En Seine-Saint-Denis, les JO partent à la conquête de l’Est

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Des études inquiétantes

Dans un avis de janvier 2019, l’Autorité environnementale livre pourtant un diagnostic inquiétant. Concernant la pollution atmosphérique, « le projet [d’échangeur – ndlr] dégrade la situation par rapport au scénario fil de l’eau, pour tous les composants atmosphériques, ainsi que par rapport à la situation actuelle pour le NO2 [dioxyde d’azote – ndlr], qui dépasse la valeur seuil réglementaire et pour les composés sans seuil baryum, chrome et mercure ». Les écoles « connaîtront des dépassements de la valeur limite horaire pour le scénario avec projet ».

Concernant les particules PM10, très nocives pour la santé, « le scénario avec projet est majorant, avec une augmentation de +1 %. Le scénario avec projet sera plus défavorable que le scénario fil de l’eau ». On peut considérer qu’une hausse de 1 % est très faible. Mais ce serait ignorer que le corps médical appelle au contraire à fortement réduire l’exposition des citadin·e·s à la pollution atmosphérique. Et a fortiori les jeunes enfants, plus vulnérables que les adultes aux effets délétères des polluants de l’air.

De ce point de vue, il est difficile de comprendre pourquoi les moyens financiers considérables qui vont être dépensés sur ce carrefour Pleyel (près de 90 millions d’euros) ne sont pas utilisés pour protéger de la pollution un groupe scolaire fréquenté par autant de personnes.

D’autant plus que les nuisances sonores subies par les écoliers et les personnels des écoles vont s’aggraver. L’Autorité environnementale prévoit « une modification significative du bruit », avec une hausse d’au moins deux décibels. Tout cela alors que l’état actuel de la pollution de ce quartier est déjà préoccupant et « l’impact des autoroutes A1 et A86 démontré ».

Interrogée également à ce sujet, la Solideo renvoie sur les services de l’État, la Dirif. Pourtant, la société est bien chargée de la coordination des chantiers de la zone. Et l’échangeur de l’A86 figure dans le programme des réalisations pour les JO. Sollicitée par Mediapart, la Dirif dit ne pas pouvoir répondre à ces questions compte tenu de l’ouverture prochaine du débat public.

Élu municipal Énergie-air-climat du quartier Pleyel, Michel Ribay renvoie les efforts à fournir aux constructeurs automobiles : « Pour ce qui concerne l’école Anatole-France, on constate entre 2012 et 2017, outre le fait qu’elle ne figure pas parmi les établissements les plus touchés [par la pollution – ndlr], une amélioration. Cette trajectoire qui traduit le renforcement des normes pour les véhicules et l’évolution du parc doit être accompagnée et renforcée par une série de mesures qui sont du ressort de l’État et des collectivités. » 

Il plaide pour interdire la circulation de transit à l’intérieur du quartier Pleyel. Mais considère qu’« au niveau du groupe scolaire, le tracé a évolué afin d’éloigner celui-ci au maximum du groupe scolaire, le traitement de cet espace a fait l’objet d’ateliers avec les habitants pour en définir leur nature ».

Parent d’enfants scolarisés à l’école Anatole-France, Hamid Ouïdir proteste : « Ces nouveaux aménagements vont faire passer le trafic dans le quartier Pleyel alors qu’il faudrait le mettre en périphérie. » Pour Benjamin Darras, membre du collectif Pleyel Avenir, qui a conduit un impressionnant travail de contre-expertise citoyenne sur l’aménagement du carrefour , « le problème principal, c’est la concentration du trafic sur le carrefour ».

Mais ils peinent à obtenir des services de l’État les données qu’il leur faudrait pour affiner leurs calculs. Entre préfecture et citoyen·ne·s mobilisé·e·s, les moyens et les informations ne pourraient pas être plus inégales. L’enquête publique sur l’échangeur, attendue de longue date et déjà reportée, s’ouvrira finalement le 6 mai, juste au retour des vacances scolaires, laissant peu de temps aux parents pour s’organiser. Le collectif Pleyel Avenir va lancer une pétition et envisage de déposer des recours en justice.

L’écart est grand, en ce printemps 2019, entre l’ampleur des changements urbanistiques en cours et le faible nombre d’habitant·e·s déterminé·e·s à faire entendre leur voix. Les processus de décision sont complexes à analyser, les acteurs multiples, les sites géographiquement éclatés et la popularité des Jeux, sans doute l’événement le plus médiatisé au monde, intouchable. À l’image du comité de Vigilance JO 2024, quelques rares collectifs conduisent un travail de critique et de contre-propositions.

Face au rouleau compresseur olympique, les exigences de justice sociale et environnementale sont particulièrement difficiles à faire entendre.

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Cet article a été modifié le 23 avril vers midi pour corriger une erreur dans une citation de Nicolas Ferrand: « la ville européenne du XXIe siècle » et non du XIXe. Merci au lecteur attentif qui a signalé cette coquille.

Cet article entame une série d’enquêtes, interviews et reportages que Mediapart va consacrer à l’enjeu de l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 sur le territoire francilien, et notamment en Seine-Saint-Denis. Toutes les personnes sollicitées ont répondu à mes appels, à l'exception de la mairie de Saint-Ouen et de l’association Adef.