Europe Analyse

La gauche alternative au défi du «diktat» européen

L’accord européen du 13 juillet a montré que la zone euro avait les moyens d'exercer une pression absolue sur ses membres récalcitrants. Pour la gauche radicale, l’appartenance ou non à l’Union économique et monétaire va probablement s’imposer comme la nouvelle question stratégique centrale.

Fabien Escalona

23 juillet 2015 à 08h31

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Avant l’accord trouvé le 13 juillet entre la Grèce et l’Eurogroupe, les analyses s’inquiétant de la domination allemande ou de l’autoritarisme à l’œuvre dans l’Union européenne (UE) peinaient à sortir des marges du débat public. Désormais, depuis les rangs de la gauche radicale jusqu’à la presse financière internationale, elles sont presque devenues banales.

Les partisans les plus farouches de l’intégration européenne vivent ce que l’on pourrait appeler un « moment Dorian Gray », en découvrant avec effroi (quoique tardivement) le véritable visage de leur idéal. En revanche, ceux qui annonçaient depuis l’arrivée de Syriza au pouvoir qu’il n’y aurait pas de moyen terme entre sa soumission ou sa rupture avec l’ordre européen, peuvent triompher : au-delà de l’absurdité économique du plan, reconnue par quasiment tous les observateurs (jusqu'à l'ancien président du FMI Dominique Strauss-Kahn, qui a parlé de « diktat »), c’est la fiction d’une union toujours plus étroite entre les peuples qui a volé en éclats avec l’humiliation politique infligée à Tsipras et le caractère vexatoire, voire néocolonial, des exigences de ses créanciers.

Pour autant, l’issue du 13 juillet était-elle écrite d’avance ? Constitue-t-elle la preuve que la stratégie d’un autre euro est vouée à l’échec et qu’il faut soit assumer les coûts d’une sortie, soit se résoudre à la version européenne du TINA (“There Is No Alternative”) ? Pour mieux cerner les défis posés aux gauches alter-européennes, il faut décrire comment toutes les pièces du puzzle européen (institutions, stratégies d’acteurs) se sont emboîtées pour produire le résultat final.

Lors du premier accord noué en février entre le nouveau gouvernement grec et ses créanciers, les protagonistes s’étaient ménagé du temps pour mieux repousser l’affrontement de deux logiques antagonistes. D’un côté, celle de Syriza reposait sur un mandat populaire pour en finir avec l’austérité, la déréglementation sociale et la braderie des actifs publics. D’un autre côté, celle des créanciers reposait sur des institutions échappant partiellement à la légitimité électorale, et sur des règles dont la sédimentation a forgé un régime monétaire organisant le primat irréversible de la concurrence et de la stabilité financière sur la solidarité et la satisfaction des besoins sociaux.

26 juin 2015, Hollande, Tsipras et Merkel réunis à Bruxelles. Le lendemain, Tsipras annoncera le référendum. © Chancellerie allemande

L’aspect disciplinaire de l’euro est repérable dès ses origines. La monnaie unique fut conçue sur une double rigidité, dans la mesure où des règles budgétaires et une politique monétaire identiques se voyaient appliquées à 19 économies nationales hétérogènes, sans mécanismes de transfert à la hauteur. Il était par ailleurs clair que cette monnaie serait un instrument au service des acteurs économiques privés et non pas une institution unifiant un corps social souverain et contrôlée par lui. Son gouvernement politique est ainsi resté fragmenté entre les États membres, la Commission et le Conseil européen. À l’inverse, son gouvernement monétaire a été confié à un acteur unique, la Banque centrale européenne (BCE), disposant d’une indépendance inédite par rapport au pouvoir politique.

Comme le résume l’économiste Bruno Théret, « l’euro [est une] monnaie d’origine privée administrée au niveau européen par un pouvoir technocratique concentré et supérieur aux gouvernements représentatifs des populations rassemblées dans l’Union ». On ajoutera que l’un d’entre eux – l’Allemagne – n’a accepté de participer à cette construction qu’en imposant ses propres principes aux autres participants. Peu importe que ces derniers aient perçu ces principes comme une potion qui ne serait amère que pour un temps, ou qu’ils y aient adhéré pour mieux convertir leur propre nation à un modèle plus compétitif. Le fait est qu’un premier « effet de verrouillage » se produisit dès le traité de Maastricht.

