Etudiante, Nathalie Loiseau a figuré sur une liste d’extrême droite

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Tête de liste LREM aux européennes, Nathalie Loiseau se présente comme le principal barrage à l’extrême droite. Dans sa jeunesse pourtant, elle fut candidate aux élections étudiantes de Sciences-Po Paris, sous l’étiquette de l’UED, un syndicat né sur les cendres du GUD et prônant l’union des droites. Elle assure n’avoir à l’époque « pas perçu » la couleur politique de ce syndicat.

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Elle a fait de la lutte contre les « nationalistes » en général, et contre l’extrême droite française en particulier, son cheval de bataille pour les élections européennes. Depuis son passage au Quai d’Orsay, et plus encore aujourd’hui qu’elle conduit la liste La République en marche (LREM) pour le scrutin du 26 mai, Nathalie Loiseau ne rate jamais une occasion de se présenter comme le principal rempart au parti de Marine Le Pen (voir ici, ou encore ). Dans sa jeunesse pourtant, l’ancienne ministre s’est engagée, le temps d’une élection, aux côtés de militants d’extrême droite, pour certains issus des rangs du Groupe union défense (GUD).

C’était en 1984, à Sciences-Po Paris. À l’époque, Nathalie Loiseau s’appelle encore Nathalie Ducoulombier. Entrée rue Saint-Guillaume en 1980, diplômée trois ans plus tard, la jeune femme de vingt ans enchaîne alors sur une quatrième année dans la filière dite « Prép. ENA » (École nationale d’administration) de Sciences-Po, tout en passant une grande partie de son temps à étudier le chinois à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), afin de préparer le concours du Quai d’Orsay.

Nathalie Loiseau lors du débat des candidats aux européennes, sur France Télévisions, le 4 avril 2019. © Reuters Nathalie Loiseau lors du débat des candidats aux européennes, sur France Télévisions, le 4 avril 2019. © Reuters

Les 25 et 26 janvier 1984, se tiennent, rue Saint-Guillaume, les élections des délégués étudiants au conseil de direction et à la commission paritaire de l’établissement. Selon un document déjà cité par Mediapart en janvier 2018, Nathalie Ducoulombier apparaît cette année-là en sixième position sur la liste « commission paritaire » de l’Union des étudiants de droite (UED), un syndicat étudiant né sur les cendres du GUD à Sciences-Po, prônant l’union des droites et de tous ses courants de pensée, « maurrassiens, indépendants, gaullistes… ».

Son nom figure parmi ceux de sept autres candidats, dont Christophe Bay, un haut fonctionnaire ayant contribué officieusement au programme de la candidate du Rassemblement national (RN) en 2017.

La première fois que Mediapart a interrogé ses équipes au sujet de ce document, fin mars, leur réponse fut catégorique : « C’est un faux. » « Elle n’a jamais été sur cette liste, elle n’a jamais été engagée à l’UED. Elle était membre des États généraux des étudiants d’Europe [une association qui ne sera formellement créée qu’en 1985, soit un an plus tard – ndlr] », avait immédiatement démenti son entourage, nous invitant à « bien vérifier » notre information.

 © Document Mediapart © Document Mediapart

Mediapart a pourtant pu authentifier le document en question, conservé dans les archives officielles de Sciences-Po Paris. Et a pu également vérifier qu’il s’agissait bien de l’ancienne ministre : en 1984, une seule étudiante portant le nom de Nathalie, Lydie, Ducoulombier, née en juin 1964, est inscrite dans la filière dite « Prép. ENA ». Ce sont bien les noms et date de naissance – publics – de Nathalie Loiseau. De nouveau questionnée au mois d’avril, la candidate LREM a d’abord répondu n’« avoir aucun souvenir » de sa présence sur une liste de l’UED. Puis, confrontée au document, elle a fini par reconnaître une « erreur ».

Dans un entretien accordé à Mediapart le 22 avril, elle explique : « À ce moment-là, j’ai été, d’après mes recoupements – parce que pour être tout à fait honnête j’avais complètement oublié cet épisode –, approchée pour participer à une liste qui voulait accentuer le pluralisme à Sciences-Po, alors quasi inexistant, et qui cherchait des femmes. J’ai dit oui. »

L’ancienne ministre assure ne pas s’être « plus que cela intéressée à cette liste » et affirme qu’elle ne connaissait qu’un de ses colistiers, inscrit comme elle en « Prép. ENA », et qui « n’était pas d’extrême droite ». « J’aurais sans doute dû regarder de plus près de quoi il s’agissait », admet-elle, précisant que si elle avait « milité, tracté, fait campagne », elle « [s’]en souviendrai[t], et ce n’est pas le cas ».

« Si ceux qui étaient sur la liste avaient un agenda extrémiste, je ne les ai pas fréquentés, je ne l’ai pas perçu, et si c’est le cas c’est une erreur. Si j’avais identifié des membres du GUD sur cette liste, évidemment que je n’aurais pas accepté d’y figurer. Je regrette d’avoir été associée à ces gens-là », poursuit-elle. Elle explique aussi avoir été, après son baccalauréat, inscrite en droit à l’université de Paris-II-Assas et en être partie « au bout de deux semaines, parce que c’était irrespirable » : « La fachosphère y était visible, assumée dans ces années-là, pas à Sciences-Po. »

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C’est en enquêtant sur les conseillers secrets de Marine Le Pen, en janvier 2018, que Mediapart a découvert la présence de Nathalie Loiseau sur un document (déjà évoqué dans nos colonnes) où figure la liste « commission paritaire » de l’UED pour les élections étudiantes de Sciences-Po Paris de 1984. 

Nathalie Loiseau a été sollicitée à plusieurs reprises, d’abord fin mars, puis de nouveau au mois d’avril. Elle a finalement accepté de nous accorder un entretien téléphonique le 22 avril, en demandant à relire ses citations.

Interviewé en 2015 dans le cadre d’un article consacré à l’ancien trésorier de Marine Le Pen, Frédéric Sauvegrain nous avait expliqué avoir milité au sein de l’UED et avoir côtoyé des membres du GUD, sans y appartenir lui-même : « Je ne porte pas de jugement de valeur sur ces gens qui ont été au GUDJ’en ai connu, j’avais 20 ans, ils étaient plutôt rigolos, c’était des gros buveurs, et cogneurs, ça c’est clair, toujours un contre dix à la fac, après, moi je n’en ai jamais fait partie. » Il figure aujourd’hui parmi les amis Facebook de Frédéric Chatillon, l’un des anciens leaders de l’organisation.