Comment Nicolas Sarkozy a rendu possible la dérive raciste à droite

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«Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière»

La stigmatisation de telle ou telle catégorie de Français, considérée le plus souvent avec mépris ou méfiance, a servi de canevas aux responsables de la majorité incriminés. À propos d'Ali Soumaré, tête de liste PS aux élections régionales dans le Val-d'Oise, le maire UMP de Franconville a déclaré, le 29 janvier: «Au début, j'ai cru que c'était un joueur de l'équipe réserve du PSG. Mais en réalité, il est premier secrétaire de la section de Villiers-le-Bel. Ça change tout!»

Alimentant les stéréotypes, il l'a qualifié, moins d'un mois plus tard, de «délinquant multirécidiviste chevronné». Les Noirs, mais aussi les musulmans, et parfois les étrangers en général, sont dans le collimateur: le 22 janvier, l'ancien garde des Sceaux Pascal Clément affirme, selon des propos rapportés par la secrétaire d'État aux aînés, Nora Berra, que «le jour où il y aura autant de minarets que de cathédrales en France, ce ne sera plus la France», tandis que, le 15 janvier, Jean-Claude Gaudin, le maire UMP de Marseille, dénonce le «déferlement des musulmans» sur la Canebière et que, le 1er décembre, André Valentin, le maire UMP de Gussainville (Meuse), invité par le préfet au débat local sur l'identité nationale, déclare qu'«il est temps qu'on réagisse, parce qu'on va se faire bouffer».

«À ces propos qui pointent du doigt une partie de la société, il faut ajouter ceux qui portent en eux l'exigence d'une sur-conformité, comme pour compenser un handicap», indique Pap Ndiaye. Nadine Morano, secrétaire d'État chargée de la famille et de la solidarité, ne fait pas autre chose quand, le 14 décembre, elle dit attendre du «jeune musulman (...) qu'il ne parle pas le verlan et qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers».

Aux côtés de Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, qui déclare à Seignosse (Landes), le 5 septembre, que «quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes», une responsable locale de l'UMP délivre un certificat d'intégration à Amine Benalia-Brouch, «notre petit Arabe», en déclarant qu'«il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière».

Inédite dans l'histoire de France récente, cette salve de déclarations aux formes multiples coïncide avec le «débat» étatique lancé par Éric Besson sur une hypothétique «identité nationale». Sous le feu des critiques, le ministre se targue de ne jamais avoir «dérapé». «Je défie qui que ce soit de trouver un écrit de ce que j'ai pu dire depuis deux mois qui vise à stigmatiser l'étranger ou à stigmatiser une religion», a-t-il lancé à plusieurs reprises ces dernières semaines.

Interrogé le 22 mars sur France Inter, il a fini par admettre qu'il aurait «aimé que (les débats) se passent autrement», tout en renversant l'accusation de racisme en l'adressant à l'humoriste Stéphane Guillon.

À ses détracteurs lui reprochant de dresser les uns contre les autres, il ne cesse d'opposer les valeurs démocratiques comme caution de son initiative. Adressée aux préfets, la circulaire du 2 novembre 2009 est censée témoigner de cet attachement. Parmi les «valeurs de l'identité nationale», sont listés, au choix, les droits de l'homme, la laïcité ou encore l'égalité homme-femme – le débat ayant été conçu comme une réponse à «l'affaire de la burqa», selon le ministre. Mais, citant, entre autres, «notre vin», «notre art de vivre», «nos paysages», «nos églises et nos cathédrales» comme éléments supposés symboliser l'identité nationale, il n'évoque ni «nos synagogues» ni «nos mosquées».

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