Affaire Takieddine: les pièces qui accablent les hommes du Président

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Les juges se rapprochent dangereusement du plus haut niveau de l'Etat. Une semaine après la mise en examen du marchand d'armes Ziad Takieddine par le juge Renaud Van Ruymbeke, deux proches du président de la République, Thierry Gaubert et Nicolas Bazire, ont été placés en garde à vue puis mis en examen. Mediapart fait le point sur cette affaire d'Etat.
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Les juges se sont emparés du scandale et se rapprochent désormais dangereusement du plus haut niveau de l'Etat. Une semaine après la mise en examen du marchand d'armes Ziad Takieddine par le juge Renaud Van Ruymbeke, deux proches du président de la République ont été interpellés et placés en garde à vue, lundi et mardi, par les policiers de la Direction nationale des investigations financières (Dnif).

Le premier, Thierry Gaubert, 60 ans, son très proche collaborateur à la mairie de Neuilly puis aux ministères du budget et de la communication jusqu'en 1995, aujourd'hui conseiller du président du groupe Banques populaires-Caisse d'épargne, a été marié à la fin des années 1980 par Nicolas Sarkozy ; le second, Nicolas Bazire, 54 ans, aujourd'hui n°2 de LVMH, le groupe de luxe du milliardaire Bernard Arnault, a été le témoin de mariage du président avec Carla Bruni.

N. Bazire © Reuters N. Bazire © Reuters
Tous deux membres du premier cercle du chef de l'Etat, MM. Gaubert et Bazire ont aussi en commun d'avoir été au cœur du dispositif de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 et d'avoir connu et fréquenté Ziad Takieddine, l'homme clé des financements parallèles mis en place à cette époque.

Thierry Gaubert a été mis en examen pour «recel d'abus de biens sociaux» par les juges, et laissé en liberté, mercredi soir. Nicolas Bazire a quant à lui été mis en examen pour «complicité d'abus de biens sociaux», ce jeudi.

Sur les photos dévoilées début juillet par Mediapart, Thierry Gaubert apparaît fréquemment parmi les intimes du marchand d'armes, invités sur son yatch ou dans sa propriété du cap d'Antibes, au moins jusqu'en 2005. Parmi ces invités : Jean-François Copé, Brice Hortefeux, et le casinotier Dominique Desseigne, le propriétaire du Fouquet's, où Nicolas Sarkozy fêtera son élection en 2007.

Ziad Takieddine est aujourd'hui l'ami encombrant de la droite française. Imposé par le gouvernement Balladur comme l'intermédiaire des marchés de ventes des sous-marins au Pakistan et des frégates à l'Arabie, M. Takieddine et ses associés auraient encaissé près de 140 millions d'euros de commissions occultes, entre 1994 et 1998 – dont 91 millions d'euros sur les frégates saoudiennes, ainsi que le prouvent les documents publiés par Mediapart.

Le nom de M. Takieddine apparaît sur des avis de paiements ainsi que sur des lettres d'ouverture de comptes. Les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire l'ont logiquement mis en examen pour « complicité et recel d'abus de biens sociaux », la semaine dernière.

Takieddine et Gaubert (à droite) Takieddine et Gaubert (à droite)
Les magistrats disposent également de nouveaux témoignages. Un témoin a indiqué, le 8 septembre, aux enquêteurs de la Dnif avoir eu connaissance de transports de fonds opérés en 1994-95 par Thierry Gaubert et Ziad Takieddine. Selon ce témoin, Hélène Gaubert, l'épouse de l'ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, ces espèces récupérées en Suisse et transportées dans de volumineuses valises ont été remises en mains propres à Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet et de campagne d'Edouard Balladur.

Lundi 19 septembre, Mme Gaubert, princesse de Yougoslavie, a réitéré son témoignage devant le juge Van Ruymbeke.

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ACTUALISATION(S) Publié mercredi 21 septembre à 19 heures, cet article a été actualisé à deux reprises, mercredi dans la soirée et jeudi dans la matinée, à la suite des mises en examen de MM. Gaubert et Bazire.