UIMM : l'ancien patron des patrons mis en cause

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Nouveau rebondissement dans l'affaire de caisse noire qui ébranle le patronat français. Au cours de son interrogatoire par le juge Le Loire, mercredi 16 avril, l'ex-président de l'UIMM, Denis Gautier-Sauvagnac, a affirmé que l'un de ses illustres prédécesseurs, François Ceyrac, touchait jusqu'à fin 2007 environ 5.000 euros par mois, en espèces. De 1972 à 1981, François Ceyrac fut président du CNPF, l'ancêtre du Medef.
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L'affaire de l'UIMM n'a pas fini d'éclabousser le patronat français. Interrogé mercredi 16 avril par le juge Roger Le Loire, qui enquête sur la «caisse noire» de l'Union des industries et métiers de la métallurgie, Denis Gautier-Sauvagnac (dit DGS), mis en examen depuis le 15 janvier pour «abus de confiance», «recel d'abus de confiance» et «travail dissimulé», a impliqué son plus prestigieux prédécesseur, l'ancien patron des patrons, François Ceyrac.

 

A en croire l'ancien président de l'UIMM, François Ceyrac, aujourd'hui âgé de 95 ans, a perçu pendant plusieurs dizaines d'années un "complément de salaire" de 5.000 euros par mois, qu'il touchait en espèces. Une rémunération occulte qui aurait, selon DGS, perduré jusqu'en septembre 2007, date de la révélation publique du scandale de l'UIMM. Selon des informations recueillies par Mediapart, ces remises en liquide ont commencé dès le départ, en 1981, de M. Ceyrac de la présidence du Conseil national du patronat français (CNPF, devenu Medef en 1998).

 

Président de l'UIMM (la principale branche du Medef) de 2006 jusqu'à sa démission le 15 novembre 2007, Denis Gautier-Sauvagnac a fait cette déclaration au juge Le Loire qui le questionnait sur la destination de 19 millions d'euros, retirés en espèces sous son autorité, entre 2000 et 2007, d'une caisse de secours mutuel – l'Epim – créée en 1972 par le même François Ceyrac. Créditée aujourd'hui de quelque 600 millions d'euros, cette caisse avait vocation à soutenir les entreprises adhérentes ayant subi des préjudices lors de conflits sociaux. Jusqu'alors, DGS a refusé d'indiquer le nom des bénéficiaires de cette manne, se bornant à évoquer «des organismes participant à la vie sociale de notre pays».

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L'affaire de l'UIMM est de celles qui sont très difficiles à appréhender sur un plan journalistique. Depuis la révélation à l'automne dernier de retraits en espèces à hauteur de 19 millions des caisses du syndicat patronal, les informations filtrent au compte-gouttes. Une certaine loi du silence semble entourer ce dossier concernant les destinataires des fonds occultes. Syndicats ? Hommes politiques ? Tout est suggéré. Mais rien n'est vraiment démontré. Ce n'est que pas à pas que ce type d'enquête avance.

 

Dommage que, pour cet article, François Ceyrac, contacté le 21 avril en début d'après-midi par le biais de l'UIMM, n'ait pas donné suite à notre demande d'entretien. De même que Jean-Yves Le Borgne, l'avocat de DGS, que nous tentons de joindre depuis plusieurs semaines. En vain.