Police: formation raccourcie pour les recrues post-attentats

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Comment recruter et former d’ici 2017 les 5 000 policiers et gendarmes promis au lendemain du 13-Novembre ? Concours exceptionnel aux épreuves allégées, formation raccourcie : les pistes du ministère de l’intérieur.

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Devant le Congrès à Versailles, le 16 novembre 2015, François Hollande a annoncé, à la suite des attentats de Paris et de Seine-Saint-Denis, le recrutement de 5 000 policiers et gendarmes supplémentaires sur deux ans, dont 3 150 dès 2016 (1 366 policiers, 1 763 gendarmes et 21 démineurs).

Ces renforts s’ajoutent à ceux déjà annoncés pour lutter contre le terrorisme et l’immigration clandestine. Le 21 janvier 2015, après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, le premier ministre Manuel Valls s’était déjà engagé à créer 445 postes pour lutter contre le terrorisme. Le 16 septembre 2015, le premier ministre lance un nouveau plan, cette fois pour « lutter contre les filières d’immigration clandestine » : 900 embauches sont prévues en 2016 pour renflouer les effectifs des forces mobiles, de la police aux frontières et de la préfecture de police de Paris. Sans oublier la promesse du candidat Hollande de recruter 500 policiers et gendarmes supplémentaires chaque année de son quinquennat, pour compenser les emplois supprimés par la droite. Au total, ce sont donc 4 782 emplois dans la gendarmerie et la police qui doivent être créés en 2016.

À ces chiffres, il faut ajouter les recrutements pour remplacer les départs en retraite. Selon Éric Grimbert, secrétaire national à la formation d’Alliance police, ce sont près de 4 000 jeunes que les écoles nationales de police devront incorporer en 2016. Un concours exceptionnel de gardiens de la paix, avec des épreuves allégées, se tiendra en mars 2016, en plus de celui qui a habituellement lieu en septembre. Mais comment former autant d’élèves, alors que plusieurs écoles ont fermé durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy à cause des suppressions de poste ? Questionnées le 7 décembre, ni la police, ni la gendarmerie nationale n'ont pour l'instant pu répondre à nos questions. « On attend encore des arbitrages », nous a-t-on expliqué côté police.

Evolution des recrutements de policiers depuis 2007 © Mediapart

« Autant par le nombre de places que de formateurs, nous ne sommes pas en capacité de former autant de monde dans les structures existantes, estime Ophélie Cohen, secrétaire à la formation du syndicat Unsa police. On ne peut pas mettre plus de trente élèves sur un tatami face à un formateur en techniques de sécurité en intervention (TSI). » Selon la policière, le nombre de structures de formation est passé de 25 en 2000, avec 13 écoles nationales de police (ENP) et 12 centres de formation professionnelle (adossés aux CRS, ces centres n’accueillaient que des hommes bacheliers), à dix aujourd’hui, soit neuf écoles et un centre de formation professionnelle. La plus importante se situe à Nîmes et peut accueillir plus d’un millier d’élèves.

Pour autant, il ne serait pas question à ce jour de rouvrir des écoles nationales de police (ENP). « Cela coûte trop cher et prend trop de temps, sans compter que l’on n’est pas sûr que ce volume de formation soit maintenu à long terme », a indiqué la Délégation au recrutement et à la formation (DRF) au Monde. La direction générale de la police nationale envisage plutôt, selon plusieurs sources syndicales, de raccourcir la scolarité des gardiens de la paix. D’un an (dont un mois de congé) à l’heure actuelle, la formation passerait à huit mois et demi, avec un découpage différent pour libérer plus vite la place dans les écoles. À l’issue de ces huit mois et demi, les gardiens de la paix seraient envoyés en stage deux mois directement dans leur service d’affectation, sans retour d’expérience en école ensuite comme c’était le cas auparavant. Ce qui permettrait d’augmenter la cadence des promotions. « On pourrait incorporer une nouvelle promotion tous les 9 mois au lieu d’attendre 12 mois », explique un policier. Deux promotions ont déjà été écourtées cette année, en vue de la COP21 et de l’Euro 2016.

Pour les ex-adjoints de sécurité (ADS) qui réussissent le concours de gardien de la paix, la scolarité sera carrément diminuée de moitié, passant à six mois. « Ils ont déjà une expérience dans les commissariats et une formation professionnelle de trois mois », explique Éric Grimbert, d’Alliance police. Selon lui, la future scolarité pourrait être resserrée « sur l’essentiel, à savoir le droit, les matières techniques et sécuritaires, avec pour tout le monde un stage Amok sur les tueurs de masse, et le tir ».

Un arrêté du ministère de l’intérieur, paru au Journal officiel jeudi 17 décembre, allège considérablement les épreuves du concours exceptionnel : à l’écrit, les candidats n’auront à répondre qu’à un QCM et un questionnaire à réponses courtes, sans étude de texte. Celle-ci a été supprimée, tout comme l’épreuve de gestion du stress qui consistait à « placer le candidat dans une situation imprévue et soudaine et à analyser son comportement ». Ne risque-t-on pas de recruter des fonctionnaires au rabais, mal formés, voire qui n’ont rien à faire dans la police ? « Les problèmes rencontrés dans la société, nous les retrouvons déjà en école de police avec des soucis de politesse, des élèves qui ne savent plus écrire, etc. », relativise Ophélie Cohen.

« Il y a toujours des tests psychotechniques écrits pour évaluer le profil psychologique des candidats, puis à l’oral, le jury reste à même de repérer les profils inadéquats », ajoute Manuel Pereira, du syndicat Unité SGP police FO et formateur généraliste à Nîmes. Mais les services de renseignement, chargés des enquêtes de moralité et déjà bien occupés par la menace terroriste, risquent de se trouver submergés. « Ces dernières arrivent déjà bien souvent alors que l’élève est déjà dans nos locaux », remarque Manuel Pereira.

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