Le monde du travail découvre la diversité... et tait le racisme

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Le monde du travail parle aujourd'hui sans détour de la diversité. Du racisme aux discriminations, des discriminations à la diversité, le glissement sémantique a une histoire politique qui se décline du lancement des missions locales en 1982 à la création de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité), en 2004. « De 1991 à 1998, alors que j'avais mis au jour des cas de discrimination avec l'aide de l'ANPE et des missions locales, j'ai eu toutes les peines du monde à faire admettre le phénomène aux pouvoirs publics», se souvient Olivier Noël, sociologue et chercheur à l'ISCRA.
Il faudra le discours de Martine Aubry lors du conseil des ministres du 21 octobre 1998 (à lire sous l'onglet Prolonger) pour briser le tabou de la discrimination dans l'accès au travail. Ministre de l'emploi et de la solidarité, elle lia intimement insertion professionnelle et discrimination et, sous l'influence de l'Europe, la question put enfin émerger.
En 2001, la loi sur les discriminations est adoptée. «En 2004, la Halde est créée mais c'est une petite institution qui regroupe 60 salariés pour traiter de toutes les discriminations quand, en Angleterre, la seule commission pour l'égalité raciale, qui ne traite donc que de ces questions, possède 600 salariés», constate Olivier Noël. Après les rapports de deux chefs d'entreprises, celui de Claude Bébéar puis celui de Yazid Sabeg sur les discriminations en 2004, le glissement sémantique s'opère, on commence à parler de «diversité» mêlant dans cette notion toutes les formes de discrimination. Le premier ministre, Dominique de Villepin, lance la «charte de la diversité» ratifiée par 40 entreprises.