De gauche à droite, le point sur les tractations

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Le « ni-ni » de la droite à l'épreuve

Jean-François Copé a présenté lundi la ligne politique de l’UMP en vue du second tour de dimanche. Le parti d’opposition campe sur la position du « ni-ni » (ni alliance avec le Front national, ni soutien au Parti socialiste). Estimant être dans « un rapport de force très favorable à l’UMP, à la droite et au centre-droit », Copé a prévenu que « l'UMP (se maintiendrait) partout où elle est en mesure de faire face au FN et à la gauche ».

Cette ligne est soutenue par la quasi-totalité des ténors de la droite, à commencer par François Fillon qui indiquait dès dimanche soir que, pour l'UMP, « aucun désistement et aucune alliance ne (pouvaient) être envisagés » avec le FN au second tour. L’ex-premier ministre avait tenu un tout autre discours en octobre 2013, affirmant que les électeurs pourraient voter, le cas échéant, pour un candidat frontiste aux municipales, à condition qu’il soit « le moins sectaire ».

On se souvient également du cas de Roland Chassain, le maire des Saintes-Maries-de-la-Mer (Bouches-du-Rhône), qui avait été exclu de l’UMP après s’être désisté, en juin 2012, en faveur d’une candidate du Front national pour empêcher l’élection du candidat socialiste. Malgré cet épisode, Chassain avait été investi par l’UMP pour les municipales. Il vient d’être réélu au premier tour avec 56,67 % des voix.

Dans les rangs de l’opposition, rares sont ceux à avoir émis des réserves sur la ligne adoptée par l’UMP, chacun arguant la nécessité d’une position collective, après plus d’un an de divisions. Seul François Baroin a rappelé sur RTL être partisan d'un « barrage étanche » qu'il « prône depuis toujours en tant que chiraquien », sans pour autant dénoncer le « ni-ni » voulu par son parti.

Une ligne que l’UDI, partenaire de l’UMP pour les municipales, n’entend absolument pas suivre. Yves Jégo, qui assure l'intérim à la tête du mouvement centriste en l’absence de Jean-Louis Borloo qui est en convalescence, a indiqué au Nouvelobs.com vouloir « respecter à la virgule près le front républicain ».

Le problème se pose essentiellement à Forbach où l’UMP Alexandre Cassaro (12,26 %) entend se maintenir dans une quadrangulaire qui oppose également le FN Florian Philippot (35,75 %), le divers-droite Éric Diligent (18,99 %), ainsi que le socialiste et maire sortant Laurent Kalinowski (33 %). « Si la liste UMP ne se retire pas, notre candidate le fera », a indiqué Yves Jégo. Partout ailleurs, l’UDI demande au PS et à l'UMP de retirer leurs listes dans neuf villes où le Front national risque de gagner.

Par ailleurs, le candidat FN de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), Dominique Joly (26,05 %), s'allie au second tour à Philippe Gaudin (31,8 %), candidat sans étiquette soutenu au premier tour par l’UMP, l’UDI, le Modem et Debout la République. Cette alliance se fera sans les logos: UMP,  UDI et MoDem ont indiqué qu’ils retiraient leur soutien à Gaudin.

Alliance FN-divers droite également à l'Hôpital (Moselle), une ville où Marine Le Pen avait frôlé les 40% au premier tour de la présidentielle. Le FN, arrivé en seconde position derrière la liste du maire divers gauche, fusionne avec la liste arrivée troisième. Dans cette ville ou un électeur sur deux vote A Sevran (Seine-Saint-Denis), le FN soutient une liste divers droite dont une colistière est adhérente du parti de Marine Le Pen.

L'Hôpital (Moselle), avril 2012. © M.M. L'Hôpital (Moselle), avril 2012. © M.M.

À Paris, la question des alliances à droite se posait dans deux arrondissements : le Ve, où la socialiste Marie-Christine Lemardeley est arrivée en tête au premier tour avec 33,94 % des voix, devant Florence Berthout (UMP-MoDem-UDI – 28,49 %) et le dissident DVD Dominique Tiberi (19,43 %). Après avoir vivement critiqué son adversaire de droite – « Je ne sais plus exactement ce qui s’est échangé comme mots », dit-il aujourd’hui –, le fils de l’ancien maire de l’arrondissement, Jean Tiberi, consent à fusionner sa liste avec celle de Berthout.

« On se dirige vers 6 conseillers pour Berthout et 5 conseillers tirés de notre liste », confie-t-il à la mi-journée à Mediapart, en prenant bien le soin de rappeler que « le papier n’est pas encore signé ». Quant au programme, inutile pour les deux parties de discuter : « Ils ne sont pas vraiment différents… », reconnaît Dominique Tiberi.

Dans le VIIIe arrondissement, l’alliance de Charles Beigbeder (Paris Libéré – 19,27 %) et de la candidate UMP-MoDem-UDI Jeanne d'Hauteserre (46,65 %) n’aura pas lieu. « Ah ça, non ! tranche le député UMP et conseiller de Paris, Pierre Lellouche. Autant Tiberi était une négociation utile qui réconcilie le renouveau et l’expérience, autant Beigbeder n’en a rien faire du VIIIe arrondissement. Tout ce qui l’intéresse, c’est la circonscription. J’ai entendu dire qu’il s’alliait à Didier Decelle (autre candidat DVD de l’arrondissement qui a recueilli 5,17 % des suffrages – ndlr). Ils ont pour point commun leur ego surdimensionné et le fait d’avoir été exclus de l’UMP. »

Les autres dissidences qui ont émaillé la campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet un peu partout dans Paris « n'existent pas » pour Lellouche. « Les listes “Paris Libéré” étaient les faux nez de Beigbeder. Elles n'ont pas passé le premier tour, leurs voix vont se reporter automatiquement », soutient-il. Des candidatures inexistantes, peut-être, mais pas indispensables puisque la candidate UMP à la mairie de Paris, en difficulté dans le XIVe, a fait savoir dans l'après-midi qu'elle s'alliait à son ancienne adversaire de droite dans l'arrondissement, Marie-Claire Carrère-Gée.

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Cet article, entamé mardi à midi, a été réactualisé en permanence dans la journée.