Hollande est sommé d'entendre la gauche

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Pas de décision sur le remaniement avant le second tour

Très vite après son arrivée à l’Élysée, Hollande a fâché les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et les bataillons syndicaux de la CGT, en faisant ratifier le traité européen TSCG, en annonçant les premières mesures de baisse du coût du travail à l’automne 2012 (c’était le pacte de compétitivité inspiré par le rapport Gallois), en libéralisant le marché du travail avec l’Ani, ou en allongeant la durée de cotisations lors de la réforme des retraites.

Les jeunes et les quartiers populaires ont mal vécu le renoncement sur le contrôle au faciès ou le droit de vote des étrangers. Certains secteurs du PS engagés dans les associations comme RESF ont aussi vivement protesté contre les propos de Manuel Valls sur les Roms ou le scandale Leonarda. L’électorat de centre-ville, CSP+, a également été échaudé récemment par l’abandon de la loi famille ou le renoncement à la PMA pour les couples de femmes, quand les fonctionnaires ont bondi aux cafouillages sur le gel de leur avancement.

Plus largement, et plus profondément encore, la majorité des Français n’ont pas vu leur vie quotidienne s’améliorer, faite de précarité, de pauvreté, de salaires moyens affaiblis par les hausses d’impôts, de chômage… La promesse non tenue d’inversion de la courbe n’en a été que l’illustration. La sensation d’une proximité entre la politique économique de la gauche et de la droite a été renforcée par le discours uniquement axé sur le coût du travail de la conférence de presse du 14 janvier. « Les gens ont le sentiment qu’on fait des choix inverses à la campagne », admet un conseiller du pouvoir, qui a les pires craintes aux européennes. Le tout avec un sentiment d’amateurisme d’une équipe qui manque d’animation politique et de sens du collectif.

Dans un bureau de vote parisien, le 23 mars 2014 © Nicolas Serve Dans un bureau de vote parisien, le 23 mars 2014 © Nicolas Serve

Quant aux écologistes, ils étaient au bord de la rupture définitive. En face, certains conseillers socialistes rêvaient de les voir quitter le navire gouvernemental. Sauf qu’Europe Écologie-Les Verts (EELV) sort renforcé du premier tour des municipales, à l’image du score obtenu avec le Parti de gauche à Grenoble. La loi sur la transition énergétique, en cours d’arbitrage depuis des mois et objet d’un bras de fer parfois tendu au sein du gouvernement, pourrait s’en ressentir.

Mais pas question, d’ici le second tour, d’annoncer de nouvelles mesures ou bien de changer l’équipe ministérielle. Le message pour l’instant se cantonne à dire que le message est passé mais que les municipales ne sont pas une présidentielle. Ce n’est qu’à l’issue du second tour que François Hollande prendra une décision. Lundi, l’exécutif cultivait encore l’infime espoir de limiter la casse. « Soit c’est la catastrophe avec plusieurs grandes villes perdues, soit c’est un peu moins la catastrophe avec Paris et Strasbourg ou Toulouse qui restent à gauche », résume un proche du président de la République. Certains conseillers étaient, quant à eux, déjà ralliés au scénario d’une défaite plus forte encore dimanche prochain.

L’ampleur de la débâcle conditionnera la portée et le sens politique du remaniement. « Il y a une obligation de réagir. Ce sera le débat des semaines à venir », espère un conseiller ministériel. Entre d’un côté une ligne plus à gauche et plus écolo, avec laquelle Jean-Marc Ayrault peut espérer rester compatible et, de l’autre, le trio Manuel Valls-Arnaud Montebourg-Benoît Hamon, fait à la fois de discours républicain “intransigeant” et de protection économique.

Mais l’espace politique est étroit. Pour financer son « pacte de responsabilité », François Hollande a déjà annoncé 50 milliards d’économies. Les ministères sont en train de racler les fonds de tiroir et le choc, pour les ménages et les collectivités, sera forcément massif. « C’est digne des plans d’ajustement structurel du FMI », soupire un conseiller ministériel. Les mesures doivent être annoncées le 15 avril, en même temps que la France doit les présenter à Bruxelles. À moins de renverser la table, ce que l’Élysée se refuse d’envisager, les critères européens empêchent durablement le gouvernement de songer à des mesures de redistribution sociale.

Les “hollandais” historiques plaident ainsi pour que la politique du gouvernement soit mieux expliquée et que la majorité « vende mieux les mesures de gauche » comme les postes créés dans l’Éducation nationale ou l’accord sur la pénibilité. Les partisans du président sont convaincus que les électeurs ne rejettent pas tout en bloc – ils manifesteraient simplement une impatience pour des résultats qui tardent à venir – mais qu’il s’agit de mieux montrer l’équilibre de la politique menée.

Il peut donc aussi ne rien se passer. Ou presque. François Hollande est coutumier des vraies-fausses ruptures. Il l’est d’autant plus qu’il juge depuis des mois que les municipales et les européennes seront de toute façon mauvaises et qu’il en est ainsi de tous les partis au pouvoir. Que seule compte l’ultime échéance, celle de 2017, où il espère encore l’emporter. « La seule certitude, c’est qu’on ne peut pas changer de politique, dit un de ses proches. On peut seulement recaler le discours et les personnes pour gagner du temps, le temps que la tempête se calme. » Et un conseiller du gouvernement de glisser : « On connaît la préférence du président pour l’achat du temps. »

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