France Enquête

Un an après son lancement, où en est le MoDem ?

Voici un autre anniversaire qui serait presque passé inaperçu. Il y a un an, François Bayrou lançait le Mouvement démocrate (MoDem) lors d’un grand meeting au Zénith, à trois semaines des élections législatives. Un an après, quel est le bilan de ce jeune mouvement qui s'est construit en opposition avec son ancêtre, ce "parti de notables" qu'est l'UDF? Comment peser dans la vie politique avec 60.000 adhérents mais seulement trois députés et onze sénateurs? Enquête et entretien vidéo.

Marine Turchi

24 mai 2008 à 18h18

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Le 24 mai 2007, un mois après sa défaite au premier tour de l'élection présidentielle, François Bayrou organisait un grand meeting au Zénith entouré de 6.000 militants survoltés. Il s’agissait alors de donner le coup d'envoi de la campagne pour les législatives, mais surtout, comme le résumait ce soir-là le député de la Loire, Gilles Artigues, de venir en nombre pour qu’on ne puisse plus «dire que François Bayrou est seul». «Ceci est un moment rare parce que c’est un moment fondateur», avait annoncé d'entrée le président du nouveau MoDem, avant de promettre: «Ce n’est pas une œuvre solitaire qui commence. J’ai voulu un nouveau mouvement mais il n’est pas le mien, je le porterai avec une équipe» (pour voir la vidéo du meeting, cliquez ici).

Un an après, où en est le mouvement dans sa construction ? Il est d’abord au cœur d’un certain paradoxe. D’un côté, 60.000 adhérents, près de 7 millions de voix recueillies à la dernière présidentielle (18,57% des suffrages contre 6,84% en 2002), plus de 2.000 conseillers municipaux et 39% des Français qui font de Bayrou leur favori pour occuper Matignon, selon un sondage CSA-Le Parisien d'avril. De l’autre, seulement trois députés à l’Assemblée nationale, onze sénateurs, huit députés européens, 300 maires et une seule élue au Conseil de Paris. Des électeurs, mais pas d’élus, comment expliquer une telle contradiction?

Pour le MoDem, la raison en est simple : «C’est le mode de scrutin majoritaire brutal qui explique notre faible nombre d’élus. Avec notre score aux législatives, on devrait avoir 50 députés!» insiste Olivier Henno, à la tête du mouvement dans le Nord. «C’est le fonctionnement des institutions françaises, dénonce l'ancien chef des Verts rallié au MoDem, Jean-Luc Benhamias. C'est pareil chez les Verts qui font seulement 3% à la présidentielle et qui réussissent à prendre la mairie de Montreuil!»

Pour d’autres, c’est la stratégie électorale de François Bayrou qui est en cause. «Le mercredi après le premier tour de la présidentielle, le bureau exécutif de l’UDF avait décidé qu’on ne donnerait aucune consigne de vote et que notre président, s’il était interrogé, dirait qu’il votait blanc. Au lieu de ça, François Bayrou déclare qu’il sait déjà pour qui il ne votera pas. Là, on perd tous les députés de centre droit. Une semaine plus tard, il dit qu’il ne votera pas Sarkozy, et là, le centre, la maison mère, se barrent ! Résultat: 7,28% aux législatives.» Même constat chez l’ancien bras droit de Bayrou, le président exécutif du Nouveau centre, Jean-Christophe Lagarde : «J’ai eu le sentiment d’être trahi lors de l’entre-deux-tours, puisque Bayrou est revenu sur notre décision de ne pas prendre position. Il voulait être le leader de l’opposition à Sarkozy, pour ça il est devenu le leader de la gauche.» Le président du MoDem, lui, dément. «Ils avaient déjà rallié Sarkozy quand j'ai exprimé mon choix, à deux jours du second tour», nous a-t-il affirmé.

Bernard Lehideux, député européen fraîchement nommé directeur de cabinet de François Bayrou, reconnaît que le MoDem «a connu un à-coup aux législatives quand François Bayrou a dit qu’il ne voterait pas Sarkozy. Mais pendant les municipales, les gens venaient me voir sur les marchés en disant "il avait peut-être raison". Le sondage Opinionway de mai, qui accorde 16% des voix à Bayrou si la présidentielle avait lieu aujourd’hui, le prouve».

