Fin du procès Bygmalion: Sarkozy sera fixé en septembre

Par

Le long procès de l’affaire des comptes de campagne de l'élection présidentielle de 2012 de Nicolas Sarkozy s’est achevé mardi 22 juin. Le jugement a été mis en délibéré au 30 septembre.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

Au terme de cinq semaines et demie d’audiences, le procès marathon de l’affaire des comptes de la campagne 2012 de Nicolas Sarkozy s’est achevé mardi 22 juin au soir, après les dernières plaidoiries de la défense. Chose rare, la présidente de la 11e chambre correctionnelle de Paris, Caroline Viguier, remercie les prévenus et les avocats pour la qualité des débats, après que quelques-uns d’entre eux ont adressé des compliments (peut-être intéressés) au tribunal. Nicolas Sarkozy et Bastien Millot sont absents.

Si les débats ont effectivement été riches et les interrogatoires très précis, ce procès laisse toutefois un léger goût d’inachevé, comme souvent dans les dossiers politico-financiers. De sérieuses zones d’ombre demeurent sur ce qui s’est précisément tramé, ordonné et fait à l’UMP lorsqu’on s’est décidé à frauder, au printemps 2012.

Le meeting du Trocadéro, le 1er mai 2012 © Philippe Wojazer / POOL / AFP Le meeting du Trocadéro, le 1er mai 2012 © Philippe Wojazer / POOL / AFP
Certains prévenus ont reconnu une part de responsabilité dans le système de fausses factures mis en place pour masquer le dépassement considérable du plafond légal des dépenses de campagne. C’est le cas de ceux que l’on peut schématiquement ranger dans le clan Copé/Bygmalion. À savoir Jérôme Lavrilleux, Guy Alvès, Franck Attal et Sébastien Borivent, à l’exception notable de Bastien Millot, qui nie en bloc.

Ceux-là expliquent en substance avoir dû accepter le système des fausses factures pour être payés, et renvoient vers les dirigeants de l’UMP et ceux de l’équipe de campagne pour plus de précisions. Le fait que l’UMP (devenue LR) soit aujourd’hui partie civile et leur réclame quelque 16 millions d’euros de dommages et intérêts ne passe pas. « On leur demande de mettre en place un système de fausses factures, et les demandeurs se transforment en accusateurs ! » tonne Patrick Maisonneuve, l’un des avocat de Guy Alvès, dans sa plaidoirie, vendredi 18 juin.

Les sous-entendus fielleux de Nicolas Sarkozy sur ceux, chez Bygmalion, qui se seraient « gavés », inspirent encore cette tirade à Patrick Maisonneuve : « J’ai été choqué par cette posture de Nicolas Sarkozy, d’accuser ceux qui subissent toutes les conséquences de cette affaire depuis des années. »

L’ancien président-candidat veut en effet se croire entièrement étranger aux dessous de sa campagne. Sur le plan pénal, rien ne peut lui être reproché, plaide son avocate ce mardi. « Il n’est pas au courant des fraudes, les ignore complètement. Comment peut-on s’imaginer qu’il a pu être d’accord ? », demande Gesche Le Fur (elle supplée son confrère Thierry Herzog, qui a dû quitter le procès le 15 juin pour raisons de santé). La défenseuse de Nicolas Sarkozy déplore les termes « blessants » et « injustes » du parquet à l’endroit de son client, qui n’aurait commis aucun délit. L’affaire a déjà été tranchée par le Conseil constitutionnel et la Commission de contrôle des comptes de campagne, assure Me Le Fur.

Chez ces gens-là, on ne parle pas !

Côté UMP, les anciens cadres dirigeants comme Fabienne Liadzé et Pierre Chassat reconnaissent du bout des lèvres avoir signé des engagements de dépenses litigieux, pour des montants certes considérables, mais sans être décisionnaires, insistent-ils. « Fabienne Liadzé, c’est la souris dans la cage aux fauves », plaide son avocate, Solange Doumic. Quant à Éric Cesari, alors directeur général de l’UMP et proche de Sarkozy, l’absurdité de ses dénégations n’a pas permis d’approcher la vérité sur ce qui s’est ourdi dans le parti.

« Chez ces gens-là, on ne parle pas ! », ironise Christian Saint-Palais, l’avocat de Jérôme Lavrilleux. Il note que tous les trois « se sont tenus », et ont encore « des liens avec l’UMP » : ils sont élus dans des communes des Hauts-de-Seine. Une « entente cordiale » s’est faite pour « charger Lavrilleux », plaide son avocat.

Les anciens de l’équipe de campagne Sarkozy 2012 font partie de cette « entente ». Comme les anciens dirigeants de l’UMP, ils assurent n’avoir rien vu ni rien su des fraudes massives, et incriminent en chœur le clan Copé/Bygmalion.

Le préfet Lambert, alors directeur de campagne, se décrit ainsi comme une sorte d’organisateur sans réel pouvoir, et assure avoir été trahi. « Guillaume Lambert est innocent, son rôle de planificateur ne permet de le rattacher à aucune infraction », plaide Rémi Lorrain, qui le défend avec Christophe Ingrain (ancien conseiller technique justice de Nicolas Sarkozy à l’Élysée).

Philippe Briand, alors mandataire financier de la campagne, n’a rien vu non plus, et assure lui aussi qu’on a abusé de sa bonne foi, en lui faisant jouer le rôle de l’idiot utile. « On ne peut pas être condamné pour ce que l’on n’a pas fait », plaide Éric Morain, l’un de ses trois avocats, vendredi 18 juin. Quant à Philippe Blanchetier, avocat et ancien trésorier de l’association de financement de la campagne du candidat Sarkozy, lui aussi aurait été berné. Comme les experts-comptables Pierre Godet et Marc Leblanc.

Il va maintenant falloir au tribunal déterminer les responsabilités des uns et des autres parmi les quatorze prévenus, dont seuls quelques-uns reconnaissent en partie leur culpabilité. Jeudi 17 juin, le parquet a requis la condamnation de tous les prévenus. Le jugement a été mis en délibéré au 30 septembre.

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous