Paroles de socialistes : «Maintenant, faut y aller»

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Le PS a réuni dimanche un millier de secrétaires de section, avant le premier grand meeting de campagne de François Hollande. L'objectif : mobiliser les troupes et répondre à l'impatience de certains militants.

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« Mettre en cohérence collective le parti et le candidat ». C’est selon ces termes que Stéphane Le Foll, chargé de l’organisation dans l’équipe de François Hollande, a résumé la matinée du dimanche 22 janvier. A quelques heures du grand discours de lancement de campagne du candidat socialiste, au parc des expositions du Bourget (Seine-Saint-Denis), l’heure était à la mobilisation de la base.

Réunis dans un hall attenant à celui où leur héraut allait décliner dans l’après-midi son « rêve français », environ un millier de secrétaires de sections se sont réunis, pour entendre les interventions des dirigeants du PS comme des responsables de la campagne de Hollande, mais aussi repartir avec leur « kit de campagne ». « C’est un très beau jour, a promis à son arrivée la première secrétaire, Martine Aubry. Aujourd’hui, tout le monde attend cette semaine très importante. Il faut maintenant que nous présentions nos propositions aux Français. Nous tous allons aller partout dans les campagnes, les usines, les quartiers, pour expliquer les propositions de François Hollande. »

« On ressent une envie forte », dit Manuel Flam, conseiller du candidat pour qui « après le discours de François et la semaine qui s’ouvre, s’il est bon, on peut plier le match ». Mediapart a interrogé de nombreux représentants de ces « cadres intermédiaires » du PS, prêts à se lancer dans la bataille.

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Christian Tarer, la cinquantaine, attendait depuis longtemps ce moment. Secrétaire de la section de Montgeron (Essonne), il assure qu’« ils sont une bonne centaine de militants et sympathisants dans les starting-blocks. Après le tour de chauffe des primaires, il y a eu un peu de doute, car beaucoup avaient l’impression qu’on ne répondait pas aux attaques de la droite, sur le terrain ». Mais désormais, veut-il croire, « on n'a plus qu’à être galvanisés par Hollande, et à avoir de bons argumentaires ». Frank Lenoir, responsable de la section de Chateauponsac (Haute-Vienne), s’est contenté pour l’heure de « mobiliser le premier cercle. Sympathisants, famille, amis, collègues de travail. Dans la foulée des primaires, on a vu qu’on touchait des gens auxquels on ne s’attendait pas ».

« Sur les marchés, on sentait pas mal d’attente, on nous disait sans cesse : “Dites-nous ce que vous allez nous proposer”. » Marie-Hélène Simon, maire de Ligny-en-Barrois (Meuse), ne cache pas sa satisfaction de sortir enfin de ce « flou ». « Maintenant, il faut y aller. Il faut clarifier le programme... Il faut donner un peu plus de punch. Il est grand temps ! », abonde Thierry Delvas, secrétaire de section à Cernay, dans le Haut-Rhin.

« La crise pèse »

A Rennes aussi, dans l’Ille-et-Vilaine, les « militants ont envie d’en découdre. Et les gens nous disent qu’ils sont contents de nous voir », promettent Sylvain Le Moal et Christophe Fouillère. Mais, nuancent-ils aussitôt, François Hollande avait raison de temporiser et de ne pas se dévoiler trop tôt. « Le flou, c’est un faux procès qu’on lui fait ! Quelles sont les propositions concrètes de Nicolas Sarkozy, de François Bayrou, voire de Jean-Luc Mélenchon ? C’est une construction médiatique tout ça. Parce que le vrai départ, c’est la candidature de Nicolas Sarkozy. Si on se dévoile trop vite, on va se faire matraquer. »

Pour Nelly Cochet aussi, responsable de la section de Margny-lès-Compiègne (Oise), avoir pris son temps est une « bonne chose » : « C’est surtout la presse et l’UMP qui s’impatientent ! C’est vrai que c’était un peu compliqué, car on découvre une campagne de zapping permanent, encouragée par l’agitation de Sarkozy. Avec ses propositions tous les deux jours, plus les sondages qui n’arrêtent pas, les militants sont atteints par ces trucs-là. »

Pour l’instant, malgré les couacs de la campagne, les cadres locaux du PS sont plutôt optimistes. « Sur les premiers porte-à-porte, on est bien accueillis. Les gens nous disent : “Enfin vous êtes là”», glissent Suzy Feuillassier et Gaëtan Thareau, secrétaires de section en Indre-et-Loire. « Un signe qui ne trompe pas, c’est que les gens viennent nous voir sur les marchés. On n’a plus à aller les chercher. » « On a distribué des tracts dans les gares : le retour est très positif... Et on sent une dynamique plus forte qu’en 2007. La coordination avec le national est très appréciable, on a des argumentaires, des documents, on est bien outillés », disent aussi Sylvain Le Moal et Christophe Fouillère, à Rennes.