« Bayrou n’est pas seul, il a juste pris un coup »

Entendre que François Bayrou est seul en énerve plus d’un au MoDem. «Ça me révolte, c’est comme si on n’existait pas! s’insurge Jean-Luc Benhamias. C’est oublier qu’il a derrière lui des sénateurs, des députés nationaux et européens, et des gens comme moi qui sont arrivés comme co-fondateurs.» «Il n’est pas seul, il a juste pris un coup», estime son directeur de cabinet, Bernard Lehideux. Une allusion à l’hémorragie des leaders centristes, qui a débuté en 2002 avec la création de l’UMP, a connu un pic en 2007 avec la perte d’une vingtaine de députés et s’est poursuivie ces derniers mois avec le départ de grandes figures, comme le député européen Jean-Marie Cavada ou le sénateur de la Mayenne, Jean Arthuis (lire notre article du 16 avril).

«Bayrou s’est enfermé dans une stratégie d’indépendance qui est en fait l’isolement. C’est le tout ou rien, et ça n’aboutit à rien!
raille Jean-Christophe Lagarde. Il ne pèse sur rien, il ne sait plus dire oui quand c’est bien, comme sur la règle d'or budgétaire, les droits du Parlement, le référendum d'initiative populaire, des combats qui étaient les siens et que nous menons actuellement «On n'a plus que trois députés, un de Mayotte et deux qui viennent du même département, quelle représentation du territoire!, déplore Thierry Cornillet. Il faut être lucide, on a un scrutin majoritaire à deux tours, donc il faut bien s’allier. Mais Bayrou se fiche du parti et des autres, il ne regarde que sa chimère présidentielle, rien ne compte hormis 2012!»

Interrogé par Mediapart sur cette contestation de sa stratégie, François Bayrou a dénoncé «une manœuvre télécommandée par qui l'on sait pour obtenir le retour du Centre à la soumission de l'UMP», avant d'évoquer sa «longue marche» pour laquelle «il faut du courage et du désintéressement», à l'image des traversées du désert du général de Gaulle et de Pierre Mendès France. Pour Jean-Luc Benhamias, «ce qui pollue le débat, c’est la non-reconnaissance du MoDem comme structure politique importante, avec plusieurs dizaines de milliers d’adhérents, et le fait que les quelques-uns qui s’expriment (Lagarde, Arthuis, Cornillet, etc.), le font comme s’ils étaient le centre. C’était vrai, mais à l’époque de l’UDF!»

Des voix s’élèvent pourtant au groupe "Union centriste" du Sénat, où ils sont cinq élus à envisager leur départ : Thierry Cornillet, Philippe Nogrix, Yves Détraigne, Catherine Morin-Desailly, Françoise Ferat. Ceux-là mêmes qui, avec Jean Arthuis, lors du bureau exécutif de l’UDF du 24 avril, avaient voté en faveur d’un retour à l’UDF (lire notre article du 18 avril) et qui souhaitent «garder [leurs] alliés traditionnels pour que l’électorat se concrétise». Thierry Cornillet affirme pour l’instant «assumer [sa] position minoritaire » et « [ne pas vouloir] quitter le parti». Et pour cause : «Je considère que ce n’est pas moi qui me fourvoie. Il n’y a jamais eu autant de centres que depuis que Bayrou, qui se veut le champion des centres, est président ! Mon parti, c’est l’UDF depuis 1978, pas le Nouveau centre.» Il n’exclut pourtant pas de partir : «C’est possible, ça dépendra du débat qu’on va avoir et du calendrier.»

Au MoDem, ils sont nombreux à ne pas retenir les dissidents. «Si vous voulez une alliance avec l’UMP, allez au Nouveau centre, Monsieur!» lançait une adhérente à Thierry Cornillet, à la sortie du Conseil national, le 14 mai. Pour le député des Pyrénées-Atlantiques, Jean Lassalle, «ceux qui veulent partir devraient le faire tous ensemble plutôt que les uns après les autres!». «Nous sommes en démocratie, si certains ne veulent pas construire le MoDem, qu’ils ne le construisent pas, s’ils veulent rejoindre le Nouveau centre, qu’ils y aillent!» explique Jean-Luc Benhamias. D’autant que le Nouveau centre leur tend les bras. «Les gens qui pensent la même chose ont vocation à se retrouver, assure Jean-Christophe Lagarde. Ils sont nombreux, notamment parmi les sénateurs centristes, à comprendre l’impasse électorale dans laquelle Bayrou les a mis, donc nous mènerons la réflexion avec eux pour reconstruire l’UDF.»

