L'affaire de corruption qui inquiète l'UMP

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Le 28 mai, le juge du pôle financier parisien, Jean-Marie d'Huy, a recueilli la déposition d'Edouard Meldonian. Cet homme d'affaires, notamment mis en examen pour «corruption» et «blanchiment», assure avoir versé en 2000 des fonds occultes à l'ancien directeur général du groupe Monoprix, Denys Brunel. L'argent liquide aurait servi à financer les activités politiques de son épouse, l'actuelle porte-parole de l'UMP et députée de Seine-et-Marne, Chantal Brunel. Lire également notre entretien avec Edouard Meldonian: «Il m'a dit que sa femme avait besoin d'argent.»
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Il y avait les bonnes affaires Monoprix. Il y a désormais «l'affaire Monoprix», qui menace l'état-major de l'UMP. Le juge d'instruction du pôle financier parisien Jean-Marie d'Huy a interrogé le 28 mai dans son cabinet un homme d'affaires de la région parisienne, Edouard Meldonian.

 

Selon nos informations, ce dernier a ouvertement mis en cause dans une affaire de corruption l'une des trois porte-parole du parti présidentiel (elle a été nommée le 28 mars), Chantal Brunel, par ailleurs députée de Seine-et-Marne.

 

M. Meldonian, dont c'était le premier interrogatoire sur le fond, est mis en examen pour «corruption active, complicité d'abus de biens sociaux, recel d'abus de biens sociaux, faux et usage de faux et blanchiment» dans le cadre de ce dossier portant sur un système de fausses factures et un éventuel financement politique occulte... qu'il a lui-même révélé à la justice il y a quatre ans.

 

Dans un courrier adressé au procureur de Meaux, le 10 mars 2004, M. Meldonian, qui avait côtoyé Chantal Brunel (photo) à Démocratie libérale, avant de se brouiller avec elle, vidait son sac. Les faits dénoncés remontent à 2000. A l'époque, Edouard Meldonian était directeur commercial d'une société informatique – Facile Info – qui avait notamment comme client le groupe Monoprix, dont le directeur général était, depuis 1993, Denys Brunel – l'époux de Chantal Brunel.

 

Dans sa lettre, M. Meldonian expliquait avoir été l'objet de la part de Denys Brunel d'un chantage consistant à obtenir de sa société qu'elle dégage de l'argent liquide en contrepartie de quoi il pourrait continuer à travailler pour le compte de Monoprix. « Lors d'un déjeuner avec M. Brunel et mon associé et gérant de l'entreprise, M. Alain Vigneron, M. Brunel nous a demandé s'il nous était possible de lui sortir de l'argent en espèces. Nous avons fini par accepter avec l'engagement de M. Brunel de faire augmenter notre activité chez Monoprix

 

Convoqué devant la police judiciaire, l'homme d'affaires réitère et précise ses accusations. Comme il le rapporte aujourd'hui à Mediapart, Denys Brunel lui aurait dit que «sa femme avait besoin d'argent pour ses activités politiques, notamment en vue des municipales de 2001 à Ozoir-la-Ferrière et des législatives de 2002. "Il faut aider Chantal, votre société n'aura pas à le regretter", m'a-t-il dit». M. Meldonian précise qu'il n'a jamais discuté de cela directement avec Mme Brunel.

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Cet article a été rédigé tard dans la soirée du lundi 23 juin et très tôt mardi 24, au matin. Dans sa première version, mise en ligne à 9 heures, ne figuraient pas les réactions de Denys Brunel, l'ancien directeur général de Monoprix, et de sa femme, Chantal, députée et porte-parole nationale de l'UMP.

 

Nous avons réussi à joindre M. Brunel vers 10h30. Le papier a été actualisé avec l'ajout de sa réaction, à lire en page 4.

 

Sollicitée, sa femme n'a pour l'instant pas donné suite à nos demandes d'entretien.

 

Quant au groupe Monoprix, nous avons contacté hier son avocat, qui n'a pas souhaité s'exprimer publiquement à ce stade de la procédure.