A Quimper, la « fâcherie avec la gauche » menace le conseiller du président

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La concurrence à gauche

« La campagne est atone. Jamais on ne me parle de politique nationale, ni de la participation des écolos au gouvernement. Mais il n’y a pas non plus de vraie polémique sur les enjeux locaux. En fait, aujourd’hui, personne ne se sent suffisamment à l’aise pour donner des leçons aux autres… Ce n’est l’euphorie dans aucun parti, cela rend tout le monde modeste », raconte aussi Jean-Pierre Bigorgne, adjoint écologiste sortant et qui se représente dans une ville où Europe Écologie-Les Verts peut compter sur un socle électoral important. En 2008, la liste avait approché les 17 % et Quimper compte des élus municipaux écolos depuis le début des années 1980. Alliés historiques des socialistes, ils ont déjà annoncé une fusion des listes pour le deuxième tour, parce qu’il « vaut mieux être dedans pour influencer que dehors dans la rue », selon la tête de liste, adjoint sortant, Daniel Le Bigot.

Cette fois, signe de l’éclatement à gauche, ils sont directement concurrencés par une liste “citoyenne”, emmenée par une conseillère régionale de l’UDB (Union démocratique bretonne, régionaliste), élue avec EELV, Naïg Le Gars. Derrière elle, des militants de la cause bretonne, profs à Diwan ou bilingues, des ex-EELV en rupture de ban, des jeunes qui refusent le cadre des partis. La plupart ont défilé avec les Bonnets rouges à l’automne dernier – le nom de leur liste « Vivre Kemper » rappelle celui du mouvement contre l’écotaxe « Vivre, décider, travailler en Bretagne ». Ils veulent une « démocratie participative », avec « des valeurs sociales », se disent de gauche mais certains réfléchissent à s’allier au Modem au deuxième tour.

« Les gens de gauche ne se sentent pas représentés. On ressent que beaucoup sont prêts à s’abstenir. Moi-même, si on n’avait pas monté cette liste, j’aurais voté blanc, promet Jakez Andro, 4e de liste et « écolo-libertaire » revendiqué. Poignant, cela reste la France des petits fours, des salons, la gauche caviar. Nous, on est la gauche casse-croûte… » Un titre pour lequel il est en concurrence avec la liste de gauche radicale, soutenue par le Front de gauche (hors PCF) et le NPA.

Patryk Szczepankiewicz et Janine Carrasco © L.B. Patryk Szczepankiewicz et Janine Carrasco © L.B.

On les retrouve devant la Caisse primaire d’assurance maladie, sur les hauteurs de la ville, un bâtiment sans âme, dans un quartier pavillonnaire tranquille. Ils sont venus au rassemblement appelé par la CGT, la FSU et Solidaires contre le pacte de responsabilité de François Hollande – c’est une journée nationale de mobilisation et à Quimper, elle n’a pas attiré au-delà des habituels bataillons syndicaux.

Avec en fond sonore « Appelle-moi camarade » du Ministère des affaires populaires (MAP), Annie Cloarec, venue en voisine et candidate du Front de gauche à Rosporden, raconte « la déprime et le désintérêt pour tout ce qui est politique ». « Les gens se disent que la droite et la gauche, c’est pareil. » « “Moi, c’est terminé, je ne veux plus voter”, on l’entend en porte-à-porte », dit aussi Philippe Levallois, 59 ans, candidat à Quimper et militant du Front de gauche. « J’ai vu des gens déchirer leur carte électorale », abonde Janine Carrasco, 49 ans, deuxième de liste et encartée au NPA. La tête de liste, Patryk Szczepankiewicz, 34 ans, du Parti de gauche : « Plein de gens sont dans la fin de l’histoire, c’est cette gauche qui a perdu l’espoir et qui pense que ça va de soi, que ça ne changera plus… »

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J’ai passé deux jours à Quimper, lundi 17 et mardi 18 mars. J’ai rencontré des représentants des quatre listes de gauche pour essayer de comprendre quel climat règne dans l’électorat de gauche (dans toutes ses sensibilités). J’ai aussi suivi plusieurs actions de campagne, dont deux réunions publiques du maire sortant Bernard Poignant.

Contacté, le candidat UMP Ludovic Jolivet n’a pas retourné notre appel dans les délais. Il m'a rappelée vendredi à 18H30, après la publication.