A Paris, les militants communistes tournent le dos au Front de gauche

Pour les prochaines municipales, les adhérents des sections PCF de Paris ont choisi l'alliance au premier tour avec le Parti socialiste et Anne Hidalgo par 670 voix contre 500. Un vote très partagé, moins ample que prévu, qui va laisser des traces.

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Sans surprise, mais pas sans séquelles. Le résultat du vote des militants parisiens du PCF a finalement penché en faveur d'une alliance avec le PS dès le premier tour des municipales. Avec 57 % et 670 voix, contre 500 se prononçant pour une liste Front de gauche autonome, les partisans d'un rapprochement avec Anne Hidalgo (avec laquelle a été négocié un quota communiste de 13 élus et 32 conseillers d'arrondissements) ont recueilli un pourcentage moindre qu'à la direction fédérale (67 %), voilà dix jours (lire ici). « C'est un peu une surprise, glisse un militant. D'habitude, les militants suivent davantage la consigne. »

En marge de la manifestation lycéenne, vendredi, certains communistes s'interrogeaient sur l'influence de l'affaire Leonarda sur le scrutin interne, questionnant « un effet papy Voise », en référence au fait divers ayant marqué la dernière semaine de la présidentielle de 2002, souvent accusé d'avoir fait éliminer Lionel Jospin. Mais l'expulsion de la jeune collégienne italo-kosovare n'a pas renversé la donne, et le sujet n'a même jamais été abordé lors de la conférence de presse d'annonce des résultats, ce samedi soir. 

À l'issue d'une journée médiatico-élyséenne folle (lire ici), ce vote a été salué par de nombreux socialistes voyant enfin une bonne nouvelle surgir au milieu du marasme de leur rentrée apocalyptique. Anne Hidalgo a salué dans un communiqué ceux « qui viennent, par leur vote, de prolonger et d’amplifier la dynamique de rassemblement et d’action de l’union de la gauche ».

Au bout du compte, la victoire n'est pas entachée de suspicions. Avec 1 197 votants, la participation est à peu près la même que lors du dernier congrès (en février dernier) ou de la désignation de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle (en mai 2011). En revanche, une forte hétérogénéité se dégage du vote des différentes grosses sections (cent militants et plus) de la capitale. En effet, si les sections des XXe (environ 80 %), XIe et Xe arrondissements (90 %) ont massivement voté pour une alliance avec le PS , celles du XIIIe (80 %) et du XVIIIe (70 %) ont nettement penché vers le Front de gauche. Quant à celle du XIXe, elle s'est divisée quasi parfaitement en deux (50,5 % pro-PS). « Au final, ça se joue à 80 mecs qui ont changé d'avis », explique un militant de cette section, pour qui « le fait que Colonel-Fabien s'en soit mêlé montre que le Front de gauche aurait dû être majoritaire ».

Militant dans la section du XXe arrondissement, le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a personnellement appelé à une liste avec le PS, et la campagne de conviction a été active de la part des dirigeants du parti. Pour Igor Zamichiei, le secrétaire fédéral du PCF de Paris, le vote communiste est « un choix de raison par rapport à un territoire donné, pas un choix absolu ». Désireux d'apaiser la fracture, ce proche de Laurent dédramatise le moment : « Jean-Luc Mélenchon est conscient de l'enjeu du Front de gauche. Le Front de gauche sans le PG ou sans le PCF, ce n'est pas le Front de gauche. Ne réduisons pas le Front de gauche à une stratégie d'autonomie électorale. » Avant de souhaiter qu'une «puissante dynamique» se mette en branle autour d'Anne Hidalgo, afin de gagner «le combat contre l'austérité».

Secrétaire de la section du XIIIe arrondissement (pro-Front de gauche), Sébastien Jolis assure que « beaucoup de gens se sont décidés au dernier moment ; on a vu des gens devant l'urne qui ne savait pas encore pour qui ils allaient voter ». Lui regrette « les déclarations intempestives du Parti de gauche qui n'ont pas aidé. À chaque déclaration, on perdait quelques voix de plus… ». Le président du groupe Front de gauche à Paris, Ian Brossat, partage le constat. « Le ton employé par les dirigeants du PG n'est pas adapté : il contribue à tendre la situation et aurait plutôt tendance à braquer les communistes », expliquait-il dans Le Monde il y a deux jours. Samedi soir, le chef de file assure qu'il continuera « à travailler avec les élus PG au conseil de Paris », et note que « les 43 % qui ont voté Front de gauche ont aussi exprimé leur colère et leur inquiétude face au gouvernement ». S'il a conservé sa réserve durant toute la campagne, se refusant à exprimer officiellement une consigne de vote, Brossat estime désormais qu'« à Paris, Hidalgo tient compte de ce que nous disons, au contraire de Hollande ».

Avec ce ton mécanique que les communistes savent si bien employer quand ils n'ont pas envie de répondre à la question posée, il certifie que « les militants prendront toute leur part à la campagne d'Hidalgo », lui compris. Une affirmation pourtant pas si évidente pour d'autres, qui pronostiquent que « beaucoup de militants resteront chez eux ». Conseiller de Paris PG, Alexis Corbière ne peut « pas croire que des communistes ayant voté pour des listes Front de gauche afficheront ou tracteront pour le PS ». Sa camarade Danielle Simonnet, tête de liste du PG à Paris, a pour sa part déploré dans un communiqué une « erreur politique, contraire à la cohérence du Front de gauche », tout en « tendant la main » aux communistes qui voudraient les rejoindre. Elle assure que « malgré le vote du PCF, au premier tour, il y aura une liste Front de gauche à Paris ».

La question de l'utilisation de l'étiquette et du logo “Front de gauche” reste taboue, alors que des communistes redoutent que les autres forces du cartel de l'autre gauche ne se les approprient. « Il n'y a aucun raison pour que nous cessions de nous nommer Front de gauche, lance Alexis Corbière. Ce n'est pas une étiquette, c'est une stratégie. » Toutefois, en termes de propriété intellectuelle, le logo et le nom du Front de gauche ont bien été déposés par Gabriel Amard, un proche de Jean-Luc Mélenchon (lire ici).

Stéphane Alliès

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