Transition énergétique: promis, juré, c'est parti!

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Une annonce choc : diviser par deux la consommation d'énergie d'ici 2050. Un engagement : l'adoption d'une loi sur la transition énergétique en 2014. François Hollande a fait tomber plusieurs tabous en ouverture de la Conférence environnementale. Les moyens et les décisions suivront-ils ? Le président a en tout cas donné des gages à ses alliés écologistes en plein psychodrame.

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Contre toute attente, François Hollande a ouvert la conférence environnementale, vendredi 20 septembre, en faisant tomber un tabou : le lien entre croissance de la consommation énergétique et création de richesses. Pour la première fois, le chef de l’État a fixé pour objectif au pays de réduire par deux la consommation finale d’énergie d’ici 2050. « Le pari est audacieux. Est-il hors de portée ? Oui si nous en faisons un dogme ; non s’il s’agit d’un objectif mobilisateur qui devra s’adapter à nos résultats en terme de croissance. »

Allocution d'ouverture de la 2ème Conférence environnementale pour la transition écologique © Présidence de la République

Baisser de 50 % les dépenses de carburants, de chaleur et d’électricité au cours des 35 prochaines années, c’était jusque-là le leitmotiv des seuls écologistes et des défenseurs du climat. En signant le protocole de Kyoto (1997), les pays industrialisés se sont engagés à réduire massivement leurs émissions de gaz à effet de serre, responsables du dérèglement climatique. La France a endossé l’objectif de réduire par quatre ses rejets gazeux d’ici 2050, une stratégie que les experts surnomment « le facteur 4 ». Même si beaucoup l’ignorent, il figure dans la loi française de 2005 sur les orientations de la politique énergétique (voir ici).

Depuis dix ans, industriels et environnementalistes s’affrontent sur le moyen d’y parvenir : pour les premiers, il suffit de faire monter la part du nucléaire dans l’appareil de production français, sans s’attaquer à la demande. Pour les autres, il est impératif de réduire drastiquement les besoins d’énergie, afin d’épargner les ressources naturelles et de faire la part belle aux énergies renouvelables.

Cette discussion a atteint un paroxysme de véhémence au cours du débat national sur la transition énergétique qui s’est conclu en juillet : les deux camps se sont affrontés à coups de scénarios prospectifs et contradictoires (voir ici ), entre lesquels l’État n’avait pas encore tranché. C’est désormais chose faite.

Thierry Salomon, président du réseau d’experts Negawatt, et co-rapporteur du groupe de travail sur ce thème lors du débat, ne cache pas son plaisir : « C’est très important. On vient de gagner un cran dans la machine, après la grosse bagarre des derniers mois. » Car réduire par deux la consommation d’énergie, cela signifie moins produire et donc moins de centrales nucléaires. Surtout que François Hollande a aussi confirmé sa volonté de diminuer de 75 % à 50 % la part de l’atome dans la production d’électricité. « Le découplage entre économie et consommation d’énergie : la logique semble assez nouvelle, j’y vois une évolution du mode de raisonnement à la tête de l’État », analyse un expert consulté par la gauche comme par la droite.

À la sortie du discours présidentiel, Pierre Gattaz, nouveau président du Medef, très opposé à la perspective de baisse de la consommation, encaissait en tentant de faire bonne figure : « C’est un objectif un peu bizarre. Baisser de 50 % la consommation, c’est un chiffre inatteignable. Le monde aura besoin de plus en plus d’énergies. »

À quelques heures d’une visite à un site de production de batteries pour voitures électriques du groupe Bolloré, François Hollande a enfoncé le clou de la décroissance énergétique en affirmant son souhait de réduire de 30 % la consommation d’énergies fossiles en 2030. Encore une première, et une mauvaise nouvelle cette fois-ci pour Total et l’Union française des industries pétrolières (Ufip), autre lobby actif dans le débat contre tout objectif de restriction des consommations.

Mais pour le coup, cette cible de 30 % est beaucoup moins ambitieuse qu’il n’y paraît à première vue. Elle se situe en effet en dessous des scénarios les plus timides discutés pendant le débat : autour de -35 % pour Ancre, un regroupement de laboratoires de recherche, et Negatep, le scénario de l’association pro-nucléaire Sauvons le climat. Alors que pour l’Ademe et Negawatt, elle tourne autour de 45 % (voir ici une note de comparaison des différents scénarios). Si bien que pour Thierry Salomon, cibler une baisse de 30 % « n’est pas cohérent avec les quatre scénarios mis sur la table du débat ». Plus généralement, il constate que « plus les objectifs sont proches chronologiquement, moins on est ambitieux. En 2050, François Hollande aura 100 ans et moi aussi... c’est très loin ».

Le logiciel de l’Élysée a-t-il entamé sa transition écologique ? Le chef de l’État a su prononcer quelques autres mots magiques lors de son discours, évoquant l’obligation de rénovation thermique des logements (lors des ravalements), ou encore le rôle des collectivités locales dans la production d’énergies renouvelables (lire notre article ici). « Donner le droit aux collectivités d’expérimenter, c’est très important », se réjouit le sénateur EELV Ronan Dantec, co-rapporteur du groupe sur la gouvernance dans le débat.

Action de Greenpeace à la centrale nucléaire de Tricastin, juillet 2013 (Reuters) Action de Greenpeace à la centrale nucléaire de Tricastin, juillet 2013 (Reuters)

« On finit par se contenter de peu », soupire Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, heurté par le flou du chef d’État concernant le programme de fermeture des centrales nucléaires. « Le président de la République a même conditionné sa promesse d’atteindre 50 % de nucléaire dans le mix électrique français au développement hypothétique des énergies renouvelables sans annoncer un chemin précis pour aider à ce développement », s’inquiète l’ONG dans un communiqué. « Il n’y a pas grand-chose de concret, affirme Benoît Hartmann, porte-parole de France nature environnement (FNE), la transition énergétique n’est qu’une partie d’une plus vaste transition écologique. Nous sommes en état d’urgence, et on procrastine. »

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