A Limoges (Haute-Vienne) aussi, Ludovic Géraudie est confiant, mais il remarque « une période de crise qui pèse sur le moral des gens. On voit que le quotidien va mal, et même si on est présent sur le front des idées, ça complique un peu la campagne ». « Rien n’est acquis, c’est des conneries tout ça, tranche Thierry Delvas, dans le Haut-Rhin. Parce que les gens sont pris dans le quotidien... Je sens la morosité ambiante, ce mal-vivre qui se répercute dans les têtes. C’est dur de mobiliser. »

Sur le terrain, les militants se rassurent avec l’ancrage profond de l’anti-sarkozysme. « Les gens attendent que Nicolas Sarkozy s’en aille... Son problème d’image est irréparable », tranche Fatiha Adjelout, militante dans le quartier populaire du Mirail à Toulouse (Haute-Garonne). « Le clivage gauche/droite s’est réinstallé, beaucoup plus qu’à la fin des années 1990, dit Laurent Pradeilles, secrétaire de section à Mauguio (Hérault). Du coup on n’est pas démunis. En plus, Sarkozy nous aide : avec la TVA sociale, il nous permet de faire simplement comprendre un débat sur la progressivité de l’impôt, alors qu’il nous aurait fallu des semaines. »

La menace frontiste

« Le rejet de Nicolas Sarkozy est total, abonde Annie, à Toulon. A tel point que nous, on s’en fout de Sarkozy. Le problème, c’est Marine Le Pen. Tout notre travail, c’est d’aller convaincre les déçus de Sarkozy qu’il avait récupérés au FN de ne pas repartir vers Marine Le Pen. » Même chose à Cernay (Haut-Rhin), où Thierry Delvas pense que « le FN sera certainement le premier ».

Alors, oui les « militants sont motivés comme jamais », dit Ludovic Géraudie à Limoges, mais il ressent une inquiétude, qu’il aimerait voir plus présente chez les dirigeants de la campagne nationale de Hollande : « C’est pas qu’on est serein, mais le sentiment anti-Sarko très puissant nous rassure. Par contre, les gens ne se cachent plus du tout quand ils parlent de Marine Le Pen. Hollande apparaît comme un recours, mais elle aussi… »

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A Toulouse, Fatiha Adjelout sent monter un vrai vote « d’adhésion » pour le FN. « Il y a une confiance qui s’est perdue par rapport à l’UMP, mais aussi par rapport au PS... » Un sentiment partagé par Laurent Pradeilles, de Mauguio (Hérault) : « C’est net, le FN a beaucoup plus de soutien qu’en 2002. On est en train d’alarmer le national, car il nous faut augmenter la cadence et on a besoin que les argumentaires soient recentrés là-dessus. Les médias voient un match Hollande/Sarkozy, mais le vrai duel il est face à Le Pen. Sur ce point, on peut dire merci à Mélenchon, qui fait le boulot… »

Dans le Limousin, si le Front de gauche « ne fait pas peur », il « complique un peu les choses », selon Frank Lenoir, responsable de Chateauponsac (Haute-Vienne). « C’est délicat, on les vit comme des concurrents et pas des adversaires, mais eux ne le voient pas vraiment comme ça. Ce qui est rassurant, c’est qu’on n'a pas de doute sur le fait que tout le monde votera Hollande au second tour. »

« Envie de changer les pratiques politiques »

Du coup, estiment certains socialistes, le PS n’a pas à “gauchir” sa campagne, malgré les reculs sur l’âge de la retraite ou les postes dans l’Education. « Il y a un principe de réalité, tranche Sylvain Le Moal, à Rennes. Malgré Mélenchon qui monte un peu dans les sondages, on a un réservoir de voix à gauche qui n’est pas extraordinaire. Alors faut-il perdre à nouveau ? Parce que si on s’adresse toujours aux mêmes, on perdra encore... Avec 48 % ! Il faut élargir notre électorat. »

Pour cela, disent la plupart des secrétaires de section interrogés, pas besoin d’un grand programme très détaillé. Mais des axes de campagne forts. « On sent une envie de changer les pratiques politiques, la façon dont sont menées les affaires publiques. Les gens ont le sentiment que Sarkozy est à la tête du pays avec sa bande, que c’est pas un président, mais un chef de clan... Et puis il y a une envie de voir davantage de justice sociale, parce qu’ils ont le sentiment que ce sont toujours les mêmes qui s’en mettent plein les poches », détaillent Sylvain Le Moal et Christophe Fouillère, militants à Rennes (Ille-et-Vilaine).

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A Mauguio, Laurent Pradeilles estime qu’il faut « surtout mettre le paquet sur la réforme fiscale et l’effort industriel, par exemple sur l’aide aux entreprises qui recréent de l’emploi, ou sur la taxation des riches ». Pour Ludovic Géraudie, de Limoges, « on a besoin de renouer avec l’idée des droits de l’homme et d’un pays multiculturel. Face à Le Pen, il faut redonner espoir et arrêter de monter les Français les uns contre les autres ».

En Indre-et-Loire, Suzy Feuillassier et Gaëtan Thareau ont prévu de faire campagne « sur l’emploi et le pouvoir d’achat, car on voit bien que c’est là qu’on a l’attente la plus vive ». Militants dans la circonscription de la centrale nucléaire de Le Véron, eux se réjouissent du virage du candidat Hollande sur le nucléaire, et de la mise en pièces progressive de l’accord avec les écologistes. « Localement, c’est un sujet important. On a fait venir les syndicats et les employés à une réunion. Ils étaient rassurés par la position de Hollande, et nous ont même aidés à préparer une riposte. »

« Moi je leur rafraîchis la mémoire. Je leur parle de Lionel Jospin, de la CMU, des 35 heures, de la loi contre l’exclusion... C’est pas la peine de faire des grands discours philisophiques. C’est du prix du pain qu’il faut parler ! », s’enthousiasme Annie à Toulon. Même sans marge de manœuvre budgétaire ? « Mais je ne leur dis pas que ce sera “plus” ou Lourdes. Simplement qu’il faut arrêter l’escalade. Qu’avec François Hollande, au moins, ce sera pas le pire. »

Pas de mobilisation sans confiance
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