Le «storytelling» du président-candidat Sarkozy

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Nicolas Sarkozy est candidat, et il l'a fait savoir dans un prétendu « off » très calculé, révélé seulement ce mardi. La suite d'un « storytelling » d'un mois où son marathon des vœux a été l'occasion pour lui de tenter d'imposer son agenda et sa réalité : Hollande serait le « favori », lui le « challenger ». Mediapart décrypte en images ses 23 discours (vidéo dans l'article).

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«Ce sera une campagne très différente de celle de 2007», a dit Nicolas Sarkozy samedi, en Guyane, dans une discussion soi-disant «off» révélée seulement mardi, où il évoque sa candidature et sa possible «fin de carrière». «Vous n'imaginez pas les surprises que les Français nous réservent. Les favoris à l'élection présidentielle ont toujours perdu», a-t-il lâché, visant François Hollande.

Une discussion «off» très calculée qui s'inscrit dans le «storytelling» de l'Elysée : faire croire qu'il est le «challenger de la présidentielle» (dixit Brice Hortefeux ce mardi sur RTL et dans Le Figaro en octobre). A deux reprises en 2011, il a qualifié son adversaire socialiste (DSK au printemps, puis Hollande à l'automne) de «candidat du système». Lors de son intervention télévisée d'octobre, il a rendu les socialistes (Mitterrand, Jospin, Hollande) responsables de la crise actuelle et glissé : «Tous les candidats du système ont toujours été battus.» Son pari ? Faire oublier que la droite est à l'Elysée depuis 17 ans.

La technique a fait ses preuves en 2007. C’est avec ce principe-clé formulé par Laurent Solly, son directeur adjoint de campagne de l'époque, que le candidat UMP avait construit sa campagne : «La réalité n'a aucune importance, il n'y a que la perception qui compte.» «Il ne dit pas : "Je me suis forgé, ou je me suis construit", il dit : "J'ai créé mon personnage, écrit Yasmina Reza, qui l'a suivi durant cette campagne, dans L'Aube le soir ou la nuit. Ce personnage, c'était celui du candidat de la «rupture» et de «l'action», «pas celui du système» (comme il l'avait dit à Rungis en février 2007).

Cinq ans plus tard, le marathon des vœux présidentiels de janvier a été l'occasion de construire son agenda et de relayer sa propre réalité. Dans un véritable numéro d'équilibriste. Dramatisant la situation («c'est une crise immense», «inouïe», «grave», «les circonstances sont exceptionnelles»), tout en se présentant en capitaine rassurant dans la tempête («Mon devoir est de faire face et de vous protéger»). Défendant une partie de son action, mais se détachant des près de 3 millions de chômeurs et de son bilan économique et social. Nous sommes en fin de mandat, mais il annonce un vaste sommet pour l'emploi et de grandes réformes structurelles (lire notre «Prolonger»).

En un mois, le chef de l'Etat a ciblé les zones géographiques importantes (Moselle, Finistère, Vienne, Vosges, Haut-Rhin, Nord, Ariège, Rhône, Guyane, Bouches-du-Rhône) et ratissé toutes les professions, au cours de 23 discours – dont 12 déplacements. Il y a ajouté quelques visites à l'étranger (Berlin, Madrid) et des commémorations (les 600 ans de la naissance de Jeanne d'Arc, les 100 ans de celle de Michel Debré). Une vraie campagne aux frais de la République.

Mediapart a passé au crible ses 23 discours. On y voit un président s'exprimant parfois comme un candidat outsider. Réclamant qu'on «ose le changement» et les «idées nouvelles». Multipliant les «il faut que», «c'est inacceptable», «ils vous mentent». Parlant de la gauche comme si elle était au pouvoir. Citant de Gaulle 19 fois et draguant les électeurs du FN. Bien sûr, on est loin de l'enthousiasme de 2007 («nos idées vont gagner», assurait-il dans ses vœux 2007 à voir ici. Mais on retrouve certains accents et promesses de sa première campagne (montage vidéo ci-dessous) :

La série de voeux d'un président-candidat © Mediapart

 

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