Violences conjugales du colonel Steiger : Gérald Darmanin ment à répétition

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Interrogé sur l’affaire Steiger, le ministre de l’intérieur n’a pas hésité sur France Info à prendre ses distances avec la vérité. Avant d’affirmer que le colonel de gendarmerie, qui a reconnu les faits de violences conjugales, est victime d’« une cabale ».

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Gérald Darmanin n’aime pas Mediapart. C’est un fait et c’est son droit. Et chacun comprendra aisément ses sentiments au regard des enquêtes, publiées par notre journal, le mettant gravement en cause dans des affaires qu’il voudrait tant faire oublier (ici et ). En revanche, qu’un ministre de la République vienne sur le service public enfiler les mensonges, comme d’autres les perles, à propos d’une affaire d’intérêt général doit interroger sur la conception de la morale politique du locataire de la place Beauvau.

Rappel des faits : Promu numéro un de la gendarmerie en Nouvelle-Calédonie, le colonel Éric Steiger a demandé vendredi 20 août à être relevé de ses fonctions à la suite de la révélation par Mediapart de sa condamnation pour violences conjugales. Fonctions auxquelles il venait d’être promu par sa hiérarchie, en connaissance de ses antécédents judiciaires.

À l’exception d’un communiqué de presse sibyllin annonçant que le colonel était relevé de ses fonctions, Gérald Darmanin ne s’était pas montré expansif sur cette affaire de violences conjugales visant un gradé de la gendarmerie et impliquant l’inertie de la hiérarchie et de son ministère. Ce matin, il était l’invité de la matinale de France Info et était naturellement questionné à ce sujet. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a pris ses distances avec la vérité.

Tweet de France Info reprenant une partie de l'intervention de Gérald Darmanin, interrogée sur l'affaire Steiger. © DR

Un ministre qui joue avec les mots et les décisions de justice

« La justice n’a pas condamné de façon… en prison… avec ferme ou avec sursis… le colonel Steiger de manière définitive, je reprends les mots… » On ne saura jamais de qui le ministre reprenait les mots. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne les a pas repris de la cour d’appel de Paris. Comme Mediapart l’expliquait dès son premier article révélant l’affaire, Éric Steiger avait d’abord été condamné en première instance, en février 2020, à six mois de prison avec sursis, pour avoir, à l’égard de son épouse, commis de novembre 2017 à juin 2018 des violences physiques et psychologiques ayant entraîné cinq jours d’incapacité totale de travail (ITT). Ensuite, précisait-on, « ce haut gradé de la gendarmerie a vu, le 28 mai dernier, sa peine réduite à 6 000 euros d’amende par la cour d’appel de Paris ». Le colonel Steiger n’ayant pas formé de pourvoi en cassation (comme nous l’a confirmé une source judiciaire), la condamnation est revêtue de l’autorité de la chose définitivement jugée.

Le ministre de l’intérieur joue en fait avec les mots en insistant sur la prison ferme ou avec sursis car, ensuite, il explique avoir par le passé demandé à ce que « tous les policiers et gendarmes qui avaient été condamnés à de la prison ferme ou de la prison avec sursis pour violences conjugales de ne pas prendre de poste de responsabilité et de quitter la police nationale ou la gendarmerie ».

En réalité, le ministre de l’intérieur avait déclaré le 1er août au Parisien que tout policier ou gendarme condamné définitivement (sans préciser à une peine de prison ou non) pour violences conjugales ne devait plus être en contact avec le public, dans l’attente d’une décision du conseil de discipline.

En l’espèce, les faits sont têtus : même si, à la suite de sa demande et sur décision du tribunal, sa condamnation ne figurera pas sur son casier judiciaire, le colonel Éric Steiger a bien été condamné définitif pour violences conjugales. Il a, qui plus est, reconnu les faits, c’est même cette reconnaissance qui a amené les magistrats de la cour d’appel à ne pas prononcer de peine d’emprisonnement. 

La femme, victime coupable, forcément coupable

Mais Gérald Darmanin n’en a pas fini sur les ondes de France Info avec sa réécriture de l’affaire Steiger. Il s’en prend en une phrase lapidaire à la victime. « Son épouse, son ex-épouse, a également été condamnée, ce que n’a pas, je crois, souligné le journal Mediapart », ose affirmer Gérald Darmanin. C’est a minima très inélégant, c’est surtout totalement faux.

Dans l’article révélant l’affaire, Mediapart précisait qu’« au lendemain de la plainte de son épouse, Éric Steiger a également déposé plainte, se disant victime de la violence de son épouse ».

Interrogée par l’auteure de l’enquête, l’épouse et victime d’Éric Steiger expliquait : « Ma faute a été de m’être débattue lorsqu’il m’a frappée. Une fois je l’ai fait tomber de sa chaise et une autre fois, je l’ai giflé. »

Puis, contrairement aux allégations du ministre de l’intérieur, Mediapart concluait ce paragraphe en annonçant que l’ex-épouse avait bien été « reconnue coupable de violences en première instance », mais précisions-nous ensuite (ce que monsieur Darmanin oublie lui de dire à la radio), ladite épouse a été relaxée en appel. Elle est donc innocente des faits qu’on a pu un temps lui reprocher.

Ces contrevérités assénées à l’encontre de notre journal – ce n’est pas très grave –, et à l’encontre d’une victime de violences conjugales – ça l’est beaucoup plus –, n’empêcheront pas Gérald Darmanin d’affirmer : « Moi, je ne suis pas pour les chasses aux sorcières et je déteste les chasses à l’homme ou à la femme. »

Mais il parlait là, bien sûr, de la « victime » Éric Steiger.

La « cabale » contre un auteur de violences conjugales

Loin de la doctrine proférée dans Le Parisien trois semaines plus tôt à propos du devoir d’exemplarité des forces de l’ordre en matière de violences conjugales, le ministre de l’intérieur a expliqué ce matin avoir considéré qu’Éric Steiger « ne devait sans doute pas rester en poste vu la cabale dont il fait l’objet ». On rappellera encore une fois que le colonel de gendarmerie a été condamné par la justice (et pas par la presse) pour violences conjugales, et que ce sont des élus de la République qui ont demandé sa démission.

Gérald Darmanin a pourtant insisté faisant fi de l’arrêt de la cour d’appel : « Je ne veux pas hurler avec les loups, je pense que ce n’est pas ce que doit faire un ministre de la République. » Peut-être un ministre peut-il commencer par ne pas travestir les faits.

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