Enfermées au Dépôt, avant expulsion

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Plus de 35.000 étrangers ont été enfermés dans des centres de rétention administrative en 2007. Reportage au Dépôt, enclave dans le Palais de Justice de Paris, en plein cœur de la capitale, où sont retenues exclusivement des femmes en instance d'expulsion. Jugée insalubre, la partie réservée aux hommes a été fermée il y a deux ans. Le «quartier des femmes» est resté ouvert, après avoir été rénové. Mais l'impression d'être emprisonné dans un bunker persiste. Seule association présente dans ces centres, la Cimade publie jeudi 24 avril un rapport dénonçant l'émiettement des droits des étrangers.

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On entre au Dépôt, comme dans un lieu chargé d'histoires. Quai de l'horloge sur l'île de la Cité, à Paris. En bord de Seine, la Conciergerie et ses donjons, recouvrant le Palais de Justice, et en son sein un dédale de couloirs aux murs épais, des salles voûtées, des grillages métalliques et de lourdes portes à verrous coulissants. Le Dépôt, sous l'autorité de la préfecture de police de Paris, fait office de centre de rétention administrative (CRA), où sont enfermés les étrangers en instance d'expulsion. En l'occurrence les étrangères puisque le «quartier des hommes» a été fermé en juin 2006 en raison de l'insalubrité des lieux à la suite de la visite du Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme. Le «quartier des femmes» a été repeint. Il est resté ouvert, ainsi qu'à ses côtés le dépôt judiciaire, où sont emprisonnés les détenus de droit commun.

© Nicolas-François Mison

 

Mme Wu a été conduite au Dépôt lundi 21 avril en début d'après-midi, après avoir été interpellée le matin même aux guichets de la préfecture de police, à quelques mètres de là. En arrivant, elle est informée de ses droits, plus ou moins sommairement. Elle rejoint ses co-retenues, beaucoup de Chinoises comme elle ce jour-là. Elle a juste le temps de comprendre ce qui lui arrive, elle essaie de prévenir son mari au téléphone. En fin d'après-midi, on l'appelle au micro, le mode de communication officiel dans le centre. Une escorte de policiers l'attend pour l'emmener à l'aéroport, un vol est programmé, direction : Pékin. Elle n'a vu ni famille, ni avocat, ni juge. Au dernier moment, elle décide de déposer une demande d'asile, ce qui la «sauve» de l'expulsion, dans l'immédiat tout du moins.

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Entrer dans un centre de rétention administrative relève du parcours du combattant pour les journalistes. Plusieurs demandes et relances sont nécessaires pour obtenir une autorisation. Encore faut-il préciser l'objet du reportage, lister les personnes à interroger et négocier l'utilisation de matériel de son et d'image. La «visite» est encadrée : trois voire quatre fonctionnaires de police en uniforme présents en permanence, en plus d'un représentant du service communication de la préfecture de police de Paris en costume-cravate. Pas facile, dans ce contexte, de s'entretenir avec des femmes, séparées de leur famille, dont la perspective est d'être reconduites dans leur pays d'origine.