Clearstream: la défense de Dominique de Villepin met l’accusation en pièces

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Un procès, c'est aussi cela: des vérités d'un jour chassées par celles du lendemain. C'est exactement ce qui s'est passé au procès Clearstream, mercredi 21 octobre, journée consacrée aux plaidoiries des avocats de Dominique de Villepin. En plus de cinq heures d'intervention, les quatre défenseurs de l'ancien premier ministre, accusé d'avoir participé à la machination Clearstream, ont littéralement mis en pièces les diverses facettes de l'accusation, qu'elles émanent des deux juges d'instruction qui ont renvoyé Dominique de Villepin devant le tribunal correctionnel ou du parquet de Paris, qui avait pourtant déroulé, la veille, un réquisitoire implacable (voir le détail dans la "Boîte noire" ci-dessous).
La principale force de la défense de l'ancien premier ministre de Jacques Chirac est d'être parvenue à s'insinuer dans les failles d'une accusation écartelée pour mieux la faire exploser de l'intérieur, à deux journées de la fin du procès. Il y eut certes des effets de manches. Il y eut des bons mots, aussi. Mais ce n'est nullement là qu'a résidé la puissance de la démonstration des avocats de Dominique de Villepin. Le plus impressionnant d'entre eux, Me Olivier Metzner, a utilisé pour son argumentaire une autre arme qui n'est pas sans valeur dans une enceinte judiciaire: le droit.
Il n'est pas inutile de rappeler que Dominique de Villepin, poursuivi pour «complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol et usage de faux», n'est pas accusé de la même chose dans cette affaire selon que l'on se place du point de vue des juges d'instruction Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, qui ont mené les investigations pendant quatre ans, ou de celui du procureur de la République, représentant du ministère public.
Les premiers ont vu en Dominique de Villepin «l'instigateur» d'une machination ayant consisté à faire accroire à la justice, en 2004, que plus de deux cents personnalités (dont Nicolas Sarkozy) étaient impliquées dans un vaste réseau de corruption international dont la plaque tournante aurait été la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream. Mais pour le second, le même Dominique de Villepin serait plutôt un «complice par abstention» du complot, matérialisé par l'envoi, entre avril et octobre 2004, de plusieurs lettres anonymes accompagnées de faux listings bancaires au juge financier Renaud Van Ruymbeke par l'ancien vice-président d'EADS, Jean-Louis Gergorin (le vrai-faux "corbeau" de l'affaire).