Quand les élites déconsidèrent le travail

La désindustrialisation, puis la mondialisation, ont laissé sur le carreau des centaines de milliers de Français à qui l'on n'offre désormais que des “Mac jobs”. La gauche au pouvoir a participé de ces transformations, sans rien proposer comme alternative.

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Créteil (Val-de-Marne), Givors (Rhône) et Martigues (Bouches-du-Rhône), envoyés spéciaux.– Cela fait 35 ans que Fabrice fait la même chose. Le même métier, s’entend. Il aurait pu partir en préretraite mais il a refusé. À la fois parce que sa fille poursuit ses études, mais aussi parce que, malgré les horaires en 3×8 et les risques liés à son travail, il l’aime bien, ce boulot. Il fournit de l’énergie aux raffineries et aux usines pétrochimiques du port de Martigues, au sein d’une petite société externalisée. Il opère, surveille et répare des moteurs de turbine qui tournent 24 heures sur 24, pendant 18 mois, sans s’arrêter. Il a vu des collègues emportés par le cancer, mais les médecins n’ont détecté chez lui que deux petits résidus d’amiante dans ses poumons alors pour lui, ça va. « Des fois, on respire des trucs, on ne sait pas trop ce que c’est… Mais qu’est-ce qu’on y peut ? » philosophe-t-il. Il s’est construit une belle petite vie dans sa maison qui surplombe l’étang de Berre.