté les médias et les réseaux sociaux, évitant même de relayer le communiqué du parti.

Laurent Wauquiez lui-même a d'abord refusé de s’exprimer sur le sujet en marge d’une réunion LR au Sénat. Ce mardi soir, il a diffusé ce court message sur les réseaux sociaux : « Sur le fond du dossier, je fais confiance à la justice. Mais sur la forme, comment comprendre que Nicolas Sarkozy, ancien President de la République, soit en garde à vue depuis maintenant plus de 10h. Humiliant et inutile. »

Son ancien concurrent à la présidence de LR, le juppéiste Maël de Calan, n'a pas réagi à l'affaire, expliquant sérieusement à Mediapart qu'il était à la plage en train d'écrire un livre… Et d'autres membres importants du bureau politique ont brillé par leur absence. Quelques exemples avec l'ancienne ministre Michèle Alliot-Marie, le député du Vaucluse Julien Aubert ou encore le député Guillaume Larrivé, longtemps présenté comme un « bébé Sarkozy », qui ne sont pas exprimés publiquement.

Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, qui a renoué avec Nicolas Sarkozy jeudi 8 mars, est elle aussi restée très prudente dans sa réaction : « J’ai beaucoup de peine à croire à cette affaire, mais la justice travaille et je souhaite vraiment qu’il n’y ait aucune interférence du pouvoir politique dans le travail de la justice (…). Je respecte la présomption d’innocence qui s’attache à tout homme politique. » 

Soucieuse de se relever de l'affaire Fillon, la droite serait-elle sur le point de larguer l'héritage sarkoziste ? Lundi soir, alors qu’était officialisée la vente du siège de LR, Laurent Wauquiez a peut-être donné un début de réponse à travers cette formule équivoque : « Là, nous allons avoir un parti à l'équilibre avec une dette remboursée et une gestion assainie. Je nettoie la page du passé. »

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