Bernard Lehideux estime lui qu’il est normal qu’«il y ait une minorité interne, comme dans tout parti. Mais pour ne pas laisser planer le doute, François Bayrou a décidé d’organiser une consultation des adhérents avec un vote des motions. Nous présenterons un texte similaire à celui de Villepinte, rappelant notre ligne d’indépendance, celle d’un parti libre de dire oui ou non à un texte de gauche ou de droite, de présenter son candidat ou de s’allier aux élections. Thierry Cornillet présentera aussi sa motion et il y aura un vote». Une consultation qui aura lieu fin juin, dans le cadre de la Conférence nationale, mais dont le résultat ne fait aucun doute. «Le but est de relégitimer la ligne de Bayrou puisque certains la remettent en cause», analyse Jean-Luc Benhamias, quand Thierry Cornillet accuse le leader du MoDem de rechercher «un plébiscite».

«Un moment de discrétion» à l'Assemblée

Mal représenté à l’Assemblée nationale, le MoDem y est aussi peu visible du fait du manque d’assiduité de son chef au Palais-Bourbon. Depuis le début de la XIIIe législature, en juillet 2007, le député des Pyrénées-Atlantiques n’est en effet intervenu qu’à quatre reprises en séance publique. Jusqu'au 21 mai, sa dernière intervention en séance remontait au 24 octobre 2007, il n’avait posé qu’une question, n’était à l’origine d’aucun rapport et n’était pas intervenu en commission.

«Il est dans les non-inscrits, il ne peut que très peu intervenir, rétorque Jean-Luc Benhamias. Et puis il est contraint de faire des allers-retours entre l’assemblée et le siège. Construire un mouvement parallèlement à la vie politique continue est d’une complexité gigantesque!» En effet, les non-inscrits (six députés) se partagent les miettes de temps de parole restant après l’intervention du rapporteur et des présidents de groupes. Mais il existe d’autres possibilités d'expression pour les députés : déposer un amendement, intervenir dans la deuxième partie de la discussion générale, ainsi que dans la mini-discussion générale qui précède l’examen d’un texte.

Pour l'enseignant-chercheur Julien Fretel, spécialiste du MoDem et auteur d'une thèse sur l’UDF, «depuis que le mouvement se construit, Bayrou est toujours au front. L’organisation est encore très artisanale, avec une bureaucratie très faible, le siège est dépourvu de ressources administratives, le personnel est multifonction et assiste également les élus, donc il assume parfois lui-même des tâches de secrétariat.» Mais le directeur de cabinet du chef du MoDem l'assure, «la première phase de construction du mouvement est achevée, de nombreux cadres sont en train d’être nommés, François Bayrou va enfin pouvoir déléguer et se consacrer à nouveau à l’expression publique».

«Je peux prendre du temps de parole [à l'assemblée], mais je parle peu, je déblatère peu, répond le principal intéressé. J'estime que je m'exprime suffisamment ailleurs. J'ai fait un moment de discrétion [à l'assemblée]. » Un «moment de discrétion» qui avait déjà commencé sous la précédente législature, puisque, entre janvier 2004 et juin 2007, le président du MoDem n’est intervenu qu’à 43 reprises, contre 236 fois pour Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l’assemblée, 183 fois pour Bernard Accoyer, son homologue de l’UMP, et 98 fois pour le patron du PS, François Hollande.

Avec le débat sur la réforme des institutions, François Bayrou serait-il de retour à l'assemblée? (voir notre entretien vidéo). Jeudi 22 mai, il a défendu plusieurs amendements, notamment sur l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections, pour laquelle il bataille depuis des années, et sur le pluralisme des médias, l'un de ses thèmes de prédilection. Membre de la commission des affaires étrangères, le député des Pyrénées-Atlantiques s'est récemment inscrit à la commission des lois, en prenant la place de son collègue de Mayotte, Adboulatifou Aly.

«On a perdu tout notre réseau d’élus locaux»

Faible à l'assemblée, l'ancrage du MoDem est assez inégal à l'échelon local : beaucoup de conseillers municipaux et généraux (entre 2.300 et 2.500 selon Eric Azières, spécialiste des élections au MoDem), mais une faible présence aux postes décisionnels (seulement 300 maires encartés au MoDem).

