Benoît Hamon: «Nous avons fait l'erreur de croire que Manuel Valls modifierait le cap»

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En clamant fort son opposition à la loi Macron, l’ancien ministre de l’éducation et député PS des Yvelines Benoît Hamon a été un des éléments déclencheurs du recours à l'article 49-3. Il a accordé un entretien à Mediapart pour expliquer l’échec du compromis sur le travail dominical puis a accepté de répondre à nos questions sur l'avenir d’un parti socialiste divisé. 

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Suite au conflit qui a opposé le député des Yvelines Benoît Hamon au ministre de l'économie Emmanuel Macron concernant le « projet de loi pour la croissance », nous avons souhaité questionner l'ancien ministre de l'éducation nationale sur son positionnement politique.

L'entretien s'est logiquement déroulé en trois parties. La première concerne la loi Macron et l'opposition farouche du député des Yvelines au travail du dimanche ; la deuxième revient sur le contexte politique particulier d'union nationale après les attentats du 7 janvier. Dans la troisième partie, nous abordons les questions concernant les élections départementales et le congrès du PS prévu pour juin 2015. Benoît Hamon revient également sur ses deux ans au gouvernement, son impossibilité de modifier le cap fixé par François Hollande et son erreur d'avoir pensé que le remaniement ministériel permettrait une inflexion de la politique économique.

Mediapart.- Sur la loi Macron, n’y avait-il vraiment pas moyen de trouver un compromis sur le travail du dimanche ? Cette histoire de compensation salariale est-elle une raison valable pour ne pas voter ce texte alors qu’on parle de plus de 3 000 amendements étudiés et de plus de 300 articles ?

Benoît Hamon.- Pour les salariés, c’est important. Ce n’est pas une question de dogme, nous nous sommes posé la question de savoir chapitre par chapitre ce qui nous semblait favorable aux salariés et ce qui constituait une mesure inefficace pour l’emploi et le pouvoir d’achat. 

Je reprends à mon compte l’idée de Martine Aubry : ouvrir de nouveaux temples de la consommation n’est pas une priorité. Il y a déjà la possibilité d’acheter sur internet 7 jours sur 7, 24 h / 24. On s’adresse à nos électeurs comme à des consommateurs et plus assez comme à des bénévoles, des citoyens, des salariés, des syndicalistes, des femmes et des hommes préoccupés de l’intérêt général et pas seulement de leur consommation au jour le jour. Cependant, une fois la décision du gouvernement prise d’étendre le travail le dimanche, il me semblait essentiel de muscler les contreparties salariales pour ceux qui le choisissent ou s’y résolvent par nécessité.

Pour la gauche, l’extension du travail du dimanche est une vraie métamorphose sémantique : c’est considérer aujourd’hui que la liberté individuelle de travailler le dimanche prime sur le droit collectif au repos dominical.

Benoît Hamon: «C'est vrai je pense que je me suis trompé» © Yannick Sanchez Benoît Hamon: «C'est vrai je pense que je me suis trompé» © Yannick Sanchez

Ne proposiez-vous pas à Emmanuel Macron un accord politique plutôt qu’un rejet total des articles concernant le travail du dimanche ?

J’ai été très vite convaincu que le gouvernement voulait passer coûte que coûte sur ce dossier, la position la plus responsable consistait donc à négocier le niveau des compensations salariales. Je leur ai proposé d’instaurer un seuil pour ne pas négocier en deçà de 1,2 fois le salaire. On m’a répondu : « Si vous mettez un seuil à 1,2, tout le monde négociera pour rester à 1,2 ; faisons confiance au dialogue social. » Mais si nous ne mettons pas de seuils, le risque est que les négociations aboutissent au salaire + un euro.

Cette proposition n’est en rien une manière de fausser le dialogue social. En matière d’heures supplémentaires, les partenaires sociaux peuvent négocier le montant de leur majoration dans la limite d’un plancher équivalent à 10 % du salaire. Ma proposition consistait tout simplement à aligner le régime des compensations pour les heures travaillées le dimanche sur celui déjà existant des heures supplémentaires. Cela eût été une protection précieuse dans toute une série de secteurs du commerce où nous savons pertinemment que le rapport de force n’est pas favorable aux salariés.

Si l’accord que vous proposiez avait été obtenu, auriez-vous voté ce texte ?

Comme d’autres, je me serais abstenu et le texte serait peut-être passé. Les sondages d’opinion disent que les Français sont favorables à ce texte. Mais sans faire injure à qui que ce soit, qui sait que dans ce texte un plan social pourra être homologué non plus en tenant compte des moyens du groupe mais seulement en fonction des moyens de l’entreprise ? S’ils pensent en effet que la loi Macron est formidable, alors les Français voteront pour nous aux cantonales.

Intervention de Benoît Hamon en discussion générale sur la réforme du travail dominical © Mediapart

Sur quels autres articles êtes-vous opposé à la loi Macron ?

Les privatisations, la facilité plus grande désormais de mettre en œuvre les plans sociaux, la création d’une niche fiscale en faveur de la distribution d’actions gratuites, la possibilité de légiférer par ordonnance en matière environnementale, tout cela me pose différents problèmes. Des personnalités comme Pierre Joxe ont dit ne plus reconnaître leur famille politique dans ce texte (lire ici son entretien sur Mediapart). À bien des égards, nous y décousons ce que les lois Auroux avaient obtenu en 1982 en faveur des salariés. Quand un texte est encensé par le premier quotidien libéral français et qu’il manque d’être voté par plusieurs parlementaires de l’UMP et l’UDI, c’est que, quelque part, la question de sa carte d’identité politique est posée.

On peut appeler ça du pragmatisme. C’est un peu l’air du temps, il n’y aurait plus de solutions de gauche ou de droite mais des réponses efficaces ou inefficaces. Si c’est le cas, j’invite les partisans du pragmatisme à créer le parti pragmatique. Ce parti devrait selon leur raisonnement gagner toutes les élections.

Pas de mobilisation sans confiance
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L’entretien a été recueilli à l'Assemblée nationale, lundi 23 février. Il a duré environ 1 h 30. Il a été relu à sa demande par Benoît Hamon et amendé à la marge, sur la forme.