Ce régime monétaire fut durci après la transmission de la crise des subprimes au continent européen, qui résulta en une crise des dettes souveraines dans plusieurs pays du Sud et en Irlande. L’asymétrie de ce choc vérifiait que la convergence économique, par la seule grâce du marché ou du respect de quelques chiffres fétiches (les fameux 3 % de déficit public), était une illusion. Cette fiction a pourtant été maintenue dans les conditionnalités drastiques à la solidarité intra-européenne non prévue dans les textes, et par l’ajout de règles supplémentaires pour tous (« Six Pack », « Two Pack », « pacte budgétaire »…). Un second « effet de verrouillage » a ainsi été produit.

Au bout du compte, l’euro peut être lu comme un cas d’école de la façon dont un ordre économique est « construit, naturalisé et maintenu », à sa naissance et à travers ses crises. Pour reprendre les termes des chercheurs Vincent Gayon et Benjamin Lemoine dans la revue Politix, en 2014, la monnaie unique illustre en même temps comment un tel ordre « balise des zones d’accès » et surtout, dans le cas présent, « de non-droit à la discussion publique et politique »

L'euro, nouvel étalon-or

Dans cet environnement institutionnel pour le moins hostile, les dirigeants grecs ont-ils jamais eu une seule chance ? Pouvait-on imaginer, comme le secrétaire national du PCF Pierre Laurent, que l’Europe serait pour eux « un atout et non un obstacle » ? Il est vrai que les négociations impliquaient une pluralité d’acteurs dotés de différents intérêts, ressources et croyances. S’il faut constater qu’ils se sont alignés pour s’assurer de la défaite grecque, on peut aussi remarquer que cette dernière a été facilitée par la stratégie de Tsipras lui-même, qui aurait pu davantage tordre le rapport de force en sa faveur.

Pour ce faire, la seule arme dont il disposait était celle du chantage à la sortie de l’euro. Il s’agit en effet d’un des rares enjeux susceptibles de diviser dans le camp des créanciers, dont seule une minorité est prête au démembrement de l’Union économique et monétaire (UEM). C’est d’ailleurs ce plan alternatif que l’aile gauche de Syriza n’a cessé de promouvoir auprès de la coalition dominante du parti. Une fois établi que les Grecs n’y auraient pas recours, leurs interlocuteurs purent libérer toute leur puissance, tirée des institutions de l’euro et de leur position de créancier.

Comment expliquer la retenue grecque sur la sortie de l’euro ? Début juillet, l’exécution de cette menace aurait certes été réalisée dans les pires conditions, dans la mesure où le système bancaire était asphyxié et l’économie paralysée. Cela dit, un tel « plan B » n’a visiblement jamais été préparé sérieusement par l’exécutif grec, ce qui aurait par exemple nécessité un contrôle des capitaux bien plus précoce. Si l’on en croit l’ancien ministre des finances Varoufakis, son parti pris tardif pour la mise en circulation d’une monnaie parallèle l’aurait d’ailleurs contraint à la démission. Il faut alors conjecturer sur les convictions et croyances profondes de Tsipras et ses proches – ou leurs “matrices cognitives et normatives”, pour employer un langage plus politiste.

D’une part, Tsipras considérait probablement qu’à côté d’un mal connu (l’austérité permanente exigée par l’Eurogroupe), il eût été plus hasardeux encore de se lancer dans un « Grexit », avec un appareil productif délabré et des masses de capitaux déjà enfuies. Le Premier ministre grec souhaite non seulement prouver la capacité de sa famille politique à gouverner sur la durée, mais être toujours là au cas où des alliés anti-austérité parviendraient au pouvoir ailleurs en Europe. D’autre part, il partage une culture politique dominante dans la gauche radicale européenne, qui craint que toute déconstruction d’un cadre international ne finisse par profiter à la droite radicale xénophobe. L’idéal européen est finalement confondu avec sa traduction institutionnelle existante, alors même que l’écart entre les deux est régulièrement dénoncé.

