mot de passe oublié
Live
Parrainnez vos amis

Rendez-vous en direct du Palais des sports de Grenoble dès 16h

Jusqu'à minuit, profitez de notre offre spéciale d'abonnement : 6 mois à 20€ (au lieu de 54€)

ABONNEZ-VOUS
Mediapart dim. 7 févr. 2016 7/2/2016 Édition de la mi-journée

Espionnage de journalistes: derrière la DCRI, Sarkozy

22 février 2013 | Par Michel Deléan

Au plus fort des affaires Bettencourt et Karachi, l'Élysée a fait procéder à la surveillance de plusieurs journalistes en toute illégalité. S’estimant diffamé par un article détaillant les méthodes employées, l’ancien patron de la DCRI Bernard Squarcini demandait 50 000 euros de dommages et intérêts au Canard enchaîné, ce jeudi au tribunal de Paris.

Cet article est en accès libre.

Surnommé « le Squale » pour ses aptitudes reconnues à évoluer en eaux profondes, l’ancien directeur du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini, s’est déplacé, ce jeudi 21 février, à la XVIIe chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Limogé et nommé préfet hors cadre au lendemain de la présidentielle, ce qui lui laisse du temps libre pour monter un cabinet de conseil, ce grand flic qui faisait partie de la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy poursuit Le Canard enchaîné en diffamation, pour un article du 3 novembre 2010 intitulé « Sarko supervise l'espionnage des journalistes ». Il réclame 50 000 euros de dommages et intérêts à l'hebdomadaire, et 5 000 euros pour les frais de justice.

Bernard Squarcini Bernard Squarcini
Signé par le journaliste Claude Angeli, l’article racontait comment Nicolas Sarkozy avait demandé personnellement au Squale de surveiller tel ou tel journaliste un peu trop curieux, et comment ce dernier avait formé une petite équipe d'anciens des RG, chargée de débusquer les informateurs.

Claude Angeli, qui enquête au Canard « depuis 42 ans », vient à la barre. Il relate l’ambiance « bizarre » de cette époque où les journalistes en pointe sur les affaires Karachi et Bettencourt « se plaignaient d'être écoutés ». « Un conseiller de l’Élysée se vantait : les journalistes, on les cadre », raconte Angeli. Selon ce vieux routier des affaires sensibles, Squarcini s’acquittait de la tâche, mais « il n'aimait pas trop ça, il avait beaucoup d'autres choses à faire, avec le terrorisme et l’espionnage industriel ».

D’ailleurs, ajoute Claude Angeli, « dans cet article,  ce n'est pas Bernard Squarcini qui est visé, mais Nicolas Sarkozy. La preuve, Squarcini m'a appelé après parution (je ne sais pas comment il a eu mon portable) et il m’a dit qu'il n'avait pas besoin d'ordres de Sarkozy pour enquêter, et qu'il ne s'intéressait aux sources que si elles venaient des ministères et de la haute administration. On a eu une discussion courtoise. Et puis il y a eu un communiqué de l'Élysée le lendemain. Ils ont compris que le président était en cause. Et sept ministres ont pris la parole pour répéter les mêmes éléments de langage, en défense du président ».

Le journaliste persiste et signe. « Oui, il y avait un petit groupe à la DCRI qui se chargeait de tout cela, je maintiens tout ce que j'ai écrit. Il y avait sept ou huit personnes. J’avais des sources à la DCRI, et à l’Élysée. Nicolas Sarkozy était inquiet des fuites sur son couple, et sur les dossiers Karachi et Bettencourt. Il y a eu des écoutes, des fadettes et, selon Mediapart, des géolocalisations. Il y a des officines qui travaillent très bien en France... »

Pour le reste, assure Angeli, « mes relations avec Bernard Squarcini sont bonnes. Non, je n'avais pas appelé avant parution, pas plus que Nicolas Sarkozy d’ailleurs, ils m'auraient menti. Au Canard, nous sommes libres, nous n'avons pas de fil à la patte politique ».

Michel Gaillard, le directeur du Canard, dit toute sa confiance en Claude Angeli, « spécialisé en barbouzeries diverses », et rappelle que « le Canard a toujours été attentif aux libertés, et notamment à la protection des sources des journalistes ».

Vient le tour de Bernard Squarcini. Très calme, en blazer bleu et pantalon sombre, il retrace sa carrière, depuis ses débuts comme commissaire de police spécialiste du terrorisme, d'abord en Bretagne, en Corse, au Pays basque, puis à Paris, comme numéro 2 de la DCRG (sous le règne du pittoresque Yves Bertrand), puis préfet de police de Marseille, numéro 1 de la DST en 2007, et enfin patron de la DCRI en 2008, par la grâce de Nicolas Sarkozy.

Le Squale vante le travail de son bébé, la DCRI, issue de la fusion de la DST et des RG, et qui effectue à la fois « un travail de renseignement et un travail de PJ ».  Un service d’élite, comprend-on, « qui travaille sous le secret-défense, en liaison avec 170 services étrangers ». La fameuse « CIA à la française » alors vantée par Nicolas Sarkozy, et qui a pris un peu de plomb dans l’aile depuis lors

Le grognard Squarcini, lui, tient bon. « La fameuse section presse ? Elle se lève très tôt le matin et fait une petite revue de presse sur ce qui peut intéresser le service, poursuit-il. Ça n'a jamais été un cabinet noir. Je n'étais pas d'accord avec le fait que l’on puisse dire cela, non pas pour moi, mais surtout pour mon service. Pour le reste, je respecte la liberté de la presse », assure-t-il. « Nous n'avons jamais écouté de journalistes », jure le Squale.

« Alors pourquoi êtes-vous mis en examen ? » lui demande Christian Charrière-Bournazel, qui défend Le Canard.

Vous n'avez pas bien suivi l'actualité, deux des moyens sont tombés », répond le Squale. Mis en examen sur plainte du Monde, il a vu par la suite les deux tiers des chefs de poursuites annulés par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris.

« J'étais à un mariage en Corse, mon portable sonne, et mon directeur général me demande pourquoi un PV de la brigade financière qui datait de la veille au soir était déjà à 13 heures dans Le Monde », raconte le Squale. « J'en réfère à mon adjoint, et lui demande de vérifier mes quelques soupçons, avec des vérifications techniques ponctuelles », cela dans l’unique but de savoir « qui, dans un cabinet régalien, se livre à des fuites ».

L'affaire aboutira à la placardisation du magistrat David Sénat, alors en poste au cabinet de MAM, au ministère de la justice. Un homme que le clan sarkozyste voue aux gémonies depuis l'affaire Clearstream...