«Au lieu de dire "on n’a pas d’élus, il faut des alliés", on est parti dans un délire "on est les plus forts, les plus indépendants", regrette Thierry Cornillet. Sur les 56 maires du Rhône qui ont parrainé Bayrou en 2007, il n’en reste que 11, sur les 12 de la Drôme, il en reste 2. On a perdu tout notre réseau d’élus locaux!» Le député européen déplore une stratégie du «"et droite et gauche", alors qu’on prétend faire du "ni droite ni gauche". Aux municipales, on a eu des élus avec Guérini [candidat PS] et Gaudin [maire sortant UMP] à Marseille, Rebsamen à Dijon, Juppé à Bordeaux, les communistes à Aubagne, ce n’était pas lisible!». «Où sont les victoires nouvelles du MoDem, s'interroge Jean-Christophe Lagarde. A Pau, Bayrou a échoué face à deux poids plumes, à Toulouse, le MoDem n’a pas joué le rôle d’arbitre, à Marseille il a perdu avec les socialistes, à Paris, il s’est pris une veste monumentale, il n'a même plus de groupe au conseil!»

Pour Adboulatifou Aly, député MoDem de Mayotte, on présente à tort les municipales et les cantonales comme un échec. «On a au contraire eu beaucoup d’élus, mais des nouvelles têtes, des gens qui n’ont jamais fait de politique sur la scène nationale, et qui sont convaincus par l’idée d’un centre indépendant, par l’ouverture, mal réalisée par Nicolas Sarkozy.» Olivier Henno reconnaît que les municipales sont arrivées «extrêmement tôt» pour le MoDem. «Le mouvement avait été créé seulement trois mois avant, donc les équipes étaient mal préparées, la distribution des investitures s’est faite rapidement. Dans ces conditions, le résultat est prodigieux. Dans mon département, on a doublé le nombre de conseillers municipaux», explique-t-il, tout en admettant que «l’alliance à Aubagne n’était peut-être pas ce qu’il y avait de plus judicieux» et qu’«il aurait fallu davantage d’explications». Mais pour lui, la politique du MoDem en matière d’alliances est claire : «Lors des élections locales, on se détermine sur les projets locaux. Et on considère qu’un électorat qui se positionne au centre de la vie politique peut travailler avec la droite ou la gauche social-démocrate.»

Le député Jean Lassalle évoque quant à lui «un échec au plan national. Il aurait fallu, là où nous étions mal placés, laisser le choix aux électeurs puisque nous n’avions pas une ligne très claire. On aurait gagné en lisibilité», estime-t-il. «Mais il y a eu une grande complicité entre l’UMP et le PS pour nous étouffer, comme à Pau.» Bernard Lehideux, à la tête du MoDem dans les Hauts-de-Seine, déplore surtout «qu’on ne parle pas de l’échec des maires UDF, élus il y a sept ans qui ont perdu avec la majorité à Strasbourg, Toulouse, Rouen, Blois, Amiens, Saint-Etienne, Saint-Louis de la Réunion. Avec le MoDem, on a fait entre 15 et 17% au premier tour dans les villes de plus de 10.000 habitants. Dans mon département, on est présent dans 33 des 36 communes, on a participé à la chute d’Aeschlimann à Asnières, on a fait 20% à Nanterre». François Bayrou assume quant à lui la responsabilité de l'«image confuse» donnée par le MoDem à ces élections. «Je n'ai pas eu le temps nécessaire pour expliquer ce que nous faisions. (...) C'est de ma faute en partie, j'étais très pris par l'élection à Pau. (...) Mais nous avons fait apparaître des équipes nouvelles, sans l'auréole du notable», nous a-t-il expliqué (voir notre entretien vidéo).

Et si cet affaiblissement en termes d’élus était en réalité une force à court terme? C’est l’opinion du chercheur Julien Fretel. «Aujourd’hui, Bayrou a les mains plus libres, il n’a pas à gérer la dissidence permanente de certains élus, notamment au Parlement, et peut au contraire jouer sur les élus intermédiaires et les nombreux adhérents.» Pour le président du MoDem, «les réseaux d'élus peuvent parfois être paralysants. (...) Ce changement de culture est une chance, et probablement la seule d'un mouvement politique nouveau. Il fallait qu'il apparaisse clairement aux yeux des Français que nous avions réellement changé de nature.»

Restent les adhérents, dont Thierry Cornillet doute qu’ils soient aussi nombreux que le prétend Bayrou. «On nous fait croire que nous sommes envahis de nouveaux adhérents, mais les 60.000, c’est du flan! Les adhérents internet sont repartis, comme ceux du PS. Et l’important, c’est quand même les idées!» «Lorsque j’étais à l’UDF, on en annonçait déjà 45.000 alors qu’on en avait 22.000», ironise Jean-Christophe Lagarde. «On avait 30.000 adhérents à l’UDF avant la présidentielle, 35.000 pendant, et on a eu un pic à 75.000 lors du lancement au Zénith, avec les adhésions par Internet. On fera le point en septembre lors de nos élections départementales, on ne va pas appeler chaque adhérent pour savoir s’il compte renouveler sa carte!» s’exclame Bernard Lehideux.

