Au pays de Peugeot: «Tout ce qui est musulman va être regardé de travers, c'est sûr»

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Au pays de Peugeot, dans le Doubs, les attentats de Paris ont mis au jour, comme ailleurs, les profondes fractures dans la société française. «Ça fait trente ans qu'on nous demande d'être intégrés alors qu'on est nés ici», dit un médecin d'origine turque. Quartiers ghettos, musulmans inquiets, théories du complot... Comment réunir des mondes parallèles ? Dans deux semaines, les électeurs devront élire le successeur de Pierre Moscovici, parti à la Commission européenne, et le PS a de fortes chances de perdre ce siège de député. 

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Montbéliard et Audincourt, de notre envoyé spécial.–  Chantal, grand-mère maintenant, a connu Gerardo tout petit, quand elle travaillait au Prisunic. Ils ne s'étaient pas croisés depuis les attentats. Une semaine après, ils se rencontrent à l'entrée du marché couvert d'Audincourt, petite ville du Doubs de 15 000 habitants. La belle-fille de Chantal est musulmane : « Hier, on a longtemps parlé, elle m'a dit : "On ne sera jamais considérés comme des Français." » « Tout ce qui va être musulman va être regardé de travers, c'est sûr », craint Gerardo, fils d'immigrés portugais. Il travaille chez Peugeot à Sochaux, le berceau de la marque au lion. Ici, tout le monde connaît quelqu'un qui travaille à la « Peuge », immense complexe industriel qui employa jusqu'à 40 000 personnes dans les années 1970 — quatre fois moins aujourd'hui.  

« Au travail, les Algériens, les Turcs ont arrêté de parler de ce qui s'est passé. Ils se sentent visés. C'est devenu tabou », dit Gerardo. Chantal parle d'un « copain » qui ne cesse de lui envoyer par e-mail « des blagues sur l'islam » et des « reportages qu'il trouve je sais pas où ». « Je lui ai dit : "J'ai un petit-fils de sang arabe alors tu arrêtes ! Et pour tes vidéos, tu vérifies tes informations". »

Le 1er février, il y aura une élection législative partielle dans la quatrième circonscription du Doubs, pour remplacer à l'Assemblée nationale le socialiste Pierre Moscovici, ancien ministre de François Hollande parti à la Commission européenne. Ce sera le premier scrutin depuis les attentats de Paris. Le PS se pensait déjà éliminé, « l'esprit du 11 janvier » lui redonne quelque maigre espoir. Manuel Valls est annoncé avant le premier tour. Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen viendront après. L'UMP est bien partie pour gagner.