L'ancien ministre de l'économie grec, Yannis Varoufakis, le 5 juillet, jour de sa démission © Reuters

En face, les autres protagonistes ont profité de la faiblesse originelle de la position grecque, quand elles ne l’ont pas aiguisée comme l’a sciemment fait la BCE. Cette institution, qui tient son existence de l’euro lui-même, est sans doute celle pour qui le démembrement de l’UEM aurait été le plus dommageable. En jouant avec le feu et les limites de son mandat, la BCE a d’emblée fait dépendre les banques grecques de son programme de liquidités d’urgence, qu’elle leur a accordées avec des conditions de plus en plus strictes. Si Tsipras a signé l’accord du 13 juillet « le pistolet sur la tempe », c’est la BCE qui en tenait la crosse, comme lorsqu’elle avait contraint le Parlement chypriote à voter une taxe sur les dépôts bancaires en 2013.

La BCE a donc été un allié objectif de l’Allemagne, l’autre artisan central de la défaite de Tsipras. Intérêts et croyances se mêlent de façon étroite dans sa défense d’une union bâtie selon ses propres conceptions économiques et monétaires. Les partis de la grande coalition CDU-SPD, mais aussi leurs électeurs, font partie intégrante d’une « culture de la stabilité » : de portée véritablement nationale, celle-ci transgresse les frontières partisanes dans l’opinion, depuis les rivages libéraux et conservateurs jusqu’à ceux de la gauche radicale. En cédant à Athènes, les dirigeants allemands seraient par ailleurs obligés de se déjuger devant leur opinion, à qui ils ont inconsidérément promis que l’euro serait sauvé sans en perdre un. Enfin, ils se trouvent d’autant moins incités à des concessions que comme l’a noté Guillaume Duval, la crise de la zone euro a profité aux caisses de l’État allemand, en faisant de ses titres une valeur refuge sur les marchés de capitaux.

Au sein de l’UEM, l’Allemagne bénéficie d’une « emprise hégémonique », qu’elle tient de son poids économique, de ses positions institutionnelles et de sa capacité à se lier aux différentes sensibilités de l’Eurogroupe. Son intransigeance parle aux États de l’Europe nordique ou orientale, qui partagent son modèle économique ou sont intégrés à sa machine exportatrice. Ses positions dures ne sont pas désavouées par les gouvernements ayant appliqué une austérité contestée en interne. Et elles sont accommodées par d’autres pays, dont la France, pour qui la préservation du périmètre européen est un impératif géopolitique autant qu’idéologique. Angela Merkel parlait à ces pays autant qu’à son Bundestag en y déclarant que l’euro « symbolise [la] communauté de destin » de l’UE.

Une telle association entre la monnaie unique et l’idéal européen constitue un ressort normatif puissant des prudences de la gauche radicale, sans parler du « tabou » que l’abandon de l’euro représente pour les sociaux-démocrates. Cette conviction profonde et consensuelle est un motif de plus (avec la pression commune à la dévaluation interne) pour dresser l’analogie entre l’euro d’aujourd’hui et l’étalon-or d’avant la crise des années 30. Dans La Grande Transformation, Karl Polanyi écrit ainsi que « la croyance en l’étalon-or était la foi de l’époque. Credo naïf chez les uns, critique chez les autres, ou encore credo satanique accepté dans la chair et rejeté en esprit. Mais il s’agissait de la même croyance (…) d’où la miraculeuse union des capitalistes et des socialistes ».

« La zone euro, tu l'aimes ou tu la quittes »

Par sa stratégie, l’exécutif grec a donc permis aux acteurs les plus puissants de faire jouer à plein rendement les contraintes de la monnaie unique. Eût-elle été différente que la stratégie de Syriza aurait abouti soit à une simple atténuation des sacrifices d’Athènes dans le cadre de l’euro, soit à l’éclatement de ce cadre, par contagion de ses revendications et/ou « Grexit » final. En effet, les concessions de l’Allemagne et de ses alliés seraient de toute façon nécessairement limitées, et ceci quels que soient la taille et le nombre des pays rebelles. On peut même imaginer que face à une véritable coalition d’acteurs déterminés à changer l’architecture de l’UEM, le chantage à la sortie s’exercerait dans l’autre sens, du côté des pays du Nord.