Deux grands chantiers

Les élections départementales internes de septembre, c’est précisément la prochaine étape du MoDem. «Désormais, le mouvement est en ordre de marche, déclarait François Bayrou le 14 mai, à l’issue du premier conseil national (l’assemblée du mouvement, composée de 300 délégués). Nous avons adopté les statuts et le règlement intérieur du MoDem à la quasi-unanimité. La phase du lancement est achevée, nous avons maintenant une phase de construction et de maillage du territoire.» L’objectif : remettre sur pied d'ici l'automne les 95 fédérations départementales.

Mais vers quelle organisation le MoDem s’oriente-t-il? «Une question cruciale», estime le chercheur Julien Fretel, qui note déjà «une plus grande ouverture, beaucoup de débats, une large place réservée aux adhérents, qui peuvent par exemple déposer des amendements, et dont les liens avec les leaders sont nombreux.» Ce qui n’empêche pas un certain choc culturel entre certains élus issus de l’ancienne UDF et de nouveaux adhérents qui entendent bien jouer le rôle actif prôné par leur chef. «Il y a une opposition entre d’un côté des élus qui trouvent qu’il y a trop de procédures, qui méprisent parfois les interventions des militants, souligne Julien Fretel, et, de l’autre, des nouveaux adhérents des milieux associatifs, novices en politique, qui arrivent avec un certain idéal démocratique, qui veillent au cumul des mandats dans le mouvement, et qui sont favorables aux alliances hors clivages.»

Pour François Bayrou, «c'est dans le monde des élus que c'est plus difficile de faire accepter l'indépendance, le "mode d'être" du mouvement. Dans le monde des adhérents, notamment urbain, ça a été une traînée de poudre! (...) C'est la transition de l'ancien à un nouveau monde». Jean-Luc Benhamias s’étonne quant à lui de l’harmonie du mouvement malgré sa diversité : «Ce qui est très surprenant, c’est de voir alors qu’on commence juste à avoir de grandes discussions de fond, qu'il n’y a aucune contradiction dans nos discours, on est très largement en phase sur l’analyse de la société, la résolution de ses problèmes, la lucidité sur la justice sociale, les valeurs entreprenariales. Et il y a une grande écoute des anciens UDF sur le développement durable. »

«Notre organisation est le fruit de la confrontation de plusieurs cultures, analyse l’ancien patron des Verts. Les nouveaux adhérents, qui aspirent à la politique autrement, François Bayrou et Marielle de Sarnez qui ne veulent pas reproduire ce qu’ils vivaient à l’UDF, et ceux, comme moi, qui veulent éviter le pire, la "démocratouille" des Verts. Au MoDem, on a opté pour un système semi-proportionnel, on a des allers-retours entre la base et le sommet et les militants votent les instances.» «On a essayé de prendre en compte un état d’esprit nouveau en créant une collégialité», explique Bernard Lehideux. Il ne s’agira donc plus d’élire un président à la tête de chaque fédération départementale, mais une équipe menée par une tête de liste.

Autre chantier : la préparation des prochaines échéances électorales, les régionales de 2010 et surtout les européennes de 2009. «Nous sommes la seule formation politique à être en accord sur l’Europe. Nous devons mettre à jour notre projet sur les grandes thématiques européennes en prenant en compte de nouveaux éléments, comme le traité de Lisbonne, les problèmes de défense, etc. Ce sera l’objet d’un large colloque, le 8 juin», explique Bernard Lehideux. En 2004, aux précédentes européennes, l’UDF avait recueilli onze sièges. Le MoDem espère faire «au moins aussi bien».

Selon Julien Fretel, «la conjoncture est plutôt favorable au MoDem. Le PS fait face à des problèmes de leadership, Nicolas Sarkozy est délégitimé, et les élections à venir sont traditionnellement favorables aux centristes. Tout dépend maintenant de leur travail de terrain. Il faut élargir la base, il y a eu une adhésion massive à la présidentielle, maintenant il faut des adhésions de fond et un renforcement du siège, sur lequel les fédérations s’appuieront».

Marine Turchi


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