Dire non à ce coup d'Etat permanent

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La même manœuvre pour l'audiovisuel

 

Ajoutée au contrôle ou à l'instrumentation des médias, l'annexion de l'opposition, par flatteries, séductions ou prébendes, est l'assurance-vie de cette hyperprésidence. Face à un pouvoir si présent et si pesant, le devoir d'opposition, absolument vital à l'exercice démocratique qui suppose la confrontation et le choix, exige la clarté, voire la simplicité, d'expression comme d'orientation. Or tout est fait pour discréditer par avance cette attitude et créer la confusion, brouiller les frontières, masquer les intentions. La manœuvre sur l'audiovisuel public n'en fut-elle pas une illustration flagrante?

 

On lance l'idée de supprimer la publicité, en soulignant qu'elle vient de la gauche qui ne l'a pas mise en œuvre; on crée une commission de réflexion ouverte aux professionnels et à l'opposition, mais en laissant vite entendre que ses propositions n'engageront pas le chef de l'Etat qui n'en fera qu'à sa tête; et, après avoir montré une grande sollicitude pour les opérateurs privés de l'audiovisuel qui bénéficieront de la manne publicitaire ainsi dégagée, on dévoile, brusquement, l'arrière-pensée de ce chambardement: nommer directement les patrons de la télévision et de la radio publiques, dans un retour caricatural au contrôle direct du temps de l'ORTF.

 

Avec la révision constitutionnelle, il en est allé de même: ce ne fut que navigation à la godille, grands principes proclamés et belles intentions récitées, pour mieux revenir au point de départ, le renforcement du présidentialisme. Et les constitutionnalistes naïfs qui se sont prêtés sincèrement à ce jeu, pensant l'infléchir, devraient méditer la leçon: il ne faut jamais prendre au mot un pouvoir aussi démagogique et manœuvrier; il ne faut le juger que sur ses actes et sur leurs conséquences.

 

A quelque chose malheur est bon, dit le proverbe. Reste, en l'occurrence, à inventer tous ensemble ce "quelque chose". L'opposition, et le Parti socialiste au premier chef, devra s'interroger sur la façon dont son présidentialisme foncier, celui-là même qui l'embarrasse de rivalités individuelles, l'a encombrée, gênée ou tétanisée. Le PS se refuse toujours à faire le pari franc d'une reconquête du pouvoir dont l'argument serait une extension et une renaissance démocratiques par la remise en cause, explicitement programmée, systématiquement organisée et largement discutée, de l'hyperpouvoir présidentiel. Il relativise cette question institutionnelle alors même qu'elle n'est pas sans rapport avec la question sociale, tant une gauche présidentialiste est une gauche sans autre identité que le pouvoir d'Etat, éloignée ou distante des intérêts particuliers qu'historiquement, elle était supposée porter – intérêts de classe, intérêts des opprimés, intérêts des dominés, intérêts des travailleurs, etc.

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Cet article est un parti pris, c'est-à-dire qu'il reflète ma position propre. Dans ses grandes lignes, elle est sans doute partagée par une partie de l'équipe de Mediapart. Mais cet article ne l'engage pas tout entière ni tout d'un bloc, de même qu'il ne reflète pas la diversité de nos lecteurs qui sont invités à le discuter et à le nuancer. Dès le départ, nous avons décidé à Mediapart de nous passer d'éditoriaux directoriaux, considérant que notre culture professionnelle commune pouvait s'accommoder d'une diversité de sensibilité. Pour que l'on puisse mieux juger de l'éventuelle cohérence et de la possible pertinence de mon point de vue, j'ai indiqué, sous l'onglet "Prolonger", des références à quelques-unes de mes anciennes contributions, notamment dans les colonnes du quotidien bruxellois, Le Soir.