Dans les quartiers nord de Marseille, des électeurs désabusés

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« Je ne crois en personne »

La cité Consolat qui domine la rade de Marseille. © LF La cité Consolat qui domine la rade de Marseille. © LF

Un groupe de travailleurs, la cinquantaine, bottes blanches aux pieds, ressort au pas de course de l’école primaire où on vote. « On a voté sur les questions de sécurité et de délinquance, Marseille n’est plus Marseille », lance une femme, pressée de retourner à la maison de retraite où elle travaille. « Quand on fait du social et que toutes les règles de savoir-vivre qu’on avait enfants sont foutues en l’air… Si le FN peut apporter des réponses, pourquoi pas ? » explique son collègue.

Un certain nombre d'électeurs refusent de nous répondre, traçant vite leur chemin vers leur voiture. Cette jeune fille de 33 ans, qui travaille pour une caisse de retraite complémentaire, elle, ne s’en cache pas : elle a voté pour Bernard Marandat, le candidat FN (et seul élu FN au conseil municipal depuis 2008) car « ils aideront à ce que le quartier n’empire pas ». « J’aime bien mon cadre de vie, je veux rester dans la cité, mais j’ai peur de sortir seule », dit-elle. Avant d’assurer que « sur l’immigration, on leur prête de fausses idées, basées sur le passé, mais ce ne sont pas des racistes ».

Ils sont aussi plusieurs à affirmer avoir voté pour Samia Ghali « pour du boulot, un logement ». « Ça fait la deuxième fois que je vote pour elle, mais je n’ai jamais rien eu, pourtant je suis un peu cousin avec elle », regrette Jamel, 54 ans, travailleur handicapé.

Les habitants des cités ont moins voté que ceux des noyaux villageois (ici à La Castellane) © LF Les habitants des cités ont moins voté que ceux des noyaux villageois (ici à La Castellane) © LF

À la cité La Castellane, qui abrite un des plus gros trafics de cannabis de la région, un guetteur indique poliment les bureaux de vote installés dans l’école maternelle en contrebas de la cité. Il n’y a pas non plus foule. « Le désarroi des gens est encore plus grand dans les cités », estime Marc Poggiale, élu et candidat Front de gauche. Georges Chahine, candidat FDG et chauffeur de bus sur la ligne 53 qui dessert L’Estaque, le constate tous les jours dans son bus. « Samia Ghalia a tellement fait de promesses à tout le monde à des fins électoralistes en 2008 que la déception est immense, dit-il. Le PS continue à écrabouiller les gens. » « L’électorat de François Hollande s’est senti trahi, explique la tête de liste (FDG) Jean-Marc Coppola. Beaucoup nous disent "ne comptez pas sur nous pour aller voter PS au second tour", ce qui pose problème pour battre Gaudin. » 

Marie*, une femme de 37 ans, agent d’entretien, fait, elle, partie des 31,71 % d’électeurs qui ont voté pour la sénatrice PS. Elle habite La Castellane depuis une dizaine d’années, mais voudrait changer de cité à cause de ses plus jeunes enfants (8 et 12 ans) qui « ont un peu peur des chiens qui sont arrivés dans notre bloc ». « Si ça pouvait appuyer ma demande, même si je n’ai jamais rencontré Samia Ghali… », dit doucement cette mère de famille.

Christelle, 31 ans, au RSA, a elle aussi opté pour « Samia » qui a récemment tenu une réunion avec les parents d’élèves de La Castellane. « Elle a refait la route pour l’école et à chaque fois qu’on l’appelle pour des voitures brûlées, c’est elle qui s’en occupe et pas la mairie centrale dont c’est pourtant le rôle », apprécie cette mère de trois enfants. Avant de secouer la tête : « Ma petite de deux ans, elle crie "wé, wé, wé" comme les guetteurs quand ils voient arriver la police. »

Mamadou, 38 ans, salarié dans une entreprise de travaux acrobatiques, a fait une infidélité au PS pour voter Pape Diouf. Mais il n’est pas non plus très convaincu : «Je vote par devoir car je ne crois en personne, pas plus en Pape Diouf qu’en Samia Ghali. Pour trouver un emploi ici, il faut être pistonné. » En ressortant, on entend des adolescents en vélo crier « Arha, arha, ils sont là » au passage d’une Peugeot. Un grand sur son scooter vient jeter un œil. La voiture banalisée passe doucement avant de s’éloigner. Fausse alerte, pour cette fois. 

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