Un physicien du Cern détenu depuis plus de 17 mois

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Adlène Hicheur, jeune chercheur franco-algérien en physique des particules, est soupçonné d'avoir correspondu avec un responsable d'Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique) sur Internet. Incrédules, surtout après la clôture du volet suisse de l'enquête, ses collègues du Cern se mobilisent.
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Arrêté le 8 octobre 2009 et mis en examen au terme de 96 heures de garde à vue pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste», Adlène Hicheur, un jeune chercheur franco-algérien en physique des particules, qui travaillait sur l'immense accélérateur de particules du Centre européen de recherche nucléaire (Cern) près de Genève, se trouve depuis plus de 17 mois en détention provisoire à la maison d'arrêt de Fresnes.

Et ce, «sans aucun élément nouveau dans l'enquête depuis de nombreux mois», dénonce un comité international de soutien monté par ses anciens collègues du Cern, qui s'étonnent que la législation antiterroriste française permette de détenir quelqu'un aussi longtemps sans procès.

En novembre 2009, un mois après son interpellation, le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard avait affirmé qu'Adlène Hicheur projetait un attentat contre le 27e bataillon de chasseurs alpins d'Annecy (Haute-Savoie), d'où sont parties des compagnies pour l'Afghanistan. Des accusations réitérées par la suite par Bernard Squarcini, le patron de la DCRI, qui se félicitait en septembre 2010 que ses services aient déjoué l'attentat prévu par Adlène Hicheur, «cet ingénieur du Cern qui avait proposé ses services via Internet à Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi)».

«Toutes ces déclarations relèvent de la violation du secret de l'instruction: la seule chose que reconnaît Adlène est d'avoir discuté sur des forums Internet avec des gens qu'il ne connaissait pas», proteste Jean-Pierre Lees, président du comité de soutien et directeur adjoint du laboratoire d'Annecy-le-Vieux de physique des particules (Lapp) où Adlène Hicheur a passé sa thèse en 2003. Six interrogatoires ont eu lieu durant cette détention provisoire, dont le dernier en janvier 2011 n'a duré «que deux heures et demie, une durée ridiculement courte», estime le chercheur.

En postdoctorat à l'École polytechnique de Lausanne, Adlène Hicheur faisait partie de l'équipe européenne menant l'expérience LHCb, qui explore les différences entre matière et antimatière, à l'accélérateur de particules du Cern. «Les journaux ont raconté n'importe quoi après son arrestation, pour un peu on aurait cru qu'Adlène avait planqué une bombe antimatière sous le siège de sa voiture», éclate Aurelio Bay, son supérieur direct à l'École polytechnique fédérale de Lausanne.

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