Le PS patauge dans le marigot du «front républicain»

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« Front républicain » ou « désarmement unilatéral »

D’autres listes municipales n’ont en revanche pas fait l’objet de la même attention. À Hayange, le maintien de la liste PS de Philippe David (après fusion avec une liste divers gauche) pourrait favoriser l’élection du FN Fabien Engelmann. Dans le 7e secteur de Marseille, le socialiste Garo Hovsepian se maintient face au FN Stéphane Ravier, arrivé en tête. Dans ces deux cas, les explications de Solférino sont les mêmes : il s’agit d’un maire sortant et la gauche était divisée au premier tour.  

De toute façon, l’arsenal des sanctions devrait être limité pour les rebelles, en dehors du retrait de l’investiture socialiste au second tour. « Les mesures disciplinaires ne sont pas le sujet, tempère ainsi Laurence Rossignol. Aucun n’est un mauvais socialiste pour autant… » Dans les statuts du parti, le déclenchement d’une procédure d’exclusion pour “non-désistement” est beaucoup moins automatique qu’en cas de dissidence électorale. Et beaucoup moins rapide que les procédures pour “manquement éthique”. Même si aujourd’hui, il est encore impossible de savoir si Jean-Noël Guérini est encore officiellement au PS…

Harlem Désir © Reuters Harlem Désir © Reuters

Depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir, et de Harlem Désir à la tête du PS, la (relative) rénovation entamée sous l'ère Aubry a laissé place à une « culture SOS-Racisme », qui influence les mobilisations et l’action du parti, façon combat symbolique et moral, et mise en avant des valeurs. Ambiance meeting contre les extrémismes, ou contre les populismes, ou les deux, et diffusion de badges anti-racistes. Bien que prévenue et ayant annoncé une réflexion en ce sens en 2013, la direction du PS n’a finalement pas tenu à anticiper le débat stratégique sur l’attitude à adopter entre-deux tours. La raison invoquée par un dirigeant socialiste, en septembre dernier, était que «la situation ne se produira pas ». Raison plus crédible avancée aujourd’hui : le débat serait trop compliqué à trancher.

« C'est un débat difficile car il n'y a pas de réels débouchés, explique Alain Fontanel. Si on se met nous aussi à faire du “ni-ni”, cela reviendrait à mettre à égalité FN et UMP, et donc à achever de normaliser l'extrême droite, ce que nous refusons. » « L'histoire du front républicain est à contre-temps, regrette un conseiller ministériel hollandais. Il y a un vrai décalage avec le terrain. La direction socialiste n'a toujours pas compris que la diabolisation du FN, c'est fini. » Marie-Noëlle Lienemann, à l’aile gauche du parti, évoque aussi un doute stratégique : « Le front républicain suppose la réciprocité avec la droite. Si on est seul à l'appliquer, ça s’appelle du désarmement unilatéral. »

Lundi, un bureau national réuni en urgence a permis d’échanger sur le sujet, entre cadres socialistes. Mais pas de faire taire les scepticismes. « Le seul argument implacable qui a été développé, c’est celui de la cohérence avec les propos de la veille, se désole Lienemann. Mais pourquoi avoir fait du FN le centre des discussions et des analyses le soir du vote ?! On aurait pu parler de l’abstention des classes populaires, dire qu’on avait compris la claque… En même temps, a-t-on envie de comprendre le message de notre électorat ? »

Comme l’aile gauche du PS, et au contraire d’EELV qui retire également ses investitures aux candidats récalcitrants, Jean-Luc Mélenchon ne cache pas ses critiques envers « l’obsession du front républicain » de ses anciens camarades socialistes. « Il faut arrêter ! Comment fait-on quand la droite dit la même chose, voire pire, que le FN ? a-t-il dit lundi, lors d’une conférence de presse. C’est une mise en scène qui devient fatigante : on en parle avant le vote pour faire monter le FN, il monte, puis on cherche des responsables, et on évite tout débat de fond. »

Quid du maintien de cette doctrine, alors que s'annoncent dès l’an prochain élections cantonales et régionales ? « Notre position se tient tant que les élections où le FN arrive en tête sont des scrutins marginaux, dit Laurence Rossignol. Si jamais le “tripartisme” dont parle Le Pen s’installait de façon définitive et durable, cela voudra dire que notre stratégie aura échoué, et il faudra en changer. »

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