A Marseille, l'alliance Gaudin-Guérini-FO achève la gauche

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« Maintenant, c’est nous qui payons l’addition »

Première prise de parole de Laurence Vichnievski, le 9 mars 2014.  © LF Première prise de parole de Laurence Vichnievski, le 9 mars 2014. © LF
La gauche se trouve également menacée sur un autre de ses bastions, les 13e et 14e arrondissements, où le FN est arrivé en tête au premier tour. Le maire de secteur depuis 1998, Garo Hovsepian, imposé par Samia Ghali et Sylvie Andrieux après la primaire, n’y est arrivé que troisième, derrière Stéphane Ravier (FN) et Richard Miron (UMP). Au grand dam de l’UMP, le maire PS refuse de se retirer au second tour pour faire barrage au FN. « Le front républicain est inutile, justifie Patrick Mennucci. Nos électeurs n’iront certainement pas voter Richard Miron, et quand on additionne les voix nous sommes bien en situation de gagner. » « Le seul qui peut gagner le secteur, c’est M. Hovsepian », renchérit le député européen EELV Karim Zéribi.

La gauche se raccroche aux abstentionnistes, qui ont frôlé les 65 % dans certains bureaux de vote des cités qui lui sont traditionnellement acquis, ainsi qu'au report des électeurs du FDG et de Pape Diouf. « C’est sur nos meilleurs bureaux de vote que l’abstention est la plus forte, indique Stéphane Mari, adjoint PS de Garo Hovsepian. Tandis que là où le FN fait ses meilleurs scores, le taux de participation est déjà très élevé et ils n’ont donc plus de réservoir de voix pour le second tour. » L’équipe Mennucci a récupéré dès lundi les listes d’émargement pour repérer et appeler « les gens qu’on connaît, les amis qui ne se sont pas déplacés (...) qui ont voulu envoyer cet avertissement au gouvernement ».

Mais l’explication unique d’un vote sanction contre l’action du gouvernement semble bien courte. Dans les 13e et 14e arrondissements, faute d'avoir fait le ménage, le rejet du clientélisme, la proximité de Garo Hovsepian avec la députée Sylvie Andrieux, condamnée en 2013 à un an de prison pour détournement de fonds publics (le procès en appel aura lieu en juin 2014), ont certainement joué contre le PS. Ce qu'a reconnu à demi-mots Patrick Mennucci questionné lundi par le site Marsactu. « Ce week-end, c'est très clair, a-t-il déclaré. Moi, je perds 12 % et lui (Garo Hovsepian, ndlr) il en perd 21. Il n'y a pas de mystère. »  

L’après primaire et l’épisode de la difficile composition des listes, que certaines têtes de listes PS ont déposées elles-mêmes en préfecture dans le dos de Mennucci, ont montré que les baronnies socialistes et les logiques clientélaires étaient toujours à l’œuvre à Marseille. Au soir de la déroute du premier tour, Patrick Mennucci est apparu seul, sans ses têtes de secteurs, face aux journalistes dans son QG de campagne. Seule la généticienne Annie Levy-Mozziconacci, tête de liste dans le 4e secteur, a daigné passer une tête rue Montgrand.

Mennucci, Coppola et Ghali, le 24 mars 2014. © LF Mennucci, Coppola et Ghali, le 24 mars 2014. © LF
Finaliste à la primaire, Samia Ghali a fait le service minimum durant la campagne : pas de réunion publique, peu d’apparitions aux côtés du candidat PS-EELV, ni de mention de son nom sur ses tracts distribués dans les 15e et 16e arrondissements. Lundi, aux côtés des têtes de liste PS et du Front de gauche, elle n’était présente que pour l’image et a refusé de répondre aux questions des journalistes, lorsque Patrick Mennucci lui a tendu le micro. Le matin même, poussée dans ses retranchements par un journaliste d’Europe 1, Samia Ghali pariait – assez lucidement – sur la défaite de son camp : « Je ne vois pas comment on peut gagner aujourd’hui, c’est clair. Par contre, nous pouvons au moins sauver les meubles et tout le monde doit comprendre qu’on ne peut pas laisser la ville à 100 % à Gaudin. Je pense aujourd’hui que Jean-Claude Gaudin restera maire. »

Comme le remarquait le blogueur marseillais Lagachon (un doctorant qui prépare une thèse sur le marketing territorial de Marseille), Patrick Mennucci pâtit d’une rénovation du PS marseillais restée à mi-chemin qui ne lui permet ni de « bénéficier des réseaux (de Jean-Noël Guérini, ndlr) », ni de « crédibiliser un discours de changement ».

« Il faut qu’on solde l’époque Guérini et on n’en a peut-être pas fini », estimait dimanche soir la magistrate Laurence Vichnievsky. Malgré ses trois mises en examen – la première date de septembre 2011 – et son soutien à des listes dissidentes à Marseille aussi bien qu'à Aix-en-Provence, l’ex-patron de la fédération PS des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, n'a toujours pas été exclu par Solférino. Le bureau national du PS a été bien plus prompt à radier le 12 mars 2014 Jean-Claude Boscher, qui fut l'un des premiers militants PS à dénoncer publiquement les pratiques de Jean-Noël Guérini et qui a eu le tort de rejoindre une des listes citoyennes de Pape Diouf.

« J’espère que Monsieur Guérini et autres parlementaires des Bouches-du-Rhône mis en examen ou condamnés pour des babioles ne m’en voudront pas de les avoir précédés dans l’exclusion, a-t-il ironiquement répondu à Harlem Désir. Ils comprendront qu’au trébuchet du PS d’aujourd’hui le détournement de fonds publics, le trafic d’influence et l’association de malfaiteurs ne peuvent pas être comparés à une violation grave des statuts qui consiste à se présenter sur une liste se réclamant de la majorité présidentielle. »

« Avec Renouveau PS, nous nous sommes battus pour une prise de conscience sur les méfaits du clientélisme et maintenant c’est nous qui payons l’addition. Et Mennucci la paie très cher », constatait dimanche soir Pierre Orsatelli, l’un des fondateurs du collectif antiguériniste, qui a rejoint l’équipe Mennucci.

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Contactés mardi après-midi, Patrick Rué et Jean-Claude Mailly ne nous ont pas répondu.