Sabotages à la SNCF: ce que révèle l'enquête

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DOCUMENT. Mediapart révèle le contenu du dossier judiciaire de l'affaire des sabotages visant la SNCF. Le rapport de synthèse de la sous-direction antiterroriste – dont Mediapart publie le contenu en intégralité – évoque le démantèlement d'«une structure clandestine anarcho-autonome se livrant à des opérations de déstabilisation de l'Etat». Au cours de leur garde à vue, les neuf personnes mises en examen se sont expliquées sur leur engagement politique, tout en contestant être responsables des dégradations visant notamment les TGV.

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Un large faisceau de présomptions, mais pas de preuves matérielles. Voilà sommairement résumé ce qu'il faut retenir de l'enquête sur l'équipe soupçonnée d'être à l'origine d'actes de sabotage ayant visé ces dernières semaines la SNCF. Présentés comme de dangereux terroristes par le ministère de l'intérieur, simples étudiants situés dans la mouvance des autonomes selon leurs avocats, qui sont exactement les neuf personnes mises en examen par le juge antiterroriste Thierry Fragnoli ? Pour tenter de comprendre à la fois le parcours de ces jeunes, mais aussi la logique des policiers de la sous-direction antiterroriste (SDAT), Mediapart a pris connaissance en exclusivité du dossier judiciaire.

 

A sa lecture, il apparaît que les policiers ont démantelé une structure informelle composée de jeunes gens aux idées radicales susceptibles de s'en prendre, sous une forme ou sous une autre, à tout ce qui peut représenter l'Etat. Visiblement, les enquêteurs ont préféré agir avant qu'ils ne passent à des actes plus graves que les dégradations commises contre des voies de chemins de fer – que les suspects contestent par ailleurs. Ils estiment en quelque sorte avoir démantelé une organisation «pré-terroriste», provoquant de ce fait l'indignation des avocats des mis en examen, qui y voient un détournement de procédure.

 

Nous publions en intégralité, ici (et sous l'onglet Prolonger), le contenu du rapport de synthèse de la SDAT du 15 novembre. Ce document, réalisé au terme des gardes à vue des neuf suspects (âgés de 22 à 34 ans) interpellés quatre jours auparavant, est la base sur laquelle le parquet de Paris s'est fondé pour ouvrir une information judiciaire pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste». Cinq d'entre eux, ceux soupçonnés d'avoir participé directement à des dégradations visant le réseau SNCF, ont été placés en détention provisoire.

 

Le rapport de la police judiciaire souligne à la fois les certitudes de l'enquête, tant les «indices graves et concordants» se sont accumulés contre les suspects (repérés à plusieurs reprises à proximité des lieux où ont été commises les dégradations), mais aussi sa fragilité. En effet, concernant les faits eux-mêmes, les policiers ne disposent d'aucun témoin direct, ni d'indices matériels : pas d'empreinte, ni aucune trace ADN. Seule une fibre a été retrouvée en Seine-et-Marne, là où, dans la nuit du 7 au 8 novembre, un TGV a été la cible d'une«attaque» (un fer à béton arrimé au câble d'une caténaire). Las, selon une source judiciaire, la fibre en question se révèle inexploitable par les spécialistes de la police technique et scientifique.

 

Cette absence totale d'empreintes, si elle ne peut évidemment constituer une preuve, est considérée a contrario par les enquêteurs comme un indice supplémentaire contre le groupe qu'ils situent dans «la mouvance anarcho-autonome». Ils la mettent en rapport avec les incroyables précautions prises par celui qui apparaît comme le leader de la bande, Julien Coupat. Ainsi, à propos de la fameuse nuit du 7 au 8 novembre, ils notent dans leur rapport :

«Dès le début de la surveillance, Julien Coupat, au volant du véhicule, se montrait très méfiant, encore plus qu'à son habitude, faisant de nombreux demi-tours, se stationnant aux abords de la sortie de l'autoroute, observant attentivement tous les véhicules passant devant lui, s'arrêtant en pleine voie afin de se laisser doubler par les véhicules le suivant.»

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Mediapart a hésité à publier l'intégralité du rapport de synthèse de la sous-direction antiterroriste, que Fabrice Lhomme a pu consulter. Mais l'intérêt du document qui détaille l'enquête de police et ses conclusions nous a conduits à le porter intégralement à votre connaissance. Nous avons néanmoins biffé les noms de ceux qui n'ont pas été mis en examen, ainsi que certains éléments (numéros d'immatriculation, etc.) qui permettaient d'identifier les personnes.