Incendie de Vincennes: l’État contre les sans-papiers

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Il y a un an et demi, le centre de rétention de Vincennes (Val-de-Marne) partait en fumée. Dix ex-retenus sont jugés pour leur implication présumée dans l'incendie. Certains ont vu leur vie brisée par la détention provisoire. La défense dénonce une «instruction à charge».

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Dix étrangers en situation irrégulière sont appelés à comparaître devant le tribunal de grande instance de Paris les 25, 26 et 27 janvier pour leur implication présumée dans l'incendie du centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, il y a un an et demi. L'un d'entre eux séjourne à Fleury-Mérogis. Les autres ont presque tous été écroués plusieurs mois avant d'être libérés dans l'attente du procès. Deux ex-retenus, enfin, sous le coup d'un mandat d'arrêt, sont recherchés par la police.

Poursuivis pour «destruction de bien par incendie» et/ou «violences sur agent de la force publique», ils risquent jusqu'à dix ans de prison. Pour s'être révoltés contre les conditions de rétention et la mort d'un co-retenu, certains ont vu leur vie brisée par la détention provisoire. La défense dénonce une «instruction à charge», alors que de nombreuses zones d'ombre subsistent.

La trajectoire des prévenus s'est croisée en 2008, lorsqu'ils ont été enfermés au CRA de Vincennes en vue d'un retour forcé dans leur pays d'origine. Privés de liberté sur simple mesure administrative après avoir été interpellés au hasard d'un contrôle d'identité, ils ont été conduits dans ce centre, le plus grand de France, de 280 places, divisé en deux bâtiments afin de «respecter» la réglementation fixant à 140 le nombre maximum de lits.

Incendie CRA Vincennes, juin 2008 © Cimade Incendie CRA Vincennes, juin 2008 © Cimade
Le 22 juin 2008, le CRA de Vincennes, dépendant de la préfecture de police de Paris, part en fumée. La veille, un retenu, Salem Souli, est retrouvé mort dans sa chambre dans des circonstances non élucidées.

Le décès de ce Tunisien de 41 ans, un samedi, crée l'émoi, d'autant que «les responsables du CRA avaient été alertés sur son état de santé et ont mis beaucoup de temps avant d'appeler les secours», rappelle Stéphane Maugendre, du Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), à l'origine, avec d'autres associations, d'une demande d'ouverture d'une information judiciaire. Face au sentiment d'incurie, les retenus protestent. La tension monte, mais, selon la préfecture, le centre reste «relativement calme toute la soirée». Dimanche, en milieu d'après-midi, un rassemblement est organisé en hommage à Salem Souli. Des policiers arrivent en renfort, alors qu'une manifestation de soutien se déroule aux abords du centre.

À l'intérieur, le face-à-face dégénère en affrontements, tandis que des matelas sont sortis des chambres. Le centre s'embrase en quelques minutes. Dans le chaos, les retenus sont regroupés dans le gymnase de l'école de police, à quelques mètres de là, certains sont conduits à l'hôpital en raison des dégagements de fumée. La préfecture compte et recompte. Il en manque, annonce l'administration, avant de se raviser: personne n'a pris la fuite. Par chance, personne n'a péri sous les flammes.

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Pour cet article, j'ai pu interroger la plupart des avocats des prévenus, obtenir l'ordonnance de renvoi, signée par le juge d'instruction, et recueillir le témoignage de responsables associatifs, dont Damien Nantes, de la Cimade, qui s'est rendu au CRA de Vincennes le 21 juin 2008, après la mort du retenu tunisien, et le 22, le jour de la révolte et de l'incendie.