Si ce cas de figure semble si peu probable, c’est qu’un facteur supplémentaire tend à désamorcer les velléités de changement de la zone euro depuis l’intérieur. Pour l’instant, les gauches anti-austérité exerçant ou susceptibles d’exercer le pouvoir sont confinées dans des États débiteurs ou de taille modeste, qui sont aussi les plus faciles à discipliner. En revanche, dans les pays les plus puissants de la zone, c’est-à-dire ceux qui auraient la capacité de subversion la plus forte, la gauche de transformation sociale reste à des niveaux insuffisants.

Il faut donc s’y résoudre : structurellement – en tant que régime monétaire institutionnalisé – et conjoncturellement – en raison du rapport de force qui s’y déploie –, l’UEM a les moyens de déjouer toute politique alternative. Elle constitue un environnement hostile à un véritable pluralisme politique ou à des compromis de classe plus favorables aux citoyens ordinaires. La zone euro peut ainsi être caractérisée comme une union hiérarchisée d’États membres dotés d’une constitution économique ordo-libérale, elle-même garantie par une banque centrale et des instances de négociation isolées de toute pression populaire, ne rechignant pas à la coercition contre les dirigeants nationaux pas assez fiables.

Le nouveau siège de la Banque centrale européenne, à Francfort (Allemagne) © Reuters

De la périphérie de la zone euro, surgit ainsi le constat dérangeant que la discipline néolibérale peut être mise en œuvre dans les pays riches autrement que par le consentement passif de la population. Désormais, cela peut aussi se faire par la force et sans complexe apparent. Le politiste Christophe Bouillaud a bien remarqué le caractère inédit de la proximité temporelle entre le référendum grec et son ignorance totale par les dirigeants européens. Ceux-ci ont les moyens de signifier à tout membre récalcitrant que la zone euro, « on l’aime comme elle est ou on la quitte ».

Une telle situation impose une réappréciation stratégique de la part des gauches. Du côté social-démocrate, certaines idées ont déjà fait long feu, comme celle d’une mutualisation des dettes souveraines. À l’occasion de la crise grecque, François Hollande a repris l’idée d’un Parlement de la zone euro, censé fournir la légitimité démocratique à une intégration encore plus poussée, initiée par une « avant-garde ». On voit cependant mal comment cela permettrait d’échapper à la loi d’airain des règles ordo-libérales déjà existantes, dont le camp du Nord ne souffrira pas la relativisation.

On ne sait pas non plus si cette construction prévoirait enfin le partage de l’initiative des lois et la possibilité d’options de retrait pour certaines nations (une souplesse sans doute indispensable pour faire cohabiter une vingtaine de corps politiques constitués préalablement à leur association). De façon générale, les propositions issues du centre-gauche européen apparaissent soit irréalistes politiquement, soit impropres à traiter les contradictions profondes de la monnaie unique.

L’euro, nouvelle question stratégique centrale

Du côté de la gauche radicale, les termes du débat sont nettement plus tranchants. Pour les opposants à l’austérité et les partisans d’un modèle de société postcapitaliste, l’appartenance ou non à l’UEM va probablement s’imposer comme la nouvelle question stratégique centrale. Dans la sphère intellectuelle de cette famille politique, certaines analyses autrefois regardées avec suspicion deviennent déjà plus audibles depuis que la stratégie initiale de Syriza a été mise en échec.

