Ayrault, Valls ou un autre, c'est la ligne qui est en jeu

Par
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

La contre-offensive de Jean-Marc Ayrault

Le président de la République est désormais contraint de trouver la parade. « Un meilleur équilibre » dans sa politique, dit un de ses visiteurs. Les pistes à l’étude sont variées. Le pacte de responsabilité pourrait ne plus prévoir une suppression, ou un allègement, des cotisations familiales payées par les entreprises, mais plutôt un élargissement du « crédit d’impôt compétitivité emploi » (CICE, le « pacte de compétitivité » mis en place à l’automne 2012). « L’élargissement du CICE a toujours fait partie des possibilités sur la table. Aujourd’hui la décision n’est pas prise », a expliqué Najat Vallaud-Belkacem à la sortie du conseil des ministres mercredi. Mais sans davantage de contreparties, la logique serait exactement la même et contribuerait à un transfert massif de la fiscalité qui pèse sur les entreprises vers les ménages.

L’exécutif prépare également des mesures pour les ménages. Elles étaient en discussion depuis l’annonce faite par Jean-Marc Ayrault d’une remise à plat de la fiscalité. L’Élysée était jusque-là très réticent. Mais le groupe de travail constitué par Matignon doit remettre ses conclusions la semaine prochaine. Et l’entourage du premier ministre, agacé par les rumeurs persistantes sur son remplacement par Manuel Valls, jubile d’avoir eu le nez creux. « Des mesures (pour les ménages) seront annoncées dans les jours qui viennent », promet-on dans son entourage.

Selon un proche, Jean-Marc Ayrault, qui a réuni une dizaine de ses collaborateurs mercredi midi, a « mangé du lion » et a préparé la contre-offensive, y compris sur le fond. Lui qui revendique d’incarner une « ligne sociale-démocrate et pas sociale-libérale », ne veut rien bouleverser. Pas question de revenir sur la politique de l’offre et l’allègement du coût du travail. Mais il veut la rééquilibrer, en tout cas à la marge.

« Les efforts demandés dans le cadre du pacte doivent être accompagnés par des contreparties de la part des entreprises. Sinon ils sont inconcevables », dit-on dans l’entourage de l’ancien maire de Nantes. Un discours qui tranche avec celui de l’Élysée ces dernières semaines où les proches du chef de l’État voulaient alléger au maximum les conditions posées aux entreprises. « Voire aller encore plus loin que les demandes du Medef », glisse un conseiller ministériel.  

Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls © Reuters Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls © Reuters

L’entourage du premier ministre plaide également pour que le gouvernement engage sa responsabilité en avril devant le parlement « sur un ensemble ». « Le pacte de responsabilité, des économies ciblées, des éléments de cadrage sur la transition énergétique, des mesures pour la fiscalité des ménages, la nouvelle étape de décentralisation », précise un proche. Cela aurait l’avantage de rassurer les députés socialistes, qui menacent de ne pas voter le pacte de responsabilité seul, ou en l’état, et les écologistes, qui ont fait de la future loi sur la transition énergétique la ligne rouge de leur participation gouvernementale. « Qui d’autre que Jean-Marc Ayrault peut trouver un équilibre entre toutes les composantes de la majorité ? Et faire le grand écart avec les socialistes, les écologistes et les radicaux de gauche », insiste-t-on dans son entourage. Avec toujours dans leur viseur, Manuel Valls.

Le ministre de l’intérieur, qui reste muet depuis dimanche, a également subi les foudres de sa collègue Cécile Duflot. Ils ont déjeuné mardi midi et, selon le clan écologiste, la ministre du logement lui a signifié clairement qu’elle ne pourrait pas rester au gouvernement s’il en prenait la tête. Jusque-là, elle s’était refusée à le dire publiquement, contrairement à l’autre ministre EELV du gouvernement, Pascal Canfin.

« Pour trois raisons », précise un proche. À cause de la ligne politique que Manuel Valls incarne ; parce que Duflot ne croit pas que les électeurs aient sanctionné la mauvaise communication du gouvernement, mais bien le fond de sa politique ; et parce que les écologistes ne partagent « pas du tout » la lecture que fait le ministre de l’intérieur de la montée du Front national. Quand Valls juge que la société, notamment les classes populaires, souffrent d’un « manque d’autorité », y compris sur la sécurité et l’immigration, Cécile Duflot reste convaincue que le FN s’alimente du « désespoir économique et social ». Un logiciel bien plus compatible avec celui de Jean-Marc Ayrault, biberonné au “poperénisme”, qu’avec celui de Manuel Valls.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale