OGM : une étude fait beaucoup de bruit pour presque rien

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  • Les résultats ne montrent pas de relation dose-effet.

En général, lorsqu’une substance est associée à une pathologie, l’effet toxique augmente avec la dose administrée. Rien de tel dans l’étude de Séralini : les rats mâles qui consomment 22 % de maïs OGM ont plus de pathologies que ceux qui en consomment 33 % ! Les chercheurs affirment que l’effet qu’ils détectent comporte un seuil, et que ce seuil une fois franchi, il peut y avoir des variations aléatoires. Mais on pourrait aussi soutenir qu’il n’y a aucun effet et que les résultats varient de manière erratique.

Arrachage de plants de maïs transgénique en 2004 © Jean-Marc Desfilhes Arrachage de plants de maïs transgénique en 2004 © Jean-Marc Desfilhes

  • Les tumeurs imputées à la toxicité pourraient être spontanées.

L’article de Séralini contient de spectaculaires photos de tumeurs qui auront probablement un fort impact émotionnel à l’écran, mais dont la pertinence scientifique reste à établir. En effet, les rats utilisés dans l’expérience appartiennent à une souche de laboratoire appelée Sprague Dawley ; or cette souche est sujette à des tumeurs spontanées, particulièrement quand l’animal avance en âge.

Dans une étude publiée en 1973 dans la revue Cancer Research, on observait 45 % de tumeurs spontanées chez des rats de cette souche, mâles et femelles, sur une période de 18 mois. « Spontanées » signifiant que les rats n’avaient subi aucun traitement susceptible d’avoir provoqué les tumeurs. Par conséquent, une grande partie des tumeurs observées par Séralini, sinon toutes, auraient pu se produire indépendamment de leur alimentation, simplement parce que l’expérience a duré longtemps. La souche choisie par Séralini n’est certainement pas la mieux adaptée à une expérience prolongée sur deux ans. Et là encore, il manque une analyse statistique qui permettrait de savoir si une partie des tumeurs observées chez les animaux traités doivent réellement être imputées à la toxicité de leur régime.

Commentaire de Mark Tester : « Ils ont prouvé que de vieux rats attrapent des tumeurs et meurent. C’est tout ce que l’on peut conclure »

Ce n’est évidemment pas ce que pense Gilles-Éric Séralini, qui peut d’ores et déjà se féliciter d’avoir eu un impact médiatique maximum, et inversement proportionnel à son crédit parmi les scientifiques. Nous avons contacté son bureau pour connaître ses réponses aux objections de ses pairs, mais l’agenda chargé du professeur ne lui a pas permis de nous répondre dans les délais de cet article.

Avec une célérité inhabituelle, le gouvernement a immédiatement réagi à la publication de Séralini, le ministre de l'agriculture ayant appelé à une « réforme profonde » visant à rendre « beaucoup plus strictes » les procédures d’homologation des cultures génétiquement modifiées dans l’Union européenne. Cela avant même que l’Anses, l’agence nationale responsable de la sécurité de l’alimentation, et l’EFSA, son équivalent européen, aient pu évaluer les données de l’étude.

L’Anses devrait se prononcer d’ici quelques semaines. La Commission européenne a demandé à l’EFSA de procéder à une contre-expertise d’ici la fin de l’année. « Nous n'accepterons pas que ces personnes-là contre-expertisent notre étude, a déclaré Gilles-Éric Séralini lors d’une conférence de presse à Bruxelles. Nous pensons également mettre en cause à la fois leur compétence et leur honnêteté, au moins scientifique. » (propos rapportés par Reuters).

Aux yeux de Gilles-Éric Séralini, les experts européens ne sont pas indépendants de l’industrie. Il estime avec Corinne Lepage, la présidente d’honneur du Criigen, qu’il y a de nombreux conflits d’intérêts à l’EFSA.

Mais Séralini risque de se trouver dans la position de l’arroseur arrosé. Ses travaux ont été en partie financés par l’association Ceres, créée sous l’impulsion de Gérard Mulliez, le fondateur d’Auchan. Ceres rassemble plusieurs sociétés de la grande distribution, dont Auchan et Carrefour. Lesquels ont construit leur stratégie marketing, entre autres, sur la promotion de produits sans OGM…

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