Le Front national, et notamment les gens qui le rejoignent depuis quelques années – comme Florian Philippot – réfutent le qualificatif d’extrême droite, qui correspond selon eux à un stigma social. Ils lui préfèrent le terme de « patriotes » et refusent de se placer sur un axe gauche/droite. Il s’agit pourtant d’un terme neutre « qui correspond à une réalité structurelle et historique de la vie politique française depuis les années 1880 », comme l’a rappelé sur Mediapart l’historien Nicolas Lebourg.

Marine Le Pen ne tient pas, publiquement en tout cas, de propos ouvertement antisémites, négationnistes, racistes, ou prônant l’inégalité des races. Mais elle n’est pas non plus gaulliste comme elle le laisse entendre. C’est une femme d’extrême droite, avec un programme et un discours d’extrême droite. Son discours correspond au national-populisme, courant dominant de l’extrême droite française depuis les années 1880, mâtiné de néopopulisme, qui est la mutation des extrêmes droites depuis le début des années 2000 en Europe. Démonstration.

D’abord la présidente du FN n’a pas renié les racines du Front national et son histoire, celles d’un parti créé en 1972 par Jean-Marie Le Pen avec d’anciens collaborationnistes, des néofascistes, des anciens de l’OAS (Organisation armée secrète). Elle n’a jamais fait son « aggiornamento », contrairement au MSI, l’extrême droite italienne de Gianfranco Fini, qui a, lui, pris ses distances avec son passé fasciste. Si Marine Le Pen a écarté son père du parti en 2015, elle conserve encore, dans son premier cercle et au cœur de l’organisation de ses campagnes, un groupe radical d’anciens du Groupe Union Défense (GUD) accusés d’antisémitisme.

Ensuite, malgré des évolutions sémantiques, la tentative de gommer la flamme du parti et le nom de Le Pen dans sa communication, et la mise en avant de thèmes économiques, son programme comme son discours restent d’extrême droite. « Entre le FN mariniste et le FN lepéniste, les continuités l’emportent largement sur les innovations, qu’il s’agisse de l’organisation, du programme, du discours, de la stratégie ou de la sociologie de ses soutiens », souligne d’ailleurs le trio de chercheurs auteur du livre Les Faux-semblants du Front national (Presses de Sciences-Po, 2015).

On le voit d’abord dans les thèmes que la candidate porte, qui ont peu varié depuis sa création : fermeture des frontières, refus de l’immigration et du multiculturalisme, stigmatisation des personnes d’origine étrangère et notamment maghrébine, érigées en boucs émissaires. Tout son programme tourne autour de l’idée que tous les maux de notre société (insécurité physique, économique, transformation des modes de vie) auraient une cause unique : la présence de l’islam. Donc, aux problèmes d’emploi, le FN répond préférence nationale ; aux problèmes de sécurité, il dit « ce sont les arabo-musulmans ». Le Front national possède le seul programme (avec la « préférence nationale », le « protectionnisme intelligent ») qui dit pouvoir résoudre ces trois dimensions par un même élément.

Le Pen au scanner. De 2002 à 2017, un programme toujours d'extrême droite © Mediapart

Marine Le Pen est aussi d’extrême droite dans la façon d’exercer le pouvoir qu’elle prévoit : elle prône un exécutif très fort dans un contact direct avec les peuples, par-delà les corps intermédiaires, en instituant les référendums d’initiative populaire (sur proposition d’au moins 500 000 électeurs) : sur l’appartenance à l’UE, sur la révision de la Constitution. C’est une vraie proposition d’extrême droite, de type césariste.

Même chose dans sa dénonciation des élites et des médias. Si elle défend la liberté de la presse dans ses discours, la présidente du FN interdit pourtant l’accès à ses événements publics à plusieurs médias ou journalistes, dont Mediapart et « Quotidien », l’émission de Yann Barthès sur TMC. Des journalistes sont encore agressés dans des rassemblements frontistes ou en enquêtant sur le parti.

Le FN se nourrit aussi du culte de la personnalité du chef, et est structuré de manière hyper-centralisée et verticale. Une autre des caractéristiques de l’extrême droite.

Marine Le Pen a en revanche fait évoluer le programme ou le discours du parti sur quelques points. Deux exemples :
– Sur la question de l’avortement : la lutte contre le droit à l’avortement a longtemps compté parmi les fondamentaux du FN. En 2002 et 2007, le parti envisageait encore de revenir sur la loi Veil « par voie référendaire ». Pendant la campagne présidentielle de 2012, la présidente du FN avait évoqué « les avortements de confort » et s’était positionnée, dans les médias, pour le « déremboursement de l’IVG de confort » (sauf en cas de viol). Dans cette campagne 2017, elle a expliqué qu’il n’y aurait « aucune modification, ni du périmètre, ni de l’accès, ni du remboursement de l’IVG » lorsque sa nièce, la députée Marion Maréchal-Le Pen, a déclaré qu’en cas de victoire à la présidentielle, « il faudra revenir sur le remboursement intégral et illimité de l’avortement car les femmes sont des êtres responsables qui doivent être traités comme tels ».
– Sur la peine de mort :
En 2012, Marine Le Pen rompt avec un marqueur historique du parti en n’inscrivant plus dans son programme le rétablissement de la « peine de mort » pour « les crimes les plus graves » et « les trafiquants de drogue », mais un référendum proposant de choisir entre « peine de mort » et « perpétuité réelle ». En 2017, la peine de mort a disparu du projet. Dans les médias, Marine Le Pen s’y dit favorable à titre personnel, mais laisse aux Français la possibilité de la rétablir s’ils le souhaitent « via un référendum d’initiative populaire ».

Si Marine Le Pen a déclaré, en septembre, sur TF1, qu’« un islam tel que nous l’avons connu, laïcisé par les Lumières comme les autres religions », était compatible avec la République, cette phrase est loin de faire l’unanimité parmi les cadres et militants du FN. Elle est surtout en désaccord avec le lien régulier qui est effectué au sein du parti entre immigration, « islamisation », délinquance et terrorisme.