Jacques Sapir, notamment, défend depuis longtemps qu’il existe un lien consubstantiel entre l’euro et l’austérité, qui viendrait d’être vérifié de manière éclatante. Frédéric Lordon n’a pas manqué non plus de voir dans la situation présente la confirmation de ses thèses, contre les critiques de gauche qui lui avaient reproché son « essentialisation » de l’Allemagne et « l’irresponsabilité » de son appel à la sortie de l’euro. Cédric Durand, lui aussi partisan de la fin de la monnaie unique, menant avec Razmig Keucheyan une réflexion de long cours sur la nature du proto-État européen (qualifié de « césarisme bureaucratique »), avait régulièrement suscité des craintes quant aux potentielles dérives autarciques et nationalistes de ses positions.

Revoir ici le "MediapartLive" du 3 juillet sur la Grèce et la zone euro avec les économistes Cédric Durand, Michel Husson, Xavier Timbeau et Yannis Eusthapopoulos :

© Mediapart

Sa controverse avec le philosophe Étienne Balibar est intéressante à relire avec le recul, mais surtout ses échanges avec des économistes altermondialistes proches du Front de gauche. Certains d’entre eux défendaient une stratégie de désobéissance et de rupture avec les traités, mais interne à l’Union pour mieux la refonder. En somme, donner corps à une « autre Europe » grâce à la subversion de l’ancienne. Face au choc de l’accord du 13 juillet, ils assument beaucoup plus clairement qu’auparavant (et dans une rhétorique où l’indignation affleure à chaque instant) les conséquences possibles d’une telle désobéissance.

Dans le Club de Mediapart, Pierre Khalfa estime ainsi que si « une sortie de l’euro n’aurait pas été la solution optimale, [elle] aurait été préférable à un accord humiliant qui met la Grèce sous tutelle ». Sur son blog, Jean-Marie Harribey va jusqu’à écrire que « si demain (…) la Grèce était obligée de sortir de l’euro, ce qui dans une telle situation ne pourrait désormais être pire que l’étau actuel, alors nous devrions réfléchir à proposer que la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, au moins, accompagnent la sortie de la Grèce d’une sortie collective ».

À l’intérieur même du Front de gauche, le débat ne va pas manquer d’être relancé. Ces derniers jours, plusieurs voix du pôle Ensemble se sont exprimées, comme le politiste Philippe Marlière selon qui Tsipras doit désormais se préparer au "Grexit", ou la porte-parole du mouvement, Clémentine Autain, qui appelle dans Regards à définir collectivement un « plan B ».

Sans surprise, le PCF reste le plus immobile sur cet enjeu, un de ses économistes faisant mine de croire, dans l’Humanité, que le « déblocage de fonds » pour la Grèce pourrait encore être découplé du « volet austéritaire » de l’accord. A contrario, le Parti de gauche est le premier à avoir affronté directement cette question, en refusant de faire de l’euro un « fétiche » mais en espérant tout de même que le poids de la France suffise à le transformer dans le meilleur des scénarios (voir, par exemple, ces entretiens de Jacques Généreux sur Mediapart ou Rue89).

Il est évident que si la gauche de transformation sociale veut sortir de sa longue défaite à l’intérieur du cadre européen, elle doit fournir la preuve qu’elle saura rompre ou briser les contraintes de ce cadre. L’alter-européisme un peu vague aujourd’hui en vigueur risque de devenir de moins en moins crédible, et ne prépare aucunement à l’exercice du pouvoir. En même temps, un virage stratégique anti-euro n’aurait rien d’une partie de plaisir. Il peut être cohérent avec un parti pris anti-austérité, tout en s’avérant problématique sur les plans programmatique et électoral.

Pour que l’attachement des Grecs à l’euro soit seulement ébranlé (il n’existe pas encore de majorité claire dans la population en faveur d’une sortie), il aura fallu un niveau exceptionnel de destruction économique et sociale. Le risque est réel qu’un tel positionnement, aussi conséquent soit-il par rapport à la situation, marginalise la gauche radicale dans l’espace politique. Pour l’éviter, il faudrait que le projet associé à une sortie soit clair et attractif. Or, une sortie de l’euro impliquerait de passer d’un trop-plein à un vide institutionnel, forcément angoissant. L’accord du 13 juillet n’offre donc que des défis douloureux à la gauche radicale. En même temps, celle-ci pourrait y gagner une bien meilleure lucidité sur son environnement.

Fabien Escalona


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