Toulouse : le RAID et la DCRI font face à de fortes critiques

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Les conditions de l'assaut qui a abouti à la mort de Mohamed Merah sont de plus en plus critiquées par les spécialistes. L'enquête qui a précédé provoque, elle, de vifs débats sur l'efficacité des services de renseignement.

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La mort de Mohamed Merah, 23 ans, tué jeudi 22 mars à Toulouse lors d’un échange de tirs avec les policiers du RAID qui donnaient l’assaut à son appartement, laisse beaucoup de questions sans réponses. Assiégé depuis une trentaine d’heures, le principal suspect des sept assassinats commis à Toulouse et à Montauban les 11, 15 et 19 mars, serait mort d’une balle dans la tête tirée « en état de légitime défense » par les policiers du RAID, selon le procureur François Molins, alors que Merah était sorti de la salle de bains en leur tirant dessus, puis en sautant par le balcon du premier étage.

Le récit fait à chaud, jeudi, par le ministre de l’intérieur Claude Guéant laisse penser que le jeune homme a pu être tué par un tireur d’élite situé en face de son immeuble. Mais ce vendredi, le Parisien affirme que Mohamed Merah a reçu deux balles mortelles (l'une dans le front, l'autre lui ayant traversé l'abdomen) et que son corps était « criblé d'au moins vingt projectiles », malgré le gilet pare-balles qu'il portait.

Il s’agit là d’une forme d’échec, dans la mesure où les policiers étaient censés remettre le suspect vivant à la justice.

Le Raid après l'assaut Le Raid après l'assaut
En intervenant mercredi 21 mars à 3 heures du matin chez Mohamed Merah, dans son appartement de la Côte pavée à Toulouse, puis chez sa mère au Mirail et chez son frère à Auterive à une trentaine de kilomètres de Toulouse, les policiers pensaient faire coup triple. Mais ils ne s’attendaient pas, semble-t-il, à la vigilance et à la détermination du jeune homme, qui a repoussé leur assaut et s’est ensuite barricadé dans l’appartement.

Jean-Dominique Merchet, journaliste spécialisé dans les questions militaires, pointe ainsi « la manière de pénétrer dans l'appartement ».  « Les policiers ont utilisé un bélier pour défoncer la porte d'entrée, derrière laquelle Merah semble avoir placé un refrigérateur, écrit-il sur son blog Secret défense. Cela donne le temps à Merah d'ouvrir le feu et de repousser le premier assaut. » Les policiers auraient pu avoir recours à des explosifs judicieusement placés, « une technique complexe... que le RAID ne maîtrise peu ou mal, ou en tout cas n'emploie pas », remarque le journaliste.

« À l’évidence, le premier assaut n’est pas réussi, constate un spécialiste. L’État a-t-il réellement mis en œuvre tous les moyens dont il disposait ? Si le RAID n’avait pas les capacités suffisantes, pourquoi n’a-t-on pas fait appel au GIGN ? »

 « Clairement, l’opération démarre mal, par un raté, et ensuite les policiers jouent la carte de l’épuisement en sous-estimant la résistance de ce gosse », estime pour sa part l’avocat de Merah, Me Christian Etelin. 

Pour sa part, Christian Prouteau, le fondateur du GIGN, a critiqué dans Ouest France du 23 mars une « opération sans schéma tactique précis », s'étonnant notamment que des gaz lacrymogènes n'aient pas été utilisés par les policiers du RAID.

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Rédigé jeudi 22 mars avec notre envoyée spéciale Louise Fessard à Toulouse, cet article a été mis à jour vendredi 23 mars, pour prendre en compte quelques unes des nombreuses réactions à l'affaire Merah.