Non-cumul des mandats dans le temps: l’enjeu oublié de la loi

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« Trois ou quatre mandats, c’est le minimum »

À Paris, où les socialistes ont conquis la mairie depuis 2001 après un siècle de domination ininterrompue de la droite, la question ne se pose pas. Si elle est élue, la socialiste Anne Hidalgo entend suivre l’exemple de son prédécesseur Bertrand Delanoë, qui avait annoncé, bien avant sa réélection en 2008, que son deuxième mandat serait le dernier. « La pratique que s’est appliquée Bertrand Delanoë est la bonne : pas plus de deux mandats successifs », a déclaré la candidate PS au Parisien, début décembre.

Bertrand Delanoë, maire de Paris, passe la main après deux mandats. © Reuters Bertrand Delanoë, maire de Paris, passe la main après deux mandats. © Reuters

Se présenter à une énième élection après plusieurs années passées à la tête d’une commune ? La question s’est posée pour bon nombre de maires sortants. Certains, comme Serge Lepeltier (UMP) à Bourges, Jean Grenet (UDF) à Bayonne ou encore Daniel Davisse (PCF) à Choisy-le-Roi, se sont finalement décidés à quitter le fauteuil sur lequel ils étaient assis depuis plus de 15 ans. D’autres l’ont promis : l’échéance de mars 2014 sera la dernière. « Oui, ce sera mon dernier mandat, si les électeurs le veulent bien, naturellement », a ainsi assuré à La Voix du Nord la socialiste Martine Aubry, maire de Lille depuis 2001 et candidate à un troisième mandat.

À Besançon, l’élu PS Jean-Louis Fousseret a lui aussi indiqué briguer un troisième et dernier mandat parce qu’il a « la forme et l’envie ». À 67 ans, il souhaite en effet « terminer le travail entamé ». Même discours du côté d’Orléans, où le député et maire UMP Serge Grouard (55 ans) se présente pour « un nouveau et dernier mandat » afin de « préparer la suite » : « Il faut du sang neuf et il y aura le temps de la transition et de la relève », écrit-il dans un courrier adressé à ses administrés. À la tête du Chesnay depuis 1989, Philippe Brillault (UMP) se lance également dans une ultime campagne. « Ce sera mon dernier mandat de maire, affirme-t-il. Je le répète à chaque élection pour exciter l’opposition, mais cette fois-ci, c’est vrai. Quand j’aurai terminé ce nouveau mandat, j’aurai 68 ans, et je pense qu’à titre personnel, j’aurai fait le tour. »

Lorsqu’on les interroge sur les raisons qui les poussent à se représenter trois, quatre ou cinq fois aux municipales, la majorité des maires arguent que leur fonction nécessite une forme de continuité. « Il n’y a pas d’action efficace en dessous de 15 ans, estime le député et maire Nicolas Dupont-Aignan, qui brigue cette année un quatrième mandat à Yerres sous l’étiquette de son parti Debout la République. J’ai repris en 1995 une ville de banlieue surendettée et meurtrie par l’instabilité politique de gens malhonnêtes. Dans une ère de zapping politique, les intérêts font croire aux gens qu’il ne faut pas de stabilité, mais c’est faux. Il faut du temps pour agir : les grands présidents sont ceux qui ont eu du temps. L’alternance trop rapide n’est pas très saine. »

« Comme nous sommes en France, les grosses opérations prennent au minimum dix à douze ans, regrette le MoDem Alain Cazabonne, maire de Talence depuis 1994 et de nouveau candidat cette année. Quand je me suis présenté la première fois, j’ai proposé trois grands types d’aménagement aux Talençais. Je dois désormais les terminer, mais j’ai d’ores et déjà annoncé que ce serait mon dernier mandat. » Pour le député et maire socialiste, François Pupponi, à la tête de Sarcelles depuis 1997 (il avait succédé à Dominique Strauss-Kahn – alors nommé ministre de l’économie – en cours de mandat), « trois ou quatre mandats, c’est le minimum ».

À Sarcelles, François Pupponi a succédé à Dominique Strauss-Kahn en 1997. © Reuters À Sarcelles, François Pupponi a succédé à Dominique Strauss-Kahn en 1997. © Reuters

« Dans une ville comme Sarcelles, 20 ans, c’est malheureusement le temps qu’il faut pour mettre en œuvre un projet politique, indique-t-il. Je me présente de nouveau parce que le travail commencé n’est pas terminé, mais j’aborde ce mandat en considérant que c’est le dernier. Ça fera 20 ans en 2019, le temps passe. » D’autant que l’édile de Sarcelles devra bientôt choisir entre l’Assemblée nationale et la mairie : « Je verrai en 2017 si je me présente ou non aux législatives. Je prendrai ma décision à ce moment-là. »

« Trois mandats me semblent le temps idéal, estime de son côté Michel Destot à Grenoble, car il faut roder les équipes, mettre en place des projets et les voir s’appliquer sur le terrain, puis les corriger, et aussi préparer le renouvellement de l’équipe municipale. En ce qui me concerne, je ne me voyais plus continuer, alors même que la métropolisation qui s’engage un peu partout en France va nécessiter au moins deux mandats pour être effective. »

Difficile d’aborder la question du « mandat de trop » face à des élus comme le député et maire UMP François Baroin qui, à 48 ans, a pourtant déjà passé 19 ans à la tête de la ville de Troyes et se présente cette année pour son quatrième exercice. Mais passé l’âge de la retraite, le sujet vient forcément sur la table. « J’ai 63 ans, et je suis devenu maire à 38 ans, affirme le maire PS de Frontignan, Pierre Bouldoire, lui aussi candidat à un quatrième mandat. Et même si quand on est maire on juge toujours que le travail ne sera jamais terminé, je me suis fixé d’arrêter à peu près au même moment qu’à l’âge de la retraite. J’ai beaucoup trop vu des maires s’accrocher coûte que coûte, n’ayant que ça dans leur vie, pour être sûr de ne pas vouloir en arriver là. »

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Sauf mention contraire, toutes les personnes citées dans cet article ont été jointes par téléphone entre le 20 et le 22 janvier.