Patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn se doit d'entretenir le flou quant à ses ambitions présidentielles

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Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, s'est offert, jeudi 26 mars, un retour au premier plan dans la vie politique française, en intervenant pendant près de deux heures dans l'émission «À vous de juger», sur France 2. Même s'il n'a pas évoqué directement la situation intérieure de la France et s'il a démenti les rumeurs annonçant sa nomination par Nicolas Sarkozy comme premier ministre si la crise s'aggravait, les spéculations médiatiques vont bon train quant à un hypothétique retour de DSK pour l'élection présidentielle de 2012.
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L'offensive a commencé dès dimanche 22 mars. DSK est de retour en France mais il est aussi le «patron caché» du PS, écrivait le Journal du dimanche. Dominique Strauss-Kahn intervient jeudi 26 mars sur France 2 pour évoquer la crise financière avant le G20 de Londres. Mais il pourrait aussi démontrer qu'il demeure le recours le plus crédible pour les socialistes dans la perspective de 2012. Telle serait la tactique que Jean-Christophe Cambadélis, son lieutenant à la direction du parti dirigé par Martine Aubry, mettrait actuellement en œuvre.

 

«Un magistral coup de ce que les Anglo-Saxons appellent le "spin", la distorsion journalistique organisée par un expert, comme Peter Mandelson le fut jadis pour Tony Blair», réplique Pierre Moscovici sur son blog. Longtemps considéré comme «l'autre proche de DSK», le député du Doubs «récuse la thèse du "patron caché" qui est un mythe». Tout en laissant ouvertes les spéculations: «Si la situation appelle effectivement le retour de DSK, et si celui-ci en a l'envie, j'en serais ravi.»

 

Jeudi, Dominique Strauss-Kahn n'a pas esquissé ce retour-là. Tout juste a-t-il répondu – avec fermeté certes et après une significative moue de dénégation – à Arlette Chabot qui évoquait les rumeurs annonçant sa nomination au poste de premier ministre de Nicolas Sarkozy si la crise s'aggravait. «On ne sortira pas de la crise par la combinaison politique, a-t-il estimé. Il existe beaucoup de compétences. (...) Je joue mon rôle, que les autres jouent le leur.» «Restez-vous socialiste?», a enchaîné la journaliste. «Evidemment», a répliqué DSK. Fin de la séquence. D'autres questions? Oui, mais pas sur la présidentielle de 2012.

 

Dans le même ordre d'idées, après avoir rappelé que le règlement du FMI interdisait au directeur général de juger publiquement la politique de son pays d'origine, Dominique Strauss-Kahn a à peine fait allusion à l'actualité française, estimant notamment nécessaire la réglementation de la rémunération des patrons, avant de regretter que la France, comme les autres pays européens, n'investissent pas suffisamment pour purger leurs établissements bancaires des actifs pourris afin de les rendre plus efficaces sur le terrain du crédit.

 

N'oublions pas que, lors de son grand oral devant le conseil d'administration du FMI, avant d'en devenir le directeur général, il s'était engagé à aller au bout de son mandat, soit jusqu'en octobre 2012, après la présidentielle. Et il s'est fait rappeler à l'ordre par le même conseil après s'être affiché à une réunion socialiste en janvier 2008 (voir la vidéo).

 

En mai 2008, de nombreux amis de son courant, aujourd'hui éparpillé façon puzzle, en avait rajouté des tonnes sur son envie de revenir. Et l'exemple du prédécesseur espagnol de DSK, Rodrigo Rato, était dans toutes les têtes. Démissionnaire du FMI, il était pressenti fortement pour remplacer le leader de la droite ibère, Mariano Rajoy, alors en pleine déconfiture, pour affronter José Luis Zapatero aux législatives. Las, Rodrigo Rato a depuis été nommé conseiller de la banque Santander et semble toujours en retrait de la vie politique. Un autre de ses prédécesseurs, l'Allemand Horst Köhler, est lui devenu président de l'Allemagne. Mais ce titre est surtout honorifique.

 

S'il a été blanchi par le conseil d'administration du FMI dans "l'affaire Piroska Nagy", il a récemment montré un vif agacement sur France Inter, après une chronique au vitriol de Stéphane Guillon (voir la vidéo). Il a dépassé cet épisode de sa vie, endossant aujourd'hui le costume de l'économiste cherchant à relever le monde de la crise financière.

 

Enfin, il pourrait ressortir comme le grand gagnant du prochain G20 de Londres. Un profil à même de lui redonner les lettres de noblesse d'un opposant de premier plan à Nicolas Sarkozy, dont il critique indirectement la modestie du plan de relance, comme celle des autres pays européens, ainsi qu'il l'a fait jeudi sur le plateau d'«A vous de juger». Et, forcément, le souvenir d'une célèbre joute oratoire de la campagne de 2002 revient en mémoire…

 

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Déjà, l'éternel Alain Duhamel (celui qui avait oublié Ségolène Royal parmi ses favoris à la dernière présidentielle) a donné son point de vue, jeudi matin sur RTL, estimant Dominique Strauss-Kahn comme «bénéficiaire de la crise», et le prédit déjà comme étant «l'absent le plus présent du parti socialiste en 2011». Dans un sondage BVA paru, jeudi, dans L'Express (lire le détail en PDF, page 15), DSK est présenté comme la première des personnalités de gauche dont les Français souhaiteraient qu'elles aient «davantage d'influence dans la vie politique française». Mais il n'arrive qu'à la quatrième place chez les sympathisants socialistes (derrière Olivier Besancenot, Bertrand Delanoë, Martine Aubry et Ségolène Royal).

 

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