En s'emparant de l'immigration, Martine Aubry se positionne enfin en chef de l'opposition

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En se prononçant pour une «large régularisation des sans-papiers», la première secrétaire du PS fait coup triple. Elle parle à l'électorat socialiste et renoue avec un tissu associatif déprimé par l'immobilisme du parti sur cette question depuis les lois Chevènement de 1997. Elle démontre sa volonté, tant de fois annoncée depuis son élection, d'«ancrer le PS à gauche». Elle apparaît, enfin, comme «opposantelégitime» aux yeux du gouvernement, qui s'adresse directement à elle en l'accusant de faire «un clin d'œil à l'extrême droite».

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Le 26 novembre 2008, Martine Aubry était élue à la tête du parti socialiste, où elle promettait «le renouveau» et un PS «ancré à gauche», dans l'ambiance glaciale de l'après-congrès de Reims (lire notre reportage d'alors). Tout juste un an plus tard, la première secrétaire passe à l'acte.

 

Après une année de tergiversations, «le temps de se remettre au travail», argue-t-on inlassablement à Solférino, Martine Aubry semble enfin endosser le costume de première opposante. Après avoir obtenu une relative légitimation de la base, lors du référendum militant validant ses propositions de rénovation rochelaise, la maire de Lille s'attaque au beffroi de l'immigration, jusqu'ici sujet tabou au PS depuis les lois Chevènement de 1997.

 

Deux jours après avoir évoqué «une large régularisation» des sans-papiers à la tribune du congrès des jeunes socialistes à Grenoble (voir la vidéo ici), Martine Aubry a donc consacré deux heures de discussion au sujet, lors du bureau national (BN) de mardi. L'occasion d'imposer au PS une prise de position qu'il a systématiquement fuie durant les années Hollande, marquées par la défaite du 21 avril 2002 et le piège sécuritaire alors tendu par Jacques Chirac à Lionel Jospin.

 

Une prise de position prenant la forme d'un coup de barre à gauche, concrétisé par un long texte (ici en PDF) édictant trois piliers («des règles claires et justes, l'accueil républicain, le partenariat») et demandant «pour les travailleurs sans papiers, comme pour les familles dont les enfants sont scolarisés, une large régularisation sur la base d’une procédure assouplie et simplifiée, s’appliquant à tous de manière égale sur le territoire national, selon des critères clairs et transparents, prenant en compte notamment les liens de travail, la scolarisation des enfants, une durée significative de présence, une intégration effective».

 

A en croire les personnes interrogées par Mediapart, le niveau du débat entre hiérarques socialistes fut aussi bon que fut large l'adhésion au volontarisme aubryste sur la question, dépassant les courants et conciliant le «libéralisme politique» des uns avec le «désir de gauche» des autres. «Cela est aussi dû au rajeunissement du“BN”, estime un proche de Martine Aubry, et à un contingent moins nombreux d'anciens ministres à la direction. Fabius ou Emmanuelli se sont faits discrets mais ils se demandent si ce type de discussion vaut la peine avant les régionales.»

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Toutes les personnes citées ont été contactées ces mardi et mercredi par téléphone (outre les responsables cités “on”, trois autres participants au bureau national ont été également joints, mais souhaitant parler sous couvert d'anonymat). Pris par son emploi du temps de sénateur et d'élu local, François Rebsamen n'a pu répondre à nos questions, souhaitant de toute façon «ne pas en rajouter dans la division avant les régionales», selon son